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Full text of "Les Œuvres de François Villon [suivi de:] Les repues franches. Le franc archier de Baignollet. Le dialogue de messieurs de Mallepaye, et de Baillevant"

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LES 



ŒUVRES 

D E 

FRANÇOIS 

VILLO N. 




De l'Imprimerie d' A NTOI N E - U R B A I ^ 
ÇOUSTELIER, Imprimeur - Libraire de 
S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans t 

M. DCC XXIII. 
4m Affrchatkn V* FHvilep du Rfy 



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Ah frontifpice des Editions de ffllon données fat 
Clément Marot , on Ut ce dipiqt*. 

Peu de Villons en bon Ravoir , 
Trop de Villons pour décevoir. 

après la Préface on trouve ce huiftain de 
Marçt au Roy François L 

SI en Villon on treuve encor' à direi 
S'il neft réduit ainlî qu'ay prétendu , 
A moy tout feul en foyt le blafme (Sire) 
Qui plus y ay travaillé qu'entendu 5 
Et s'il eft mieux en Ton ordre eftendu 
Que çaravant , de forte qu'on l'en prifei 
Le gré à vous en. doyt eftre rendu , 
Qui fuites feul caufe de l'entreprife. 



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Clément Marot de Cahors > Variée 
de chambre du Roy. 

AUX LECTEURS. 

ENTRE tous les bons Livres imprimez de h 
langue Françoife ne s'en veoit ung fi incorrect 
ne fi lourdement corrompu , que celluy de Villon : 
6c m'esbahy ( veu que c'eft le meilleur ( a ) Poète 
Parilïen qui fe trouve ) comment les Impri- 
meurs de Paris t & les enfans de la Ville , n'en 
ont eu plus grand foing. Je ne fuys ( certes ) en 
rien fon voyfin : mais pour l*amoUr de Ton gentil 
entendement , & en recompenfe de ce que je puys 
avoir aprins de luy en lifant fes Oeuvres , j'ay fai$ 
à icelles ce que je vouldroys eftre faid aux myeiv- 
nes , fi elles eftoient tombées en femblable incon- 
vénient. Tant y ay trouvé de broitlerie en Tordre 
des coupletz & des vers > en mefure , en langaige^ 
en la ryme , & en la raifon , que je ne (çay duquel 
je doy plus avoipqpitié > ou de l'œuvre ainn oultre- 
ment gaftée 5 ou de l'ignorance de ceulx qui l'im- 
primèrent. Et pour vous en faire preuve, me fuys 
advifé ( Lecteurs ) de vous mettre icy ung des cou- 



( a ) Fauchct L. i. de Porigine des Chevaleries. )'sj> fait cet- 
te excapade ponr là mémoire de Villon h» de nos meilleurs Poètes 
fabriques , duquel fi nom ff avions bien étendre la poefie . nom 
découvrirait l'origine de tlufienrs maifotu de Paris , & des pa*- 
ticnlaritez de ce temps là : Fauchct au mci'me endroit , nous 
affitre que Villon ne fut pas pendu comme beaucoup de geni 
ont penfe. 

Rablais s»eft fouvenu de noftre Villon en plus d'un endroit » 
& ce qu'il en raconte 1* 4* ch. i}« & &? % mérite d'eAre lu. * 



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pletz incorrecte du niai imprimé Villon , qui vous 
îera exemple & tefmoing d'un grand nombre d'au-' 
tr«s autant broillez & gaftez que luy, lequel eft teL 

Or eft vray qu'après plaintif V pleurs 
Et angoijfiux gewiffèmens 9 
Apres trifteffes douleurs 
Labeurs CT grùfir cheminement 
Travaille mes lubres fentemens 
Aguyfi^ ronds , comme une pelote 
Monflrent plus que les comments 
En fins moral de Ariftote. 

Qui eft celluy qui vouldroit iwer le fèns n'en 
cftre grandement corrompu ? Ainn pour vray Pay- 
je trouvé aux vieilles imprcflions , & encores pis 
aux nouvelles. Or voyez maintenant comment 
il a elté r'abillé , & en jugez gratieufement. 

Or eft vray qu'après plaintif O* pleurs 
Et angoiffèux gemijfemens 
Apres trîfleffes O» douleurs 
Labeurs O* griefo cheminement 
Travail mes lubres fentemens 
Aguyfa ( ronds comme pelote ) 
Me montrant plus que les comments 
Sur le fins moral d* Ariftote. *** 

Voyla comment il me femble que Pautheur Pen- 
tendoit , & vous fuffife ce petit amendement , 
pour vous rendre advertiz de ce que puys avoir 
amendé en mille autres paflaiges > dont les aucuns 
me ont efté ayfez , & les autres très difficiles ; 
toutesfoys , partie avecques les vieulx imprimez , 
partie avecques Payde des bons vieillards qui ea 
içavent par cueur > & partie par deviner avecques 
jugement naturel » a efté reduid noftre Villon en 
meilleure & plus entière ferme qu'on ne la veu de 



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noz aages , 8c ce fans avoir touché à l'antiquité 
de Ton parler , à fà façon de rimer , à Tes méfiées 
& longues parenthefcs , à la quantité de Tes fil— 
labes , ne à Tes couppes , tant féminines que mas- 
culines : efquelles chofes il n'a fuffifamment ob. 
fervé les vrayes reiglcs de françoife poëfîe , & 
ne fuys d'advis que en cela les jeunes Poètes Pen- 
fuyvcnt , mais bien qu'ilz cueillent fes fentences 
( - ) comme belles fleurs , qu'ilz contemplent l'ef- 
prit qu'il avoit, que de luy apreignent a propre- 
ment d'efcrire , & qu'ilz contrefacent fa veine » 
mefmement celle dont il ufejen fes Ballades, 

3ui eft vrayment belle & heroique , & ne fay 
oubte qu'il n'euit emporté le chapeau de laurier 
devant tous les Poètes de fon temps , s'il eull efté 
nourry en la Court des Roys , & des Princes , là 
ou les jugemens fc amendent , & les langaiges fe 
poiliflent. Quant à Pinduftrie des lays qu'il feit en 
fes teftamens pour fuffifamment la congnoiftre 8c 
entendre , il fauldroit avoir efté de fon temps à 
Paris , & avoir congneu les lieux , les chofes , & 
les hommes dont il parle : la mémoire defquelz tant 
plus fe panera , tant moins fe congnoiftra icclle 
mduftric de fez lays di&z. Pour cefte caufe qui 
vouldra faire une œuvre de longue durée , ne prei- 
gne fon foubjeft , fur telles chofes bafles & parti- 
culières. Le rette des Oeuvres de n offre Villon 
( hors cela ) eft de tel artifice , tant plain de bon- 
ne do&rine, & tellement painft de mille belles 
couleurs , que le temps , qui tout efface , jufques 
icy ne Ta fçeu effacer. Et moins encor l'effacera 



( a ) Patru dans fes remarques fur celles de Vat'geias , dit que 
Villon four U langue , a en le goût auffi fin qu-'on ponvoit ïû- 
votr en ce Siècle. Et Mr. Defprcaux dans fon Arc Poétique t 

^»//oi» ffût le premier dans ces Siècles greffiers. 

JJebroiêUUr L*Att çonfms de nos vieux Romanciers. 

âiij . 



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ores & d'icy en avant , que les bonnes eferiptures 
françoyfcs font & feront myeuix congneucs 3ç re- 
cueillies que jamais. 

Et pour ce ( comme j'ay dit ) que je n'ay tou* 
ché à Ton antique façon de parler, je vous ay 
expofé fur la marge avecques les annotations , ce 
qui m'a fcmblé le plus dur à entendre , laaTant le 
refte à voz promptes intelligences , comme ly 
Roys , pour le Roy : homs pour homme , com- 
paing pour compaignon : auffi force pluriers 
pour finguliers , & plufieurs autres incongruitez , 
dont eftoit plain le langaige mal lymé d'icelluy 
temps, x 

Après quand ji s'eft trouvé faulte de vers en* 
tiers , j'ay prins peine de les refaire au plus près 
( félon mon poflible ) de l'intention de l'autheur : 



marque , t affin que ceulx qui les lçauront en la 
forçe que Villon les fift , effacent les nouveaulx 
pour faire place aux vieulx. 

Oultre plus , les termes & les vers qui eftoient 
interpofez, trouverez reduiétz en leurs places, 
jes lignes trop courtes, alongées : les trop longues, 
acourfies : les motz obmys, remys : les àdjouftez , 
oftez • & les tiltres myeulx attiltrez. 

Finablement , j'ay changé Tordre du livre : & 
m'a lêmblé plus raifonpable de le faire commencer 
par le petit teftament , doutant qu'il fut faict cinq 
ans avant l'autre. 

Touchant le jargon , je le laiffe à corriger 8c 
expofer aux fuccefleurs de Villon en l'art de k| 
|>infe & du çroq. 

Et fi quelqu'un d'aventure veult dire que tout: 
?ie foit racouftré ainfiqu il appartient^ je luy refr 
pons defmaintenant , que s'il eftoit autant navr^ 

$9 fil pçrfotwc, comme j'ay trouvé Vilten Wçfo 



èc les trouverez expreiTement 




de ccfte 



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en fes Oeuvres , il n'y a fi expert chirurgien qui 
le feeuft penfer fans apparence de cicatrice : & 
me fuffira que le labeur qu'en ce j'ay employé , 
(bit agréable au Roy mon louverain , qui eft caufe 
& motif de cefte emprife , & de Pexecution d'i- 
celle , pour l'avoir veu voulentiers efeouter, & par 
très bon jugement eftimer plufieurs paffages des 
Oeuvres qui s'enfuyvent. 

.Avis fur cette nouvelle Edition. 

CETTE Edition eft divifée en deux parties ; 
la première renferme les Oeuvres de Villon 
Clivant l'Edition de Clément Marot , avec cette 
différence que l'on a mis dans les marges les di- 
verfes leçons tirées des Editions antérieurs à cel- 
le de Marot. 

La féconde partie contient , les Replies Tranches , 
le Monologue du Franc Archier de Baignplet , le 
Dialogue des Seigneurs de Malepaye W Baillevent , 
tirez de l'Edition des Oeuvres de Villon chez 
Galiot Dupré 1531. on fçait que ces pièces ne 
font point de Villon , mais de quelqu'un qui s'eft 
diverti à mettre par écrit les fubtilitez attribuées 
à noftre Poète & à fes compagnons , pour faire 
bonne chère aux dépens d'autrui. 

Quand aux notes qui fe trouvent au bas des pa- 
ges , celles qui font marquées par les lettres de l'al- 
phabet font de Clément Marot , celles qui font 
indiquées par les chifres font d'une autre main. 



l'Edition gotique de Verard , eft marquée V. 
celle de Niverd auffi gotique N. celle de Ga* 
liot Dupré G. du P, les autres font ennoncées 



Dans les diverfes le< 




tout au long, 



3 xi j 



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TABLES 

Des Pièces, contenues dans ce volume. 



LB petit Teflament de Villon, page I. 

Le grand Teflament. il. 

Ballade des Dames du temps jadis. 23. 

Ballade des Seigneurs du temps jadis* 25. 

Ballade fur le mefme fujet , en vieil langage: 26. 

Les regret^ de la belle Heaulmyere. Z9. 

Ballade de la belle Heaulmyere aux filles de joye* 3 2 . 

Double Ballade aux filles de joye. 3 $. 
Ballade de Villon à la requefle de fa mere 3 

pour prier Noflre » Dame, 4? . 

Bonde au fur la Mort. 50. 

Ballade en forme efOraifon. 6q, 

Ballade à un gentilhomme nouvellement marie'* 66. 

Ballade , En rcagal , en arçenic rocher. £8. 

Les Contredit^ de Franc Gontier , Ballade, 7 1 . 

Ballade des femmes de Paris, ** 73. 

Ballade, Si je aymç & fers, la belle. 75. 

Belle leçon aux enfans perdus. 79. 

Ballade de bonne doçlrine à ceux de mawoaife vie. % o . 

Rondeau fur luy*-mejme, 87. 

Ballade par laquelle Viflon crie mercy à chafcun, 90. 

Quadrin de Villon lorfquHl fut jugé à mourir, 91. 
ipitapbe que feh Villon pour luy pour fis 

compaignons. 9\. 

Ballade de l'appelle de Villon. 94. 

Requefle en forme de Ballade prefentee à la Court. 9 6. 
J> débat du coeur C7* du corps de Villon en 

firme de Ballade. 99* 

faymjk dt VUkn 4 Monfeignçur de Bourbon. 1 00* 



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Ballade» Tant grate chievre que mal gift. iu*3 
Autre 1 Je congnois bien mouches en laift. io3 v 
Le jargon O* jobelin de FtUon. iojj 

TABLE 

DES FAMILLES 

De Paris » nommées dans les deux Teftamcns 
de Villon. 



ANDRY ( Courault.) 7°' 

Angelot ( L'herbier. ) 78- 

D'AUSSIGNY ( Thibault. ) il. 
De la BARRE ( le Jbaftard. ) ou 
De la BARRE. ( Pernet. ) 41- 47- 

Le BaSANNIER. ( Pierre. 6% . 

BELL£FAYE (Martin. ; 88. 

BLARU. 3- 

Dû BOYS. %6. 

Bourguignon ( Pierre. ) 50. 

BRUNEAU ( Philippe. ) 8^. 

De BRUYERES. 7*- 

De € A l A I S ( Jehan. ) t$. 96. 

C A RD O N ( Jacques ) 4. 83. 

Cha RRU au ( Guillaume) ji. 

Chollet. **• 

Colombe l. 88. 

Le CONTE ( Merle. > 6z. 

Le C O RNU ( Jehan. ) a. fo» 
COTARD ( Jehan. ) n- 60.61. 

C OT IN ( Guillaume. ) 7* 

COURAULT) Andry. ) 70* 
CVLDOUS ( Michauk ) 



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* * A c £ ( Ayeul de Villon. ) % r . 
Pu F O u R ( Michault. ) 53, 
JFournier( Jehan. ) 6+$i. 
GALERN£( tjohn. ) 7 8. 
De la G A R D £ ( Jehan Thibault. ) 88. 
Girard ( Perrot.) j 7 . 

G NEULD R Y (Guillot. ) 8. 

Gossojn ( Girard.) 7- «, 

PeGouVJEUX. ^. 

De G R I G N Y. j. 64. 

«S U E S d R Y ( Guillaume. ) 63. 

Gui LLORI ( Guillot. ) 8. 

HESSEL IN ( Denis.) 61. 

iAMES ( Jaques. ) 84. % 9 . 

e JOLY ( Noë. ; , 77 . 

IO U V E N E L ( Michel. ) 88. 

AURE NS (Colin. ) 7. 

XAURENS (Jehan.) 60. 

te Lou. tf. 57. 
De LOUVIEVLX (Nicolas. ) ou 

I-OUVIERS. p. 12. 

ï-a MACHECROUE. $z. 
MAIREBEUFjMARBEUF, ou 

M ALEBEUF. p. 

Marceau( Jehan. ) 7. 

Maupense'. 4, 

MAUTAINCT ( Jehan. ) $. 

De MIX.LIERES ( Jehanne. ) 3. 

De M O N TI G N Y ( René. ) 4. 

More au Provins. 41. 

P E R D R YE R ( Jehan. ) 67. 

* ( François. ) ibid. 
Provins ( Moreau. ) 41. 
Raguyer( Jaques. ) *2. 8*, 
*— ( Jehan. J 4- 5- 53- 
JUcher( Pierre.) fi. 



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RICHIER ( Denis. ) f42 

Ri OU ( Jehan. ) ' 5*4 
Ronse ville (Pierre. )ou 

ROUSEVILLE. 
ROSNEL. 

P u R u ( Guillaume. ) 50; 

DE Ruei( Jehan. ) 5, 

Sainct Amant (Pierre) 51. 

Tablerie( Guy. ) 44» 

TARANNE( Chariot. ) 64. 

T H I B A U L T ( Jaques. ) 40- 

Tricot( Thomas. ) p, 8*. 

Tronnç Bouchier (Jehan.) 3. 

Trousse caille (Robin. ) itf; 

T U R G l S ( Robin. ) * 4X*$x«5** 

V A L L E' E ( Robert. ) 3» 4» 

VALLETTE( Jehan. ) 54» 

Pe la V A C OU £ R 1 ^ ( François. ) S?. 

Pe V A USELLESC Katherine. ) 3** 
VILLON ( Guillaume pere de François. ) 4^ 

De V I T R Y ( Thibault. ) 7* 



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3' A Y lu par ordre de Monfeigneur le Garde 
des Sceaux > les Oeuvres de François Corbueil dit 
Vùlon , avec les Notes. A Paris ce neuf Oâobrc 
mil fept cent vingt-deux. 

Lancelot. 



P RIVILRG B DU ROT. 

LOUIS par la grâce de Dieu Roy de 
France & de Navarre , à nos amés & féaux 
Confeillers , les Gens tenans nos Cours de Par- 
lement , Maîtres des Requêtes ordinaires de no- 
tre Hôtel , Grand Confeil , Prévôt de Paris , 
Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & 
autres nos Jufticiers qu'il appartiendra > faiut. 
Notre bien amé URBAIN COUSTELIER. 
libraire à Paris , nous ayant fait remontrer qu'il 
fouhaitcroit faire imprimer & donner au public , 
un Recueil des anciens Poètes François contenant la 
farce de Fathelin , CoquiUard , Villon , Crétin , er Racan , 
s'il nous plaifoit lui en accorder nos Lettres de 
Privilège fur ce neceffaires. A CES CAUSES, 
voulant traiter favorablement ledit Expofant , 
Nous luy avons permis & permettons par ces pre- 
fcntes de faire imprimer ledit Recueil cy-deffus 
fbecifié en tels volumes , formes , marges , cara- 
ctères , conjointement ou feparément , & autant 
de fois que bon luy femblera & de le vendre , faire 
vendre & débiter par tout noftre Royaume , pen- 
dant le temps de dix années confecutives , à comp- 
ter du jour de la dattte defdites prefentes. Faifons 
dcfenies à toutes fortes de perfonnes , de quelque 



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Sualité & condition qu'elles foient,d'en introduire 
'impreflion étrangère dans aucun lieu de nolhe 
obeiifancc y Comme aufli à tous Libraires, Impri- 
meurs & autres d'imprimer 3 faire imprimer , ven- 
dre 5 faire vendre , débiter ny contrefaire ledit 
Recueil cy-deflus énoncé en tout ny en partie , ny 
d'en faire aucuns extraits (bus quelque prétexte 
que ce foit , d'augmentation , correction , change- 
ment de titre ou autrement , fans la permimon 
expreffe ou par écrit dudit Expofant, ou de ceux 
qui auront droit de luy * à peine de confifeation 
des exemplaires contrefaits , de quinze cent livres 
d'amende contre chacun des contrevenans , dont 
un tiers à nous , un tiers à l'Hôtel-Dicu de Paris, 
l'autre tiers audit Expo fan t , & de tous dépens , 
dommages & interefts > à la charge que ces pre~ 
fentes feront enregiftrées tout au long fur le Re- 
giftre de la Communauté des Libraires & Impri- 
meurs de Paris , & ce dans trois mois de la date 
d'icelles -, que l'impreflion dudit Recueil fera faite 
dans noftre Royaume & non ailleurs , en bon pa- 
pier & en beaux caractères , conformément aux 
Reglemens de la Librairie , & qu'avant que de 
l'expofer en vente , le Manufcrit ou Imprimé qui 
aura fervy de copie à l'impreflion dudit Recueil 
fera remis dans le mefme eftat où l'approbation^ 
y aura été donné és mains de noftre tres-cher &* 
m féal Chevalier, Garde des Sceaux de France le 
Sieur Fleuriau d'Armenonville , & qu'il en fera 
enfuite remis deux exemplaires dans noftre Biblio- 
thèque Publique, un dans celle de noftre Chafteau 
du Louvre , & un dans celle de noftredit tres-cher 
& féal Chevalier Garde des Sceaux de France , 
le Sieur Fleuriau d'Armenonville , le tout à peine 
de nullité des prefentes , du contenu defquelles 
y ous maudons & enjoignons de faire jouir l'Expo- 



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laht ou fes ayâns caufe,pleinement & paifîblement 
làns fouffrir qu'il leur foie fait aucun trouble ou 
empêchement 5 Voulons que la copie delHiteS pre- 
iêntes qui fera imprimée tout au long au commen- 
cement ou à la fin dudit Recueil, foit tenue pour 
«leuement fignifiée* & qu'aux copies collationnées 
par l'un de nos amex & féaux Confeillers & Se- 
crétaires , foy (bit ajoutée comme à l'original j 
Commandons au premier nolère Huiflïcr ou Ser- 
gent de faire pour l'exécution d'icelles tous aâes 
requis & neceffaires s làns demander autre permil* 
fîon & nonobftant clameur de ^Jaro Charte Nor* 
mande & lettres à ce contraires : Car tel eft noftre 
plai/îr. Donné à Paris le dix * huitième jour du 
mois de' Septembre Tan de grâce mil fept cent 
yingt deux y & de noftre Règne le huitième. 

DE S. HILAIRE. 

Regiflrefur le Regiftre K de la Communauté Ses Lî- 
\>raires V Imprimeurs de Paris , page zop. »*. 23*. 
conformément anx Reglemens) V notamment à FArrefl 
du Confeil du 13 Aouft 1703. A Paris U 28 Sep» 
Umbre 1722. figné BAL LARD Syndic. 



LES 



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XE 

PETIT TESTAMENT 

4 DE 

F- VILLON; 

tAinfi intitulé fans le consentement de 
V .Auteur 0 comme il le dit au fécond 
Livre. 



Il 



IL* quatre cens cinquante- * L> "> *»u 

ç quatre cens, 

îix , & ( - Edi- 

Je François Villon efcolier , veïîard & 
Confîderant de fens raflis, de Gaiiot 
Le frain aux dents , ( a ) franc dtt Pr6, 
au collier , 
Qu'on doit fes œuvres employer , 
Comme Vegece le racompte 
Saige Romain, grand Confeillier, 
Ou autrement , il fe mefcompte. 



( a > Franc au collier, tra- me les chevaulx qui faci- 
julUatTQuletuierwm- Icmçut Cirent au collier. 

•A 



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* En ce temps que j'ay dit devant J 
Sur le Noël morte faifon , 
Lors que les loups vivent de vent, 
Et qu'on fè tient en fa maifon 
Pour le frimas, prés du tifon? 
Me vint voulenté de brifêr 
* Dodo*- La très * amoureufe prifon , 
re»ft. g. du Q u j faifbic mon cucur desbrifcr.' 

rtnft. V» t 

Je le feis en telle façon , 
Voyant celle devant mes yeulx, 
Confentant à ma ( a ) deftaçon , 
Sans ce que ja luy en fut mieulx , 
Dont j'ay deuil & me plaings aux cieuk 
En requérant d'elle vengeante 
A tous les dieux venerîfifux , 
Et du ( b ) grief d'amours allégeance. 

■* item à * A celle doncques que j'ay dit* 



tV'S" ( Qui fi durement m'a châlTé 



Que j'en fuys de joye interdiô* 
Et de tout plailîr dechafle ) 
Je lailTe mon cœur enchaflé, 
Palle 3 piteux 5 mort & tranfy : 
Elle m'a ce mal pourchaffé, 
Mais dieu luy en face mercy. 

Item à maiftre Ythier marchant 
Auquel je me fens treftenu 
Laifle monbranc d'acier tranchant, 
Ou à maiftre Jehan le Cornu 





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Je vueil (èlon le contenu 
Qu'on leur livre en le racheptant. 

Item je laiflè à Sainâ Amant 
Le cheval blanc avec la mulle, 
Et à Blaru mon dy amant 
Et Tafne rayé qui reculle. 
Et le ( « ) décret qui articulle 
i Omnis mrtufque fexns , 
Contre la Carmcliûe Bulle 
Laiffe aux Curez pour mettre fusi 

Item à Jehan Tronne bouchier 
Laiffe le monton franc & tendre» 
Et ung tahon pour efmoucher 
Le beuf couronné qu'il Yeult vendre; 

* Ou la vache , & qui pourra prendre * u va- 
Le vilain qui la trouue au col , %JÏ\r£. 
S'il ne la rend qu'on le piuft pendre ^'-p***' 
Et eftrangler d'un bon licol. 

Et à maiftre Robert Vallée 
Pauvre Clereeon en Parlement, 
Qui n'entend ne mont ne vallée» 
J'ordonne principallement 

Qu'on luy baille ligerement hrayts/Han» 

* Mes brayes eftans aux Trumellieres , gwf^îjjf 
Pour coyfter plus honeftement a-di* def- 
S'amye Jehanne de Millieres. 

Pour" ce qu'il eft de lieu honefte , jamtejdans 

l'Edition de 
■ i ■ CduP.il y 
a ejlmnt «9 

<a) Presberes & de- quatre -vtr$* T»mtlttre $ 

creuttes entendent ces les Editions 

de V. & d« 

1 Dani les decretales donne d'aller au moins N.confir- 
hb. > deprnnttntiis e> «- une fols l'an à Confeïc. l \} e " 
mtfJfQfitbitrth&g.iu il ox« çondcMa. 

Aij «*• 



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Fault qu'il (bit myculx recompenfé ; 
Car le feint Efprit l'admoneftc, 
Nonobftant qu'il eft infenfé , 
. Pour ce je me fuis pourpenfé 
l*Jrï $S nl*ljl * P"ys qu'il n'a riens qu'en une àumoyre 
**j£ e G *£ ^> n * recouvre chés Maupenfé , 
vVpuis qn'ti Qu'on luy baille Fart de mémoire. 

n'a rien ne 

moir*'v.& Item plus je afligne la vie 
N * Dert- deffus dift mailtre Robert , 
eonvré fus Pour Dieu n'y ayez point d'envie 
G?d£v\ & ( Mes parens ) vendez mon ( a ) 1 Haubert; 
g. y* r ', M *" Et que l'argent ou la plufpart 

yrerceulx « • i °' j i r iÇ /• 

fr C . V. Soit employé dedans ces Pafques 
Pour acnepter à ce poupart 
( b J Une feneftre auprès fainét Jaques, 

del^.^S' * tem I e * en beau P ur don 
•* Q. dix P. Mes. gands & ma ( c ) hucque de foye 
A mon amy Jacques Cardon, 
Le gland aufli d'une faulfoye 
Et tous les jours une grafle oye , 
Ou ung chappon de haulte greffe, 
Dix muys de vin blanc comme croye 
* Et deux Et * deux* procès , que trop n'engreiTe.' 

■pourceautx 

g * tem i e * a *^ e * ce homme 

& C dc'vc- 'René de Montigny troys chiens , 

'"c r nc CO cdîê ^ P u )' s * J*h* n Raguyer la fomme 

de Maroi. . 

(a ) Haubert. Rimé une des pet.' res boutique* 

•contre part monftre que d'eferivain prc< S» Jac- 

Villon eftoit de Parii & ques He la Bouiherie. 

qu'il prononçoit Haubart ( c ) Hucque, Habit du 

& Ihbart. temps. 

<b) fnefire , &c. 

a H#*frrî > cotte de miillci. 



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De cent frans prins fur tous mes biens. 

Mais quoy ? Je n'y comprens en riens 

Ce que je pourray acquérir -, 

On ne doit trop prendre des fîens 

Ne fes amis trop * furquerir. G * Jjp^f 

n; 

Item au feigneur de Grigny 
Laifle la garde de 1 Nygeon, 
Et fîx chiens plus qu'à Montigny 
* Viccftre chaftel & dongeon , 
Et à ce * maloftru Changeon 
Montonnier * qui tient en procès v^i^g! 
Laiflfe troys coups d'ung * ( a ) efeourgeon, du p. 
Et coucher ( paix & aife ) en ( b ) ceps. ^J^TVi 

N &G- du 

Item à maiftre * Jehan Raguyer * ji cqm $ 
Je laiffe 4 l'abreuvoyr Popin, J u n.&g. 

Perches , pouflins , au blanc manger 9 
Tousjours le choys d'une bon lopin , 
Le trou de la pomme de pin 
Clos & couvert, au feu la plante 
Emmailloté d'ung ( c ) Jacopin , 
Et qui vouldra planter , fî plante. 



C a ) Efcourreon. Fouet. 
( b> Ceps. Maa.cre de 

C i ) Emmailloté d'ung 

I Nwew , oû font à pre« 
fenc les Minimes deChail- 
loc. 

% Vitefire , c'eft la mai- 
Ton qu'on nomme au jour- 
d.»huy Biceftre,ce château 
eft ainfi appellè , parce 
qu'il appartenoit k Jean 
Btefque de Vincefiet en 
Angleterre. Voyez Fau- 
cher dans fes awiquuez , 



Jacopin. rousjours' empe£> 
ihév d'ung flegme , ne 
pouvant cracher. 



& les Notes de Duc hefbe 
fur Alain Charrier pages 
817. 818. 

1 JAalotm en Langue- 
doc , on dit mslcftrtK > 
maie injlrttâtts. 

4 Vabwvoyr Popi» , 
c*eft l'abrevoir qui eft 
vis à-ris la rue Thi bâti- 
ra udîz au bouc du Pont 

A îij 



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Item à maiftre Jehan Mautainà; 
Et à Pierre le Bafannier, 
* Le g ri Le * ( * ) gré du feigneur qui attainft 
fAfE Troubles ( *) forfaidz (ans efpargner, 
K é i a*t*nt* y ^ c * mon procureur * Fournier 
Ç'du?.' Bonnetz courtz , chauffes ( c ) femeUées 
P0»mr?N. Taillées chés mon i cordouennier 
& g. du pJ Pour porter durant ces sellées. 

la leçon de * . 

Maroc cft 

confirmée — « «• t 

par celle de Item au chevalier du guet 
Le heaulme luy eftablys , 
Et aux piétons qui vont daguet 
Taftounant par cez ( d ) cftablis , 
Je leur laûTe deux beaulx ( c ) rubis 
La lenterne à la pierre au laid, 
Pourveu que j'auray les troy s ( f ) lic"bt 
S'ilz me meinent en chafteÛet. 

Item au Loup & à Chollet 
Pour ( g ) à la foys laifle vng canart 
Prins fur les murs ( comme on fouloit ) 
Envers les foffez fur le tard, 
Et à chafeun vng grand ( h ) tabart 
pe cordclîer, jufques aux piedz, 
Bufche , charbon , & poys y & lard 
Et mes houfeaulx fans avantpiedz. 



f a ) Le gréé» Setptewr 1 1 ) 1(tUns de taverne, 

Sec. la faveur du Lieute- qu'il avoic au vifage f fe- 

nant criminel, ou de Tri- ion mon jugement. > 

ftan l'Hermite. < f ) Les Proys UH*. , 

C b ) Troubles forféiSts , une des chambres du Cha - 

larreéins cachez; ftelet. 

te y CbMtfiesfemeUes , ( g ) Pour À lé fois, pour 

brodequins. Dre fois. 

C d > EfijMis , Eftaulx. < h ) Tébërt > manteau: 

2 CeriQuimitr. Voyez les notes de la pag . i». 



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Item je laiffe par pitié { 
À troys petitz enfans tous nudz, 
Nomniez en ce prefent trarôié , 
Affin qu'ilz en foient mieulx cogneuz; 
Pauvres * orphenins impourveuz jj opht* 

Et defnuez comme le ver; & G.dii P". 

J'ordonne qu'il feront pourveuz, 
Au moins pour paffer ceft yver. 

Premièrement Colin Laurens , 
Girard Goflbyn , Jehan Marceau , 
Delprins( a ) de biens & de parens 
Qui n'ont vaillant l'anfe d'ung ceau 
Cnafcun de mes biens ung taiffeau 
Ou quatre blancs s'ilz iayment myeulx , 
Hz mangeront maint bon morceau 
Les enfans quand je feray vieulx. 

Item ma Nomination , 
Que j'ay de TUniverfité , 
Laine par refignation, 
Pour torclorre d'adverfîté 
Pauvres clercs de cefte cité , 
Soubz ceft 1 * intendit contenuz ; 
Charité m'y a incité , 
Et nature , les' vôyant nudz. 

Q'eft maiftre Guillaume * Cotin , 
Et maiftre Thibault de Vitry , 
Deux pauvres dercs parlans latin 
Paifibles enfans * ( b ) fans efery 

C a > Defprins , défiai- (M Sans eftrj , Ans 
fiz , defnuez. bruit. 

i Intendit , c»eft-à-dire critures par intenditt , 
fous cette écriture ou te- voyez Gafticr dan* loo 
ftaraçnu Touchant lésé- ftile des Requeftcs. 

A mj 



* Interdit* 
L'Edition 
de Maroc 
chez J. 
Longis. 

* Colin , 
G. du P. 
Cotin. V. & 
N. 

* EJtri. 
V. N; & G- 
du Pi 



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s 

Humbles , bien chantans au ( a ) i leflry 
Je ( b ) leur laiflè î fans recevoir ) 

♦ G»î/z<»ry.Sur la maifon Guillot * Gneuldry > 
& U N^' ^ n attendant de mieulx avoir. 

j 

Item plus je adjoin&z à la croffej 
Celle de la rue fainft Anthoine, 

* un En * ung billart dequoy on croffe , 

' Et tous les jours plain pot de feine , 
Aux ( c ) pigeons qui font par cûoine , 
Enferrez foubz ( d ) trappe volliere , 
Mon ( e ) mirouer bel & ydoyne , 
Et la grâce de la GeolUere. 

Item je lauTe aux Hofpitaux, 
Mes chaffis tiflus * dlraignée , 
Et aux gifans fur ces eftaux , * 
Chafcun fur l'œil une groignée, 
Trembler à 3 chierc reftregnée , 
Maigres , velluz, & morfonduz , 
Chauffes courtes , robbe rognée , 
Gelez , meurdriz , & ( f ) enfondus. 

Item je laifie à mon barbier 
La rongneure de mes cheveulx 
Plainement , & fans deftourbipr j 
Au favetier mes fouliers vieubc 5 



(a)L e&ry , leftrain. 

C i Je leur Uiffe , <jrc. 
I*enrend la* iufdite nomi- 
nation. 

C e } Amx pigeons , aux 
prilonniers. 

z An LeSry, c'eft-à-dire 
Att lutrin, anciennement 
on djfoit leteris , voyez 
Yillcaardouin an. 17* 



(d) Trappe y volliere i 
une ôrifon. 

(e) M on mirouer y &ci 
quMs le miienc en luy, 

C f 3 EnfondMS , «eux & 
delchârncz. 

pa^e xi. de l'Edition du 

Louvre. 
% Jraignée , Araignée» 
3 Chine , vifage. 



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9 



Et au freppier mes habit* tîeulz 
Que quant du tout je les delaiflè, 
Pour moins qu'ilz ne coufterent neufe , 
Charitablement je leur laiife. 

Item je laifïe aux Mendians , 
Aux Filles Dieu , & aux Beguynes, 
Savoureux morceaulx & frians 
Chappons , pigeons , graflès gelines , 
Et puis prelcher les quinze fîgnes 
Et abatre pain à deux mains : 
Carmes chevaulchent nos voyn*nes 3 
Mais cela ce n'eft que du meins. 

Item je laifle le mortier d'or 
A Jehan l'Epicier de la Garde , 
Et une potence faincY Mor 
Pour faire ung broyer à mouftarde 3 
Et à celluy , qui feit l'avant-garde 
Pour faire fur moy griefz exploitz, 
( De par moy ) fainét Anthoine Tarde 
Je ne luy lairray autre laiz. 

Item je laifle à * Mairebeuf + ud* ' 

Et à Nicolas de Louvieulx, h ia^bLf. 

A chafeun .l'efcaille d'un œuf G. du P*. & 

Plaine de frans & d'efeus viéulx : N ' 
Quant au concierge de Gouvieulx, 



Pierre * Ronfevilie je ordonne 
Pour leur donner entremy eulx ' 
Efcus telz que Prince les donne. 





Finalement en eferivant 
Ce foir feullet ( i ) eftant en bonne 



JL 



C a ] BJiant m bonttt , cftaat dclibci*. 



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10 

Diôànt ces laitz Se defcripvant 
Je oiiyz la cloche de Sorbonne, 
Qui tousjours à neuf heures fonne > L 
Le falut que l'Ange prédit : 
♦ s*ften- Sy fufpcndy * & mis cy bourne 
fimme.w Pour pryer comme le cueur dit. 

& mis fur 

borne. G- du . 

Ebo* "n Fa aU tCm P S ^ e " ^ atC 

tfrBe - • p ar ] c b on renommé Villon , 
Qui ne mange figue ne date 
Sec & noir comme efcouvillon, 
Il n'a Tente ne Pavillon 
Qu'il n'ayt laifle à les amys , 
Et n'a mis qu'ung peu de billon 
Qui fera tantoft a fin mys. 

Fin d» fetit Trament de François PiUon l 
de Paris, 




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CY COMMENCE 



LE GRAND TESTAMENT 

DE FRANÇOIS VILLON. 

jU^gEj l N l'an de mon trentiefrae ( a ) 
lËBillB ea ê c 



Nonobstant maintes peines eues, 
Lefquelles j'ay toutes receues 
Soubz la main Thibault d'Aufligny » 
S'cvefquc il eft ( b j feignant les rues » 
Qu'il foit le mien je le reny. 

Mon feigneur n'eft ne mon Evefque , 
Soubz luy ne tiens s'il n'eft en friche 
Foy ne luy doy ne hommage avecque , 
Je ne fuis fon ferf, ne fa biche, 
Peu m'a d'une petite miche 
Et de froide eau tout ung efté , 
Large ou eftroit moult me fut chiche , 
Tel luy foit dieu qu'il m'a efté. 

Et s'aucun me vouloit reprendre 
Et dire que je le mauldys 



C a 3 II fait*rç« rriflRIa- Je commmfay eefte mw*f 




ï Que toutes mes hontes j'eu 
beues 

—I Ne du tout fol , encor ne fage, 



T 




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Non fais , fi bien le fcet entendre 
Et rien de luy je ne mefdys , 
Voycy tout le mal que j'en dysj 
S'il m'a efté mifericors , 
JESUS le Roy de Paradis 
Tel luy foit à l'ame & au corps. 

S'il m'a efté dur & cruel 
Trop plus que cy ne le racompte , 
Je vueil que le Dieu éternel 
Luy foit doneque fèmblable à ce compte j 
Mais TEglife nous dit & compte 
Que prions pour noz ennemys , 
Je vous diray , j'ay tort & honte, 
Tous Tes fai&z, foient à Dieu remis* 

rvvJJ* „ * S Priera/ pour luy de bon cueur , 
ton crrHT , * Par 1 ame du bon feu Cotard , 
&c n. & M a j s quoy ? ce fera doneque par cueur 



( Obftant qu'à chafeun ne le crye ) 
Il ne fauldra pas à fon efme , 
Au pfâulticr prens ( quand fuys à mefme ) 
( Qui n'eft de beuf ne * cordoen ) 



fa] Faitard , pareffeux, [ b 1 foy que doj mon 

qui tard laid fa befogne. 2apufme>k mon Bapceftnc. 

1 Cordoen ,c'c(t qu'il vc- Cordoennitr & CnfuitC Car- 

noit alors de Cordouc en 4o»ier t 
Efpagacd'où l'on a frit 



jrnerc en teray ac rit ara 9 
S'il ne le fçait , voife Fapprandrev 
S'il m'en croyt ( ains qu'il foit olus tard)* 
A Douay ou à ,1-yfle en Flarwrc. 





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Le verfet ( a ) efcript le fcptiefmc 
Du Pfaulme te Dem laudem. 

Sy pry'au benoift filz de Dieu 
( Qh * tous mes befoings je réclame ) 
Que ma pauvre prière ayt lieu 
Vers luy de qui tiens corps & ame, 
Qui m'a prefervé de maint blafme 
Et franchy de vile ouiflance , 
Loué foit il , & nottre Dame 
Et ( b ) Loys le bon Roy de France. 

Au quel doint Dieu l'heur de Jacob 3 
De Salomon l'honneur & gloire , 
Quand de proueffe il en a trop 
De force aufli par ( c ) m'ame voire 
En ce monde cy tranfîtoire 
Tant qu'il a de long & de lé , 
( Affin que de luy foyt mémoire ) 
Vivre autant que Mathufalé. 

Et douze beaulx enfans tous mafles 
Veoir de fon très cher fang Royal , ' 
Auffi preux que tut le grand Charles > 
Conceuz en ventre nuptial , 
Bons comme fut faind Martial : 



Pource que foible je me fens 
rop plus de biens que de fanté 



f a > Au verfet dont il < b ) Louis XI,. 

Sa rie y a fiant dits ejwJ Ce) P*r m amt > par 
:c. fjr epifcoçatHm i t M juoa ame, 




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14 

Tant ( a ) que je fuis en mon plain fin* 
Si peu que Dieu m'en a preite 
( Car d'autre ne l'ay emprunté ) 
J'ay ce teftament très eftable 
Faid de dernière voulenté 
Seul pour tout, & irrévocable. 

Efcript l'ay Pan ( b ) foyxante & ung 
Que le bon Roy me délivra 

N? M*™?' D e la dure prifon de * Mehun , 

Y. Et que vie me recouvra, 

Dont fuys ( tant que mon cueur vivra ) 
Tenu vers luy me humilier, 
Ce que feray Ç « ) tant qu'il mourra 
Bien faid ne fe doibt oublier. 

Icy commrnence Villon a entrer en 
matière pleine d' 'érudition & 
de bon Jf avoir. 

Dans les Editions de Fêtard O* de Nwerd 
te Titre ne fe trouve point , le buitain or eft 
vray » <?c. y eft tout de fuite. 



I R eft vray qu'après plaigtz & 

pleurs, 
; Et angoiflêux geraiflemens , 
Après trifteffes & douleurs , 
iLab eurs & griefz chemine- 
mens, 

t Travail mes labres fentemens 



0 



< a > Téuit q»t \tf»is , fo : ante & ung- 
Undû que je fois. ( t ) Tant a » tl mo*rrë % 

<b) Mû quatre etn* juiq* 1 * ce qu'il moitrw. 



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Aguifa ( rondz comme pelote ) 
Me montrant plus que les commens 
Sur le lens moral d'Ariftote. 

( a ) Combien au plus fort de mes maulx 
En chevauchant 1 fans croix ne pille , 
Dieu qui les Pellerins d'Efmaux 
Conforta , ce dit l'Evangile , 
Me monftra une bonne ville 
Et pourveut du don d'efperance 
Combien que le pécheur foit vile, 
Dieu ne hayt que perfevcrance. 

Je fuys pécheur , je le fçay bien 
Pourtant ne veult pas Dieu ma mort 3 
Mais convertiffe, & vive en bien 
Et tout autre que péché mord, 
Combien que en péché foyemort, 
Dieu vit, & fa mifericorde, 
Et fï ma coulpe me remord 
Par fa grâce pardon m'accorde. 

Et çomme le noble Romant 
De la Rofe dit & confeffe 
( En fon premier commencement ) 
Qu'on * doit jeune cueur en jeunefle 
{ * Tant qu'il foit meury par vieilleffe ) 



Voyez fur 
cet endroit, 
la Préface 
de Clemeftç 
Ma rot Air 
VUlon. 



C a ) Combien , toute! - fois* 



* Dit. Ni 
doit. V. 

* Quant 
on le toit 
'vieil en 
>uieiUcfe. 
V. * Ni 



l Sans croix ne pille > ces 
tûmes ont ccé pris des 
monoyes de S. Louis dans 
4efqueUes , il y avoir d'un 
côté une croix 8c de Pau- 
tre 4es filles , que quel- 
ques uns croyenc avoir 
été des bemicles , c*eft-à- 
dirc des inftrumeas de 



bois, dans lefquels on fai- 
foit entrer les jambes des 
prifenniers , à qui Ton 
faifoit ainn fouffttr de 

Îrands teurmens dans 
*Orient •> t/oyeK la iP» 
DiflertaXion de M. du 
Cange fur Joinvilic P»f • 
aj*. X U fin. ^ 



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I* 

Excufer, helas il dit veoir l 
Ceulx donc qui me font telle opprefle 
%e»»«i»^ £ n * meurte ne me vouldroient veoir. 

te me "voul- 
droient 

me°%'oS- Si P our ma mort * e ^ien publique 
droientic. D'aucune chofe vaulfîit myeulx, 

A mourir ( comme ung homme inique ) 
Je me jugeaffe , ainfi ( a ) m'aid' Dieux : 
Grief ne faiz à jeune ne vieuix 

fur S0 Ud*ot» * ^°^ e ( ° ) *" Ur P* CC * 0U *°y e etl ^ ere > 

feint tnbie* Les montz ne bougent de leurs lieux 
perit'f* unt * >our un ê P auvrc n'ayant n'arriére. 

j oient en bit" 

N * Au temps que Alexandre régna 

Ung hom nommé 1 Diomedes 
Devant luy on luy amena 
• EfqniU Engrillonné * poulces & detz 
^monni!"' Comme ung larron, car il fut des 
v. " * Efcumeurs , que voyons courir 5 
meurs. n„V- Si fut mys devant les Cadetz 
tumeurs, v. p our c ft re jugé à mourir. 

L'Empereur fi l'arraifonna : 
Pourquoy es tu larron de Mer? 
fceftrhfftoï- L'autre refponce luy donna, 
r« bien aj - pourquoy larron me faiz nommer ? 
propnec. p our ce q U » on te VQ j t c f cumer 

En une petiote fuite 5 

Si comme toy me péuflè armer , 

Comme toy Empereur je fuffe. 



C a > j4infi m'MdiDieuxi (b) Soye fur piti » &C. 
aiuu ui'aydc Dieu. Soyc vif ou mort. 

ï Nommé Diomeies> on nom de CC Pirate. 
De fçait pas au viay le 

Mais 



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x 7 

Mais que veux tu ; de ma fortune 
( Contre qui ne puis bonnement , 
Qui fi durement me infortune ) 

* Me vient tout ce gouvernement* 
Excufe moy aucunement 
Et feaches qu'en grand* pauvreté 

* ( Ce mot dit on communément) 
Ne gift pas trop grand' loyaulté. 

Quand l'Empereur eut remiré 
DeDiomedes tout ledid> 
Ta fortune je te mueray 
Mauvaife en bonne ( ce luy dit ) 
Si fift il , onc puis ne mefprit 
Vers perfonne, mais fut vray homme; 
i Valerc ( pour vray ) nous * l'efcript 
Qui fut nommé le grand à Romme. 

Si Dieu m'euft donné rencontrer 
Ung autre piteux Alexandre 

* Qui m'euft faid en bon heur entrer , 

* Et puys qu'il m'euft veu condefeendre 
A mal, eftre ards & mys en cendre, 
Jugé me fuffe de ma voix , 

Neceflité fai& gens rnefprendre , 
Et fain faillir le loup des boys. 

Je plaings le temps de ma jeunefTe 
Au quel j'ay ( plus qu'autre ) gallé, 
Jufque à l'entrée de vieilleire, 
Car fon * partement m'a celé; 

i Cçcy eft rapporte par Dieu chapitre 4. voyez 

xioemius Mércellm qui l'a- Qujntecurce livre 7. ena- 

voit pris du livre ?. de la pitre 8. n. 10. de l'Edition 

République de Ciceron. de Pitifcus page 498. & 

.Le même rait retrouve la note de Fremsbemiwf ca 

dans Satnt Auguftin livre «et «ndrûfc. 
quatrième 4çV cité de 

B 



* Méfient 
a tout fi YUm 
dément' N. 

* Ce mot ce 
dtt commune* 
ment. N. V, 



* 

mïeujtenbon 
cueurfaiten* 
trerfl. 

* Et qui 
m'y eujt ><* 
condefeendre» 
N. 



* Q$ifo9 
partement . 
t>c. N. V, 



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i8 

Il ne s'en cft à pied allé 

Ne à cheval , las & comment ( * ) don ? 

Soudainement s'en eft voilé 

Et ne m'a laiflé quelque don. 

' • Ell t '/£ * Allé s'en cft , & je demeure 
mî»*N. *" Pauvre de fens & de fçavoir , 

Trifte , failly , plus noir que meure , 

* je * Je n'ay ne cens , rente » ne avoir , 
neavowM, Des m i ens * c moindre ( je dy voir ) 
la iccon de De me defadvouer s'avance , 

f c 'T. Oublyans * naturel devoir, 
natJtïït? ^ ar * au * tc ^ un 8 P eu ^ e Avance. 

i/o»r. N. Y. g. ne cfa j ns j c avo j[ r d e fp en( l u \ 

* Frian- Par* friander ne par lefcher, \ 

** pïr troù * ^ e P ar tro P a y mer r * ens vendu , A 
aymerl'ay Qu'amys me feeuffent reprocher, | 
runs >end» ^ u moms q u j i cur cou fte trop cher , 

Je le dy, & ne crains mefdire I 
De ce ne me puys je ( b ) revencher / 
Qui n a meftatâ , ne le doit dire. ' 

Bien eft il vray que j'ay aymé a 
Et aymeroye voulentiers, \ 
Mais trifte cueur, ventre affamé \ 
- notion- Qui n'eft raflafié au tiers 
nts gens. ofte des amoureux fentiers «^J 

Au fort quelqu'un s'en recompenlcl 
Qui eft remply fur les chantiers , J 
Car de la panfe vient la danfe. / 

He i Dieu fe j'eulTe eftudié 
Au temps de ma jeuneife folle 



i a > Don , pour don 4 » f b ) Kj'venther , re • 
par trop grand lkeace venger eit le vray ter* 
poétique. mç. 



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Et à bonnes meurs dédié , 
J'euue maifon , Se couche molle 
Mais quov ? je ( a ) fuyoye Pefcole 
Comme faid le mauvays enfant s 
En eferivant cefte parolle 
A peu que le cueur ne me fend. 

Le diâ du faige, ( très beaulx ( b ) diâz ) \ 
Favorable ( & bien en puis mais ) 
Qui dit, efiouys toy mon filz, 
Et ton adolefcence metz 
Ailleurs , fert bien d'ung autre meâz, 
Car jeuneffe & adolefcence 
( C'eft fon parler , ne ( * ) moins ne mais ) 
Ne font qu'abbus & ignorance. / 

Mes jours s'en font allez errant * S 
Comme dit Job d'une touaille 
* Et des filetz quant tiflerant * sont Us 

Tient en fon poing ardente paille, f* n 



Soudainement il le ravift; 
Si ne crains plus que rien m'aflaille 
Car ( d ) à la mort tout saffouvyft. 

Ou font les gratieux gallans 
Que je fuyvoye au temps jadis 
Si bien chantans * fi bien parlans, 
Si plaifans en faiclz & en didz ? 
Les aucuns font mortz & roydiz , 
D'eulx n'eft-il plus rien maintenant 



C a > Fnjoye, triflUlable. ne moins ne mai s > ne moins 

Cb) Très-beaux dittz » ne plus, 

qui e»t ung très- fcean diât. [d] A U mort , &c. 

( c ) Prenez garde le- tous inaulx font iaonU 

fteurs à cetw Eaiemhcfe » 4'aflîiillir l'homme. 





Bij 



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Google 



Repos aycnt en paradis 
JUf rem Et Dien faulve lc * remenant; 

c'eft-à-diire 

t'J™ 0 "' . Et * les aucuns font devenu* 
n gfv*"' P* eu merc y § rans Seigneurs & maiftres ; 
Les autres mendient tous nudz 
Et pain ne voyent qu'aux feneftrcs , 
Les autres font entrez en doiftres 
De Celeftins, & de Chartreux 
Bottez,houfez,com pefcheurs( a ) d'oyftresj 
Voyla Teftat divers d'entre eulx. 

( b ) Aux grans maiftres Dieu doint bien 
/ faire 
Vivans en paix & a recoy , 
En eulx il n'y a que refaire 
Si s'en fait bon taire tout coy ; 
Mais aux autres qui n'ont dequoy 
( Comme moy ) Dieu doint patience ; 
( c ) Aux autres ne fault qui ne quoy 
- Car affez ont pain & pitance. 

Bon vins ont fbuventi embrochez 
ASaulces , brouetz , & gras poûTo^s 
. Tartres » flans , œufz fritz & pochez » 
*Pcrduz, & en toutes façons, 
tes faifons. Pas ne reflemblent les maçons 
& i Qs e fe* ylr fault à fî grand' peine , 
Hz ne veulent nulz efchançons , 
*;P»M*Car de verfer chafeun fe peine 

Sttvf • . * 

C* ] P*oyflr$s , d'huy- die au précèdent couple t- 
ftres. [ c ] Aux antres, à ccul x 

£b] Icy Villon réitère qui font entrez en cloî- 

ârtific tellement ce qu'il m très. 

i Jimbrocbe*. Le vin en perce > voyez Kagucan 
broche,cft ecluy qui eft ea fiir Forage» 



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En ceft incident me fuys mys » 
Qui de rien ne fert à mon faiéty \ 
Je ne fuys juge , ne commis 
Pour punyr n'abfouidre meffaiâ , 
De tous fuys le plus imparfaictj 
Louéfoit le doulx J E SUS-CHRIS T; 
Que par moy leur foxt fatisfaidj 
Ce que j'ay efcript ett efcript. 

( Laiflôns le monftier ou il eft ) 
Parlons dé chofc plus plaifonte , 
Celle matière à tous ne plaift 
Ennuyeufe eft , & defplaifante 
Pauvreté , chagrine , dolente , 
Tousjours dcfpiteufe & rebelle 
Dit quelque parolle cuyfante , 
S'elle n'ofe , fi le pente elle. 

Pauvre je fuys de ma jeunefle 
De pauvre & de petite ( a ) extrace i 
Mon pere n'eut onq' grand' richefle 
Ne fon ayeul nommé Erace. 
Pauvreté tous nous fuy t & trace , 
Sur les tumbeaulx de mes anceftres 
( Les ames deiqueiz Dieu embraffe ) 
On n'y voyt couronnes ne feeptres. 

De pouvreté mc(M guementanc 
Souventesfoys me dit le cueur, 
Homme , ne te ( c ) douloufê tant 
Et ne demaine tel douleur 
Si tu n'as tant que ( d ) Jacques Cueur , 

I * 3 H*tr4c* , origine. Ce 1 Ne te do h lot* ft , nfl 

C b J *t* g»ementant , te plaint, 
nie complajjnanc , me i à 3 Jacques C*twr> grant 
fenciant. ' Argentier de France? 

B iij 



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'%% 

* Bar- Myeux vault vivre foubz 1 gros * bureaux 
rea*i*. Pauvre , qu'avoir efté Seigneur , 
&vT Et pourrir foubz riches tumbeaux. 

(Qu'avoir efté Seigneur. Que dys ? ; 
Seigneur helas ne l'eft il ( a ) mais 
Selon les au&entiques dic*tz , 
Son lieu ne congnpiftra jamais, I 
Quant du furplus je m'en defmeftzi • 
Il n'appartient à moy pécheur 
Aux ( ) Théologiens le reme&z 
Car c'eft office de prefeheur. 

fitsâlZ* * s '\ ™ % s ( bi ™ le confidere ) 
fideré fiiK Filz d ange portant ( c ) dyademe 
fa%%IdeZ< De eftoilïe ne d'autre fydere , 
$1!*%% Mon P ere mort > Dieu en ayt f ame 
fyl N,"& Quant eft du çorps,il gyft ( a ) foubz lame, 
J'entçnds que ma mere mourra 
£t le fçait bien la pauvre femme 
Et le filz v pas ne demourra. 

Je congnoys que pauvres & riches 
Sages & folz 3 prebftres 3^,laiz 
Nobles, vilains, larges , & chiches 
Petiz & grans , & bcaulx & Iaidz 
Dames à ( c ) rebraffez colletz 




f Cal Mais ,plus. que ou à la Parifienne. 

* r b \ Théologiens f eft de [ d } foub « 

rlnq fil abes , mais icy eft nimbe, 
qwdririllabi; C c 3 Vbabtf des iwmn 

t c ] Dyademe fault pro- d* temps de VtUQ9.± 
l,oncer diadame à l'antt* 

l frai b»r<4** , f roffi» 4»f « , ou ctoftl de bai* 



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2 *. 

De quelconque condicion 
Portant attours & bourreletz 
Mort faifit fans exception. 

* Et meure Paris ou Hélène 

rut Paris & 

* Quiconques meurt , meurt a douleur **eUine. N. 

Celluy qui perd vent, & alaine * ^; C o»- 

Son fiel fe crevé fur fon cueur , f»>» «£. 

Puys fue , dieu fçait quel fueur , N.&V. 
Et n'eft qui de fes maulx l'allegc , 
Car enfans n'a , frère , ne fœur 
Qui lors voulfift eftre fon pleige. 

La mort le fâiâ frémir , pallir , 
Le nez courber , les veines tendre , 
Le col enfler , la chair mollir, 
Joinâes & nerfe. croiftre & eitendre, 
Corps féminin qui tant eft tendre, 
Polly , fouef , fi gracieux. 
Fauldra il à ces maulx entendre? 
( a ) Ouy , ou tout vif aller es cieulx. 



BALLADE, 

Des Dames du temps jadis. 
I: r <i ^^[lCTES moy, ou, ne en 

Ih^^bI e ^ Fi °^ ia beiie R .° maine > 

ISs©^! Ai chipiacîa , ne Thais 
WEBB3H Qui fut fa coufine Germaine ? 
Echo parlant quand bruyt on maine 



C a > Owy monofillabc. ^ .... 

B mj 



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24 « 

Dcflus rivière, ou fus eftan 

Qui beaulté eut trop plus que humaine ? 

1 Mais ou font les neiges d'antan? 

XÔu eft la treflàge Heloïs ? 
'Pour qui fut chaftré ( & puys Moyne ) 
Pierre Esbaillart à Saind Denys 

(Pour fbn amour eut ceft eflbyne. 

"^niblablement ou eft la Royne, 
Qui commanda que Buridan 
Fut jetté en ung fac en Seine , 
Mais ou font les neiges d'antan ? 

La Royne blanche comme ung lys 
Qui chantoit à voix de Sereine * 
Berthe au grand pied , Bietris , Allys , 
Harembouges qui tint le Mayne , 
Et Jehanne la bonne Lorraine 
Que Angloys bruflerent à Rouen 
Ou font ilz , vierge fouveraine ? 
Mais ou font les neiges d'antan ? 

Prince n'enquerez de fepmame 
O»' elles font, ne de ceft an, 
Que ce refrain ne vous remaine 
Mais ou (ont les neiges d'antan ? 



i Let neges d'antan , ou les neges des années 
tf€ft.*-dirc d'avant i»*n, |*fféci. 




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B A LIA DE, 

Des Seigneurs du temps jadis , 
Juyvant le propos précèdent. 



m. 



U I plus ? ou eft le tiers Ca- 
lixte 

Dernier decedé de ce nom 
Qui quatre ans tint ( a ) le 
Papalifte? 
Alphonfe le Roy d'Arragon ? 
Le gratieux Duc de Bourbon 
Et Artus le * Roy de Bretaigne * jDwN* 

Et Charles fepticfme le bon ? , * v * 

Mais ou eft le preux Charlemaigne ? 

Semblablement le Roy * ( b ) Scotifte ♦ ScoH< ^ 
Qui demy face eut ( ce dit on ) N. & v. 

Vermeille comme une * Amathifte f .* «J** 
Depuys 1* front jufou au menton ? y/* 
Le Roy de Chipre de renom 
Helas , & le bon Roy d'Efpaigne 
Duquel je ne fçay pas le nom ? 
Mais ou eft le preux Charlemaigne ? 

D'en plus parler je me defifte* 
Ce monde n'eft qu'abufion , 
U n'eft qui contre mort refîfte 
Ne qui treuve provifion, 

( a ) U Pépalijlt , le < b > Sutijle. d»Efcoflc. 
Sic|cP» P al. 



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16 

Eneor' fais une queftion 
lancelot le Roy de Behaigne 
Ou eft il , ou eft fon ( a ) Tayon? 
Mais ou eft le preux Charlemaigne ? 

N & V. 1 "*' ° u eft * Gwcfdm le bon Breton 
*'o»ie'con-* Et le Comte Daulphin d'Auvergne 
*. & c. n. £t le bon fcu Duc J'Alcnçon ? 

Mais ou eft le preux Charlemaigne ? 



AUTRE BALLADE, 

*A ce propos , en vieil langage 
François. 

IT fuflê Ly ( b ) Sainte Apo- 
I ftoles 

J Daulbes veftuz . * demy tref- 

chet p. 558. i ■ * Qui ne cemd tors famctes 

r*S?f m Eftolles ^ 

w£?n?Ê Dont P ar Ic co1 P rcnt l y( c ) uiauffex 
leçon dc*M. De mal talent tout efehauflèz , 
eft celle de Auffi ^ien meurt filz que fervans 

De^ceftc vie fuys ( a ) bouffez , 

Autant en emporte ly vens. 

Voirç ou foit de Conftantinoblcs . 




Ca ) Tayon , père grant 
en langage Picard , du- 
quel Par. s teuoit plus a- 
lars que à prefent. 

( b ) Lyfaina^Apofio- 
Ut , le pape , & Te trouve 
toujours icy le pluricc 



pour le fingulier à l'ami» 
que. 

C e > Ly ma»ffez % le dia- 
ble, 

„ ( d ) Sms btttfex. s fuis 
fafchè. 



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L'emperier aux poings dorez , 

Ou de France ly Roy trefnobles 

Sur tous autres Roys décorez , 

Qui pour ly grand Dieux adorez # y #/H fc i 

* Baftiît Eglifes & Couvent, N . tifa 
S'en fon temps il fut honnorez v. 
Autant en emporte ly vens. 

Ou font de Vienne & de Grenobles 
Ly Daulphin , ly preux ly ( a ) Senez , 
Ou de Dijon, Sallms, & Dolles 
Ly Sires , & ly filz aifnez, 
Ou autant de leurs gens privez 
Heraulx , Trompettes , pourfuyvans ; 
Ont ilz bien bouté foubz le nez, 
Autant^ en emporte ly vens. 

Princes à mort font deftinez ^ 

* Comme les plus pauvres vivans; m^^T 
.S'il en font courfez ou * tennez f ff£y? u 
Autant en emporte ly vens. i Attàeu 

t Puys que Papes , Roys , filz de Roys 
Et conceuz en ventres de Roynes , 
Sont enfeveliz mortz & froidz 
( En aultruy mains paflent'les Règnes) 
Moy pauvre mercerot de Renés 
Mourray je pas ? Ouy fe Dieu plaift* 
Mais que j'aye fai&mes eftrcnes, 
Honnefte mort ne me defplaift. 

Ce monde n'eft perpétuel 




C a ) Ly Sent** le vieil de S<m# vocable la«n, 
jWi ancien, &çft e*w$ 



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2 * 

r« Mortel Tous fommcs foubz coutel * mortel 
covfteLV. * ç e confort prcnt ( a ) pauvre vieillart; 
n. & Lan- Lcqucl ^ eftrc piaifant raillart 

fort/v!" ^ ut k ^ )ru y t i° rs 4 ue i eune cftoit, 

On tiendroit a fol & paillait 
àrfàiZ* 1 * Vieil, fî a railler fe mettoit. 

^c.N.&V. 

Or luy convient il mendier 
* Force. Car a ce * faire le contraint! , 
N. & v. R e q U j ert ( b ) huy fa mort & hyer 
Triftefle fon cueur fi eftraincY 
Souvent ( fi neftoit Dieu qu'il crainft) 
Il feroit ung horrible faid , 
Si advient qu'en ce Dieu enfrainéfc 
Et que luy mefmes fe deffaicl. 

Car s'en jeunefle il fut plaifànt 
Orez plus rien ne dit qui plaife , 
( Tousjours vieil Synge cft defplaifent) 
Chofe ne faid qui ne defplaifc 
S'il fe taift ( affin qu'il complaife ) 

K r-'ÏÏv e ^ tcnu P our * rcceu 5 
' r S'il parie > on luy dit qu'il fe taife 

Et qu'en fon prunier n a a pas creu. 

Auffi ces pauvres femmelettes 
Qui vieilles font , & n'ont de quoy 
Quand ilz voyent ces pucelletes 
r * F» êi- 'MEndemenées & a recoy , 
Zrqt%%T H? demandent à Dieu , pour quoy 

îîîy ^ l t0 ^ nafquircmt , ne à quel droit i 
%i ******* Tout le monde s'en taift tout coy 
Car au tanfer, on le perdroit. 



Ça) Icy dit Villon que [ b ] Hwj & hier 9 touf- 
rhominç vieil & pauvre joues, 
fe conforte eu là fin. 



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7,9 

LES REG RETZ 

F De la belle Heaulmyere ja Par- ut!™ 7 ' 
• 'ii rr dc ccttc 

venue a vieulelle. Pi6ce 1 f »«;. 

vant r Edi- 
tion de Ve- 

Dvis m'eft que j'oy regretter KdeNi- cl " 
La belle qui fut Heaulmyere v«d 
Soy jeune fille fouhaitter yojtâfon^ 
Et parler encefte manière, tfnikmL 
— Ha vieilleflc félonne & fiere r*foyc«m* 
Pour quoy m'as fi toft abatue ? 
Qui me tient ? qui ? que ne me fiere 
Et qu'a ce coup je ne me tue ? 

* Toiiu m'as la haulte franchife ^ntli- 
Que beauité m'avoit ordonné dûion de 

Sur elerez , marchans , & gens d'Egiife , 
Car lors il n'eftoit homme né ngnumt te 

Qui tout le fien ne m'euft donné 

( Qs°y cn m ^ ^ es rcpentailles) 
Mais que luy eufle abandonné 
Ce que reffufent truandailles. 

A maint homme lay reftufé 
Qui n'eftoit à moy grand' faigeffe , 
Pour l'amour d'ung garfon rufé 
Au quel j'en feiz grande largeffe 5 
Or ne me faifoit que rudelTe , 
Et (a) par m'ame je i'amoysbien, 
Et à qui que feiffe finefle 
Il ne m'aymoit que pour le myen. 

[a]Pir m'awt > par non amc» x 



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* Omeme * Ja ne me fceut tant detrayner 
eut. v. Fouller aulx piedz , que ne Taymafïc » 
Et m'euft il fai& les rains trayner 
S'il me difoit que le baifafle 
Et que tous mes maulx oubliaûe , 
Le glouton de mal entaché 



Que m'en relie il ? honte' & péché. 

> 

Or il eft mort paffé trente ans 
Et ( a ) je remains vieille chenue ; 
Quand je penfe las au bon temps 
Quelle fus , fuis devenue 
Quand me regarde toute nue, 

'•Ft ieme* Et je me voy ainfî changée 

Pauv *c > tèiche > maigre , menue, 

* v. Je fuys prefque toute enragée. 

Qu'eft devenu ce front poly 9 
Ces cheveulx blonds , fourcilz voultiz 
Grand entr'oeil, le regard joly 
Dont prenoye les plus fubtilz, 
Le beau nez ne grand ne petiz, 
Ces petites join&es oreilles, 
Menton fourchu , cler vis trai&is 
Et ces belles lèvres vermeilles. 

C b ) Ces gentes efpaules menues , 
Ces bras longs , & ces mains trai&ùTcs, 
Petiz tetins , hanches charnues 
Eflevées, propres, faidifles 
A tenir amoureufes iyiles 



C a 3 Je remains* je de- icy par contraires cour ce 




fuys bien plus grafle i 



ila die au\ deux cou- 
( b ) Villon C avecquci pletz précédas planer 
graoi artifice ; reprent pour fij^ulier* . 



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3 1 

Ces larges reins , le fadinet 
Alfis fur grofles fermes cuyflês 
Dedans fou joly jardinet. 

Le front ridé , les cheveulx gris , 
Les fourcilz cheuz, les yeulx eftain&z 
Qui faifoient regars & ris , 

Dont maintz. * marchans furent attain&s 5 * Mefchans* 
Nez courbé, de beaulté loingtains N.&v- 
Oreilles * pendens & mouflues , * penden- 

Le vis pally, mort & deftainds t»n> 9 »f»a. 
Menton foncé 5 lèvres ( a j peaufliies. 

Ceft d'humaine beaulté l'yiTues 
Les bras courts , & les mains contraires * 
Les efpaulles toutes boflues 
Mammelles quoy ? toutes retraites • 
Telles les hanches que les tettes 
Du fadinet , fy : quant des cuyffes 
Cuifles ne font plus > mais cuxifettes 
Crivelées comme faulcifles. 

Ainfî le bon temps rcgretons 
Entre nous pauvres vieilles fottes, 
Aiïifes bas a * croppetons * Croup* 

Tout en ung tas comme pelottes *«.N.& 
A petit feu de * chenevottes * chant- 

Toit allumées , toft eftaindes , * 
Et jadis fufmes fi mignottes , 
Ainn en prend à maintz & maintes. 

.< a ) pcaufiMf , qui ne feat plut que fwxh» 



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3* 



B ALLADEi 

Et doStrine de la belle Heaul- 
miere aux filles de joye. 



»! 



I R y penfcz belle Gantière 
Qui m'efcoliere fouliez eftre , 
Et vous blanche la favatiere 
Or eft il temps de vous con- 
' gnoiftre , 
Prenez à dextre&à feneftre, 
N'efpargnez homme , je vous prie, 
Car vieilles n'ont ne cours n'y eftre 
Ne que monnoye qu'on deferic. 

Et vous la gente faulcîffiere 
Qur de dancer eftes a dextre , 
Guillemette la Tapiffiere 
Ne mefprenez vers voftre maiftre 1 
Tous vous fauldra dorre feneftre 
Quand deviendrez vieille fleftrie , 
Plus ne fervirez q'ung viel prebftre> 
Ne que monnoye qu'on deferie. 

Jehanneton la chaperonniere 
qïJwîe* * Gardez qu'amy ne vous empeftre 5 
yousemçe-^ Katherine FEfperonniere , 
ÎTiYjSZ' N'envoyez plus les hommes paiftre , 
tbiért* v. Car qui belle n'eft ne perpètre , 
Leur maie erace , mais leur rie 
Laidde vieifieife amour ne impetre 
Ne que monnoye qu'on defene» 

Filles 



y Google 



Filles veuillés vous entremettre 
D'efcouter pour quoy pleure & crie, 
Pour ce que je ne me puys mettre 
Ne que monnoye qu'on defcrie. 



L'AUTHEUR. 




ESTE leçon icy leur baille 
La belle & bonne de jadis, 
Bien dit ou mal , vaille que 

vaille -, 

* Enregiftrer j'ay faid ces 

diàz 

Par mon cler Fremin leftourdys 
Auflî raflls comme * puys eftre , 
S'il me defment, je le rnauldys , 
Selon le clerc eft deu le maiftre. 

Si aperçoy le grand danger 
La ou l'homme amoureux le boute i 
Et qui me vouldroit ( - ) lédanger 
De ce mot , en difant , èfcoute , 
* Si d'aymer Teftrange & reboute 
Le barat de celles nommées , 
Tu fais une bien folle doubte , 
Car fe font femmes diffamées. 



* Ptnfe. 
N. & V. 



♦ C* d*d- 

mer eltrangt 
&• reporte» 
V. 



S'elles n*ayment que pour argent, 
On ne les ayme que pour l'heure , 
Rondement aymcnt toute gent* 
Et rient lors que bourfe pleure , 
De celles -cy on en recceuvre, 



Cil LéUnitr * biafmçt. 



I 



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Mais en femmes d'honneur & nom 
Franc homme ( 4i Dieu me fequcure ) 
Se doit employer > ailleurs non. 

* £tyau- Je prens * qu'aucun dye cecy , 
ucy! \ imt 'S' 1 ne me c ° ntent e il en rien - y 
En efted je concludz ainfi , 
( Et fy le 1 cuyde entendre bien } 
Qu'on doit aymer en lieu de bien 
* icysîen-** Aflàvoir mon fy ces fillettes » 
fiîîes d" Q- ue en P aro ^ es toute jour tien , 
joy" c Ne furent pas femmes honneftes. 

Honneftes ? fî furent vrayement 
Sans avoir reproches ne blafmes > 
Si eft vray que au commencement 
Une chafeune de ces femmes 
Prindrent ( avant qu'euffent diffames ) 
L'une ung clerc , ung lay > l'autre ung 
moine , 

Pour eftaindre d'amours les flammes , 
Plus chauldes que feu faincl Anthoine. 

Or firent ( félon ce décret ) 
Leurs amys, 8c bien y( a ) appert, 
Elles aymoient en lieu fecret 
Car autre que eulx n'y avoit part, 
. Toutesfoys celte amour fe part , 
Car celle qui n'en avoit q'un 
D'icclluy s'eilongne & defpart, 
Et ayme myeulx aymer enafeun. 



(a) Fault dire appart, de Paris. 
& non appert à lUifcge 

i Guider, croire, eftimerj il vient de u$*t***' ' 



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Qui * les meut à ce ? je imagine + Vtfme**. 
( Sans l'honneur des dames blafmer ) N ' 
Que c'eft nature féminine, 
Que tous vivans veulent aymer j 
Autre chofe ny fault rymer, 
Fors qu'on dit à Reins , & à Troys , 
Voire à rifle , & faincl Orner, 
Que fix ouvriers font plus que troys. 

Or ont les folz amans le bond , 
Et les dames prins la voilée , 
C'efl le droit loyer ou'amours ont , 
Toute foy y cil violée , 
Quelque doiilx baifer , acollée 
De chiens ' 3 d'oyfeaulx, d'armes, d'amours, 
( Chafcun le die à la voilée ) 
Pour ung plaifir mille doulours. 



* DOUBLE BALLADE , >z>i.» 

dicionae V. 



f cctcc ru ce 

Continuant le premier propos. 
BjgSga O U R ce aymez tant que 



Folles amours font les gens beûes , w ^ mt 
(a)Salmon, en Idolatrya 
Sanfon en perdit ( b ) fes lunettes , 
Bien heureux eft qui rien n'y a. * 



C a > Sétmm , polir Sa? C b ) Su Imntttts ? fc$ 




Et fi n'y * romprez que voz teftes j 



y«uU. 



Cij 



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Orpheus le doulx racncftrier 
Jouant de fluftes & mufettes, 

• Enf*t * Et fut en dangier du meurtrier y 
Z d SËv. Le chien Cerberus à troys teftes , 

Et Narciflus le bel honneltes 
En ung profond puys fe noya 
Pour l'amour de fes amourettes» 
Bien heureux eft qui rien n'y a. 

Sardina le preux Chevalier 
Qui conqùift le règne de Crêtes , 
Et voult devenir ( A ) moulier 
Et filer entre pucelletes, 
David ly Roy , faige Prophètes > 
Crain&e de Dieu en oublya, 
Voyant laver cuifles bien faicles: 
Bien heureux eft qui rien ny a. 

Ammon en voulft deshonnorer 
( Feignant de manger tartelettes ) 
Sa fœur Thamar , & déflorer 

• ogifift. * Qui fait inceftes deshonneftes 5 

• & N - Herodes ( pas ne font fornettes ) 

Saind Jehan Baptifte en décolla 
Pour dances , faultz & chanfonnette» 5 
Bien heureux eft qui rien n'y a. 

De moy pauvre je vueil parler, 

wîSTnÎ ( b ) J en ^ a ^ atu * comme * ru tc U e$ > 
. ^ QUl nuc j ^ ^ ne | c q U - çrs ce | er ^ 

Qui me feit mafeher ces groifclles 
Fors Katherine de Vaufelles, 

• Net 1* * Et Noc le tiers qui fut la ? 



- C a ) MotUUr y femme, m* à ru ulltt x corne l©il« 
[b]/**»/** bêttem» le* à ung wife*u. 



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37 

* ( i ) Mitaines à ces nopces telles : 
Bien heureux eft qui rien, n'y a. 

Mais que ce jeune 1 Bachelier 
Laiflaft ces jeunes Bachelettes , 
Non , & le deuft on vif brufler 
Comme ung chevaucheur ( b ( défcovettesj 
Plus doulces luy font que * civettes , * Finemt. 
Mais toutesfbys fol s'y fia, N.&V. 
Soient blanches , foient brunettes , 
Bien heureux eft qui rien n'y a. 

t Si celle que jadis fervoye 
De fi bon cueur & loyaument , 
Dont tant de maulx & griefe j'avoye^ 
Et fouffroye tant de torment , 
Si dit m'euft au commencement 
Sa voulenté ( mais nenny , las ! ) 
J'euflb mys peine feurement 
De moy retraire de fes las. 

Quoy que je luy voulfiflè dire 
Elle eftoit prefte d'efcouter, 

[a] Mitaines à nopces [b] Cbeyambmr fef- 

tttUs , chauflT z vos gands cowettts, chevaucheur de 

à telles nopces , c'eftà- balais, forcicr. 
dite , arrière delà. 

I Bacheliers, Bachelettes, ou de BathelUs pour le-» 

Îuand les jeunes enfans ver baniere , ils érotent 
e qualité n'étoienr que Banertts, & quand ils n'en 
simples Efcujers , ils é- avoient pas affez ils re- 
coient nomme» -valets.Oa ftoieni Chevaliers Boche- 
void encore un refte de Uersi & comme les Gen- 
cetuûe? au jeu des car- tilshommes étoient Sa- 
it* , ou le fils du Roy eft cbeliers de bonne heure , 
appelle valet- A vingt ou délà Vient que les jeunes 
vingt & un an quand ils gensont éic nommez Ba- 
poffedoient des Fiefs de cbeliers , Se les jeunes De- 
HatUbert , ils étoient o- moifelles Bachelettes. C«. 
hligez de le faire Chrva- nom a pane enfuire à nos 
tiers. Quand ils avoient ua écoles , où le nom de Bft* 
DombwfiiffikmdcTcrres chelier a f^onnu. 

Cnj 



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38 

, - . Sans m' accorder ne contredire ; 
àSSrS Qui pl»* eft, foufiroit * m'acouter 
• iràtfM** J oi g nant elle P res s'accouter, 
d'elle. v.& Et ainfî m'allott amufant 
N - Et me fouffroit tout racompter » 

Mais ce n'eftoit qu'en m'abufant. 

Àbufé m'a , & faiâ entendre, 
* Ct fufi: Tousjours d'ung que * c'eft ung aultte , 
v * De farine , que ce fuft cendre , 

D'ung 1 mortier , ung chapeau ( a ) d e 
feautre, 

De viel mâchefer , que fuft 1 peaultre , 
D'ambefas , que ce fuffent ternes ^ 
Tousjours trompeur aultruy ( *> ) engeaul- 
tre, 

Et rend veffies pour lanternes. 

Du ciel , une paefle d'arain > 
Des nues > une peau de veau , 
Du matin , qu'eftoit le ferain , 
D'un trongnon de chou , ung naveau ; 
D'orde cervoifè, vin nouveau, 
D'une tour , ung molin à vent , 
Et d'une have , ung efcheveau > 
D'ua gros Abbé , ung pourfuyvant. 



fa] ftâutrt , fuftre. pe , déçoit. 
[ b j E»j eatltre , trom- 

X un% mortier 2 c'étoit d'huv JpouHaîn , itov ap- 

nn« efpece de bonnet , pelle poultrain & petul- 

qui eft encore l'ornement tre , & la jeune jument 

de If effiturt les Prcfidcns Mitre ou poutre , & de 

des Parlement. là vient que 1rs groflee 

•% Peaultre > ancienne- péces de bois qui portent 

meut le jeune cAeval les folivci font nomruéei 

«n*oo nomme ftujeitc- pn*reu 



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Ainlf m'ont amours abflfé, 
Et pourmené de * l'uy* P^, > „ , , t fi< %. 
Te crov que homme n'eft n ruie 
( FdTfiî comme argent de * çrepelle ; N * 
Qui n'y iâiflaft linge & drapelie , 
Mais qu'il fuft ainfî roanye 
Comme moy , qui par tout m appelle 
L'amant remys & renyé. 

Je renye Amours & defpite 
Et deffie à feu & à fang. 
Mort par elles me précipite , 
Et ne leur en chault pas d'ung blanc , 
Ma vielle ay mys foubz le blanc , 
Amans je ne fuyvrav jamais 5 

Si jadis je fuz de leur ranc , 

Je declaire que n'en fuys mais- 
Car j'ay mys le * plumail au vent, # 

Or le iûyve qui a attente j jî. 

De ce me tays dorénavant, 

Car pourfuyvre vueil mon attente , 

Et s'aucun m'interropue ou tente 

Comment d'amours j ofe raefdirc , 

Cefte parolle les contente , 

Qui meurt , à fes hoirs doibt tout dire. 

Je cognoys approcher ma foif , 
Je crache blanc comme cotton 
Jacobins auffi gros'que ang( a ; cet; 
Qu'eftce à dire ? quoy ? Jehanneton 
Plus ne me tiens pour 1 valeton , 



[ a } Lei anciens ai- foien* •/ pou* *uf. 

v«/et.On 

: cecanc'n 
jeti des c 
eft le fils 
a Reine; 

C iiij 



1 Valtton. C'eft ainfi appelléWe*.On ; void dm 

qu'on nommait les jeunei reftes de cet anaen ufaçe 

dom»t , le &s de l'Empe- le valet eft le fils du Roy 

eeur de Conftaïuiaoplc cft * 4e U R« n .e: 



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4<> 

♦te/?*»- Mais P our un 8 vieil * ufé roquartî 
q»art. n. & j) e vieil porte voix & le ton , 

i Et ne fuys q'ung jeune coquart. 

Dieu mercy & Jaques Thibault ; 
Qui tant d'eau froide m'a faift boyre 
> >r<m j*, En ung bas lieu , * non pas en ung hault 
m bs»it. n. Manger d'angoifle mainte poire 

Enferré : quand j'en ay mémoire, 
Je pry pour luy ( & reliqua ) 
Que Dieu luy doint ( & voire voire ) 
Ce que je penfé , & cetera. 

Toutesfoys je n'y penfe mal , 
Pour luy & pour (on lieutenant, 
Auffi pour fon officiai , 
Qui eit plaifant & advenant, 
Que faire n'ay du ( * ) remenant , 
Mais du petit maiftre ( v ) Robert 
Je les ayme tout d'ung tenant 
Ainfî que faid Dieu le 2 Lombart. 

Si me fouvient bien ( Dieu mercys) 
Que je feis à mon partement 
Certains lays Pan ( « ) cinquante fi* , 
Qu'aucuns ( fans mon confentement ) 
Voulurent nommer teftamenti 
Leur plaifîr fut , & non le myen : 
Mais quoy ? on dit communément > 
Qu'un chafcun n'eft maiftre du ficn. 



[a] Dm ramenons , du Rjètfrt, & non Robert 

re'id», dureftç. au du$ uiage. 
<b> Faulr, prononcer C c ) 1456: 

I Et — fuis q»*un jetmt quart, 
toqusrt y\\ faut ce femble a Lmbêrty ufuricr. 
0> W9 fuis m» jenmt co« 



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4* 

Et s'ainfi eftoit qu'on n'euft pas 
Receu les lays que je commande , - 

* J'ordonne que après mon trcfpas qtlnZ*" 1 
A mes hoirs on face demande «cc.N.scV. 
De mes biens une plaine mande» 

Moreau Provins, Robin Turgis 
De moy ( diâez que je leur mande ) 

* Ont eu jufqu'au li& ou je gys. ^ JPffî 

Pour le révoquer ne le dy , §î 
Et y couruft toute ma ( a ) terre j * 
De pitié me fuys refroidy 
Envers le baftard de la Barre, 
Parmy fês troys gluyohs de ferre 
Je luy donne mes vieilles nattes, 
Bonnes feront pour tenir ferre, 
Et foy fouftenir fur les pattes. 

Somme plus ne diray q'ung m'ot , 
Car commencer vueil a tefter 
Devant mon cler Fremin , qui ( b ) mot l 
( S'il ne dort ) je vueil protefter , 

* Qïje n'entends homme detetter, 

En cefte prefente ordonnance , mainVhomm 
Et ne la vueil manifefter , medtufttn 
Sinon au Royaulme de France. * 

Je fens mon cueur qui s'affoiblift 
Et plus je ne puys 1 papier \ 
Fremin nez toy près de mon liô 
Que Ton ne me viegne efpier, 

* Prens toft encre , plume & papier , 

Ce que nomme , efcryz virement , * prens 

■ *»cre y plume 

— — — — — — — fftfiâr- 

Ca) Faulc pronon er rouer. «.«V. 
tarre pour terre , & faire [ b ] m'o$, qui me 
pour ferre à caufe du ter- oyc 

jjtme p*if papier > je ne pois parler . ou articuler. 



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\Vuys fais le par tout copier, 
Et vecy le commancement. 

ICY COMMANCE 

VILLON A TESTER. 

U nom de Dieu pere éter- 
nel , 

Et du filz que vierge ( a ) 
parit, 

Dieu au pere coetemel 
Enfemble du fainft Efperit, 
* Quibim * Qui faulva ce qu'Adam ( ) périt j 
ÏSS$£ÏZ JF*y t P^e les Cieulx , 

mon ce font ( Qui bien le croyt , peu ne ( c ) ment ) 
Gens mortz furent faiâz petiz Dieux. 

Mortz eftoient > & corps & âmes 
En damnée perdition , 
Corps pourriz, & ames en flammes 
De quelconque condition , 
Toutesfoys tais exception 
Des patriaches & prophètes , 
Car félon ma conception 
Oncques n'eurent grand chault aux fefles. 

Qui me diroit * qui te faiâ raeâre 
Si tteûvant cette parolle, 
£2rr&* 0™ tt>cs e » C J ) Théologie maiftre 
tr*u mai A toy eû prefàxnption folle : 

jrrt , a -vous ' * * 

<ft , Crc. N. _ 
* V. ' 

a ] P4rir , enfante- [ c ] Ht merit . ne mérite, 
b J Périr, pour perdit, f d J Theoloite de quarrç 
mâts il ne fe peut dire 61 la bi s. 




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Ceft de J E S U S la parabolle 
Touchant du riche cnfcvely 
En feu , non pas en couche molle , 
Et du 1 Ladre au defloubz de ly. 

Si du Ladre euft veu le doy ardre 
Il n'euft ja requis réfrigère , 
Ne eau au bout de fes doiz ( a ) aherdre 
Pour refrefchir fa mafchouere > 
Pions y feront ( ; ) mate chère 
Qui boyvent pourpoint 8c chemife > 
Puys que boyture y elè fi chère , 
Dieu nous en gard' ( v )( bourde jus mi fe. ) 

* Ou nom de Dieu ( comme j'ay dit ) m *. A Y an . e 



Sans péché foit parfaiS ce di& In!?' y V a # 

Par moy » plus maigre que chimère , en titre c* 

* Si je n'ay eu fièvre * effimere T?i?Z%t. 
Ce m'a faiô divine clémence , * s* je * 

Mais d'autre dueil * & perte âmere * J^miwîT 

Je m'en tays & ainfi commence. N ;*J- 

Premier j'ordonne ma pauvre ame 
A la benoifte Trinité , 
Et la commande à Noftre Dame 
Chambre de la divinité, 
Priant toute la charité , 
Et les dignes anges des cieulx, 
Que par eulx foie ce don porté 
Devant le trofne précieux. 



f a 3 jfhhrrérty pr en dre . C c 3 Bornât fus mife , 

[ b j Mgte thtre > povre toute raillerie laiflcc. 
& piteufe tiiere. 

i Lsirt , Lazare. a Efimtrt, d'un four. 




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44 



Item mon corps j'ordonne & laiffe 
A noilre grand' mere la terre, 
Les vers n'y trouveront grand* greffe , 
Trop luy a faiâ fain dure guerre, 
Or luy foit délivré grand erre ; 
De terre vint , en terre tourne , 
Toute chofe ( fi par trop n'erre ) 
Voulentiers en fon lieu retourne. 

Item & à mon plufque pere 
Maiftre Guillaume de Villon , 



D*enfant eflevê de ( a ) maillon , 
r * D'iuaé Qui m » a * m y S h or s de maint boillon $ 
n. % v. Et de ceftuy pas ne s'esjoye , 
Si luy requiers à genoillon 
Qu'il m'en laiffe toute la joye. 

Je luy donne ma librairie 
Et le Rommantde Pet au diable, 
Le quel maiftre Guy Tablerie 
Groflbya » qu'eft ( " ) hom véritable , 
Par cayers eft foubz une table, 
Combien qu'il (bit rudement faiâ , 
La matière eft fi très notable - 
Qu'elle amende tout le mefiaiâ. 

Item donne à ma povre mere 
Pour fàluer noftre maiftreffe , 
Qui pour moy eut douleur amerej 
(Dieu le fçait ) 8c mainte trifteffe , 
• Anne * Autre chaâel n'ay , ne ( c ) fortreffe 




ui m'a efté plus doulx que mere 





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4f 

Ou me rctraye corps & ame, 

( Quand fur moy court maie deftrefle) 

Ne ma mère la poure femme. 



BALLADE, 

Que Villon feit a la requefle de fa 
mere 0 pour prier Noflre-Dame. 

AME des Cieulx, régente 

terrienne, 
Emperiere des infernaulx 1 pa- 
luz, 

Recevez moy , voftre hum- 
ble Chreftienne , 
Que comprinfc foye entre voz Efleuz, 
Ce non obitanr qu'onques rien ne valuz, 
Les biens de vous ( ma dame & ma mai- 
ftreffe. ) 

Sont trop plus grans que ne fuis pechc- 
relîè , 

Sans lefquelz biens ame ne peult fa ) merir 
N'entrer es cieulx > je n'en liais men- 
terreiîè , 

En cefte foy je vueil vivre §c mourir. 

A voftre 6\z diâes que je fuis fîenne , 
De luy foient mes péchez ( b ) abolux j 
Qu'il me pardonne comme à l'Egyptienne, 
Ou comme il feit au clerc Theophilus , 

C a > Mmir , acrittt» C b ) M«l»t % abolis. 




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Lequel par vous fut quitte 8c ( a ) abfoluz ; 
Combien qu'il euft au diable faicî pro- 
meffe : 

Prefervez moy , que point je ne face ce 
Vierge portant ( fans rompture encourir ) 
Le làcrement qu'on célèbre à la meffe ; 
En ccfte foy je vueil vivre & mourir. 

v * Femme je fuis * povrette & ancienne , 

Qui riens ne fçay , oncques lettre ne lcuz 
fjs D pr n wbi- ^ u nionftier yoy * ( dont fuis parroif- 
ennt. v. tienne ) 

* paradis * Paradis painct , ou font harpes & luz , 
wj. v. j? t un g enîer,ou damnez font ( b ) boulluz, 

L'ung me faiâ paour, l'autre joye & lieffe, 

* ta tye * La joye avoir faidz moy ( haulte deçlîè ) 
autniVl* ^ *l Ui P ecneurs doivent tous recourir 
V.n. ac G.' Comblez de foy , fans fainde ne parefTe , 
duP - En- celte foy je vueil vivre & mourir. 

* Deuice ' Vous portaftes * ( vierge digne prin- 

JESUS régnant , qui n'a ne fin ne cefle , 
Le tout puûTant prenant noftre foibleffe 
Lailfa les cieulx , & nous vint fecourir, 
Offrift à mort fa très chère jeunette , 
Noftre Seigneur tel eft , tel le confeflè , 
En cefte foy«je vueil vivre & mourir. 

t Item m'amour , ma chère Rofe , 
Ne luy laiife ne cueur , ne foye > 
Elle aymeroit mieulx autre chofe, 
Combien qu'elle ait afTez monnoye; 



< a ) .Afol*x > abfoulz. cft le vray François. 

< b ) Bù»U*k> boUliz 



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47 



Quoy ? ulic grande bourfe de foye 

Pleine d'efcuz , * profonde & large , * Parfon* 

Mais pendu fbit il ( que je foye ) *• v * 
Qui luy lairra efcu ne 1 targe. 

Car elle en a ( (ans moy affez ) 
Mais de cela il ne m'en chaule , 
Mes grans dedui&z en font paflez , 
Plus n'en ay le cropion chaule, 
Je m'en defmetz aux hois Michault y 
Qui fut nommé le bon fouterre , 
Priez pour luy , faides ung fault , 
A fainct Satur gift foubz Sancerre. 

Ce non obftant pour m'acquitter 
Envers amours , plus qu'envers elle à 



JD'efpoir une feule eftincelle, 
Ne fçay fe à tous cft fi rebelle 
Que à moy , ce ne m'eft grand * efmoy J 
Mais par fain&e Marie la belle ! 
Je n'y voy que rire pour moy. ) 

Cefle Ballade luy envoyé 
Qui fe finift toute par R. 
Qui la portera ? que je y voye J 



Pourveu s'il rencontre en ion\ ( a ) errô 
Ma damoyfelle au nez tortu 3 



( a ) En f on erre > en fou erre fe doit prononcer en êf* 

chemin. Ce qui fe rimt «g re , comme dejim. 

i T*rj*, bouclier qtiar- quels les François onc 

té. Voyez Fauche* dans ufé enleun.guerres , pa- 

fon traite de la milice , ge 51*. 

armes fc initrunxos dtr< * Ejm&2 crifteffe. 




oncques ny peu acquefter 



Ce fera Pernet 




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Google 



'4* 

tl luy dira 5 fans plus enquerre 
Orde paillarde d'où viens tu ? 




* Ne veut* 
droit. V. 

* Dans les 
Editions de 
V. N. & G. 
du P. après 
1rs huit pre- 
miers vers 
de cette 
Ballade ©n 
lit en titre 
ces deux 
mots JBe<w- 
$é d y émo»rs. 

* Haffîfn 
V. btritt. 
G. du P. & 



BALLADE, , 

De Villon k s y amye. 

AULSE beaulté qui tant 

me coufle cher, 
Rude en effecl: , hypocrite 

doulceur , 
Amour dure plus que fer à 
mafcher , 

Nommer te puis de ma ( a ) deffaço» 
feur , 

Cherchant finon la mort d'ung povre 
cueur 3 

Orgueil i mufle , qui gens met ?n mourir , 
Yeulx fans pitié ne * vouJ. . oient ( 5c 
rigueur) 

( Sans empirer ) ung povre fecourir. 

Mieulx m'euft valu avoir efté chercher 
Ailleurs fecours, c'euft efté mon honneur^ 
Rien ne m'euft fceulors de ce faire * 1 faf- 
cher, 



( a ) De m* de fa f on ne & defiâide. 
/wr, parente de ma ruy. 




y Google 



•Ores j en fuis en fiiyte & deshonneur: » c «t« 
Haro, haro, le grand, & le mineur, 
Et ou eft cccy ? mourrav fans coup ferir ? 

* Ou pitié peult ( félon ceftc teneur") fv**&+ 
Sans empiter, ung povrc fecourir? aï.?: * 

♦ Ou pitié 
feuit, y t fc 

Ung temps viendra , qui fera deflèkhef > G * du p ' 
Jaulmr, fleftnr, voftre efpanie fleur, 

J en nue lors , s'enfant feeuffc marcher > • J* ">'<* 
Mais nenny las, ce feroit donc ( * ) foleur, 
Vieil je feray, vous laide, & * fans couleur & ™ 
Or beuvez fort, tant que ( >) ru peul 

COUrir, r fawftmmf- 

* Ne reflufe* f chaflànt cette douleur, °' * 
*ans empirer ung povre fecourir. w/v^S 

G. du P. 

Prince amoureux , des amans le fc) m££^T 
grcigneur , ' j£^ e j^' v 

Voftre malgré ne vouldroye encourir &"g"Îu p.* 
Mais tout franc cueur doit, par noftre 

Seigneur , 
Sans empirer , ung povre fecourir. 

Item à maiftre Ythier marchant 
(Auquel , ( à ) m on branc laûTay jadis ) 
Donne ( mais qu'il le mette en chant ) 
Ce lay , contenant des vers dix , 
Avccques ung Defrofindis 
Pour fes anciennes amours, 
Defquelles le nom je ne dis , 
Car il 

me herroit à tousjours. 

ÎOF'Jmr, folie, plut erant. 

c ) u smgntnr t k ente ou biaqucmin. 



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L A Y , ou pfoftoft) RONDEAU. 

MORT, j'appelle de ta rigueur , 
Qui m'as ma maiftreife ravie , 
Et n'es pas encore aflbuvie 
Si tu ne me tiens en langueur > 
Depuis n'eu force ne vigueur , 
Mais que te nuyfoit elle en vie? 

MORT. 

Deux eftions , & n'avions q'ung cueur 
S'il eft mort , force eft que dévie, 
Voire ou que je vive fans vie, 
Comme les images par cueur. 

MORT. 

t Item à maiftre Jehan Cornu 
Autres nouveaux lays je veulx faire > 
sttom*. Car il m'a tousjours * fubyenu , 
A mon grand befoing & affaire 5 
Pource le jardin luy transfère 
Que maiftre Pierre Bourguignon 
Me renta , en faifant refaire 
L'huys de derrière , & le pignon. 

Par faulte d'ung huys je y perdis 
Ung grez , & ung manche de noue , 
Alors huy t faulcons , non pas dix 
N'y euflent pas prins une alloue 5 
L'hoftel eft feur , mais que on le cloiie 
Pour enfeigne y mis ung 1 havet, 



X Hévti, bé%m > des crochets, félon BoicL' 



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Qui que l'ait prins ( point ne m*en loue J 
Sanglante ( a ) nuift, & bas chevet* 

* Item & pource que la femme * c „ui* 

De maiftre Pierre Sainâ Amant , w »< font 

(Combien fi couipe y a 5 ou blafme ÎT'e&s 

Dieu lu/ pardonne doulcement J v - N - * 

Me meift en reng de 1 caymant , °* du P# - 
Pour le cheval blanc qui ne bouge , 
Je lny delaiffe une jument 
Et pour la mulle ung afne rouge. 

Item donne à Sire Denys 
* Helfelin , Efleu de Paris, * Hifeiin. 

Quatorze muys de vin d'Aulnis v.HinjèUm 
Prins chez Turgis à mes perilz , f. * d * 

S'il en beuvoit , tant que periz 
En fuft fon fens 5 & fa raifon , 
Qu'on mette de l'eau aux barrilz $ 
Vin perd mainte bonne maifon. 

Item donne à mon Advocat 
Maiftre Guillaume Charruau, 
( Quoy qu'il marchande * ou ait eftat ) 
Mon f b J branc , je me tays du fourreau $ 
Il aura avec ce ung Reau 
En change, affin que fa bourfè enfle, 
Prins fur la chauffée & carreau 
De la grand clofture du Temple. 

Item mon Procureur Fournier 
Aura pour toutes fes corvées, 

<a> F mut f»pflier t je <i>) Mon branc, mon 
luy doane ou laîffie. bracqucmtr ou efpc«. 

i Cumgut , gueux a mendiant, 

Dij 



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• r 

(Simple fcroit de l'efpergrter) 

G. diTp."' Èn ma bourfe quatre * 1 bavées , 
Car maintes caufes m'a faulvées , 
Juftes ainfi que JESUS-CHRIST m'ayde , 
Comme elles ont efté trouvées , 

* car bcn * Mais bon droit à bon meûicr d'ayde. 

irott h* 

S. vT Item je donne à maiftre Jaques 
Raguier , le grant godet de grève 5 
Pourveu qu'il payera quatre plaques > 

• Btdmjk * Deuil il vendre ( quoy qu'il luy grierVe )- 

Ce dont on œuvre mol & grève 
Aller ( fans chauffes * en * efchappin J 
fi. y. Tous les matins quant il fe lieve 
Au ? trou de la pomme de pin. 

Item quant eft de Mairebeuf , 
Et de Nicolas de Louviers , 
Vache ne leur donne ne beuf , 
Car vachers ne font, ne bouviers, 
Mais gens à porter efpreviers , 
Ke cuidez pas que je vous ioiïe, 
Et pour prendre perdriz , pluviers 
Sans faillir , chés la ( a ) Mafchecroiie. 

Item vienne Robert Turgis 
A moy , je luy payeray fon vin , 

( a ; La Maftbecroiie % Uilliere du temps. 
Une roftifleufe ou poul- 

1 Ha>ées. Les ha ées pelîé havate. 

font une efpeced'iinpoft , z Bfcbmppi* , efiarpjn, 

qui fe lève fur 1 s bleds foulier cécoupe. 

te les fruits , en prélevant a <4» trou de la pomme 

ou prenant fur chaque dt pin , cétoir un cabaret 

lac avec la main ou au- eu Jacques Raguier payoït 

tretnent , une certaine une tfpece de tribut » 

Suantite ; les Dames de rarce qu*il y alloit boire 

. Nicolas de Pontoifc tous les matins, 
•at te droit , qui cft ap- 



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Maïs quoy ? s'il trouve mon logis 
Plus fort fera que le devin 5 
Le droit luy donne d'efchevin 

* Que fay comme enfant de Paris J 

* Si parlé-je ung peu poitevin , 
Car deux dames le m'ont appris. 

Filles font très belles & gentes , 
Demourantes à fainâ Genou 
Près (ainâ Julian des vouentes, 
Marches* de Bretaigne ou Poidou , 
Mais je ne dy proprement ou, 
Or y penfez trcftous les jours , 
Car je ne fuis mie fi fou, 
Je penfc celer mes amours. 

Item à Jehan Raguier je donne 
x Qui eft fergent ( voire des douze ) 
Tant qu'il vivra ( ainfi l'ordonne ) 
Tous les jours une taiemouze 
Pour bouter & fourrer fa ( a ) moufe 
Prinfe à la table de Bailly. 
( b ) * A Maubuay fa gorée arroufe , 
Car à manger n'a pas railly. 

Item donne au prince des Ibtz 
Pour ung bon fot, Michault du Four, 
Qui à la fois dit de bons motz, 



corn* enfant 
né de Paris. 

V. 

* Si )e par- 
le m p*» 

certes deux 
dames le 
m'ont épris* 
V. ' 



♦ sA mal 

boire. V.G. 
du P. &N. 



< 2 } Sa moufe , & 
moue y Ton muftau. 

I Qui eft Serrent wrt 
dei don^e. Ph'i lippes le 
Bel par une Ordonnance 
du 1. Juin ijop. Oarua 
qu'il n'y auroit aux Cha- 
ftclet de Paris que jTm- 
Mânte Strient à entrai > 



Cb> La fontaine Ma*- 
buay. 

BtqMtre-yingtdixh pied, 
& qu'entre Us 90. il y 
en auroit dou%e , qui fe- 
roient élus comme fl plai- 
roit au Prevoft de Paris, 
On peut voir cette Or- 
donnance- . 

Du) 



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Et chante bien , ma doulce amour : 
Avec ce , il aura le bon jour , 
Brief , mais qu'il fuit ung peu en poinft 
j*»r. jj e ft un « droit f oc <j e * fejour 
Et eft plaifant, ou ne Peft point. 

Item aux unze vingtz Sergens 
Donne ( car leur faift eft bonnette 
Et font bonne* & doulces gens) 
Denis Ricbier , & Jehan Vallettç, 
A chafcun une grand i cornette 
Pour pendre à leurs çhappeaul* de ( a ) 
1 feautres , 



(a) Feautres , feuftres, 

I Une grand cornette. Il 
y a trots a quatre cent 
ànt , que les femmes , par 
une mcde ridicule fe mi- 
rent pour fe coifter de fi 
fautes cornes fur la tefite , 
qu'il fallut cxhauffer tou- 
tes les portes des apparte- 
nons dans les grandes 
tnaifons. un void encore 
de ces cornes dans les an- 
ciennes tapifieries , & en- 
tr'autres dans une qui eft 

Îux Bernardins de Paris. 
,çs l'aroes baiftcrent en- 



fuite t>eu à peu c es tomes* 
qui par cette raifon turent 
nom n ées cornettes. Les, 
cornettes furent auffi une 
elpete de veft-rnent,donc 
les hommes couvroienc 
leurs teftes. Qjjand l'ufa- 
ge des f entres rut intro- 
duit, ils y p ndirent leur» 
cornettes, comme on void 
par ce partage de Villon * 
fit enfuitc ilfles mirent a 
leurs cols , félon ces an- 
ciens vers de la Pawoi* 
de J. Ç. 



puifque tu as tant attend», 

H ne te faut qu'une cornette, 

Du bea» cbamvre, rond* & tJhoiH* 

four te couvrir un peu le col. 



% Cbappeau* de feautres. 
Il y a quatre à cinq cens 
ans en lprar.ee qu'on s'ha- 
billoit de peaux» Voyez 
M. d» Cange cans fa pre- 
iniere difTe nation furjwa* 
ville. £n fuite on fila les 
poils des animaux & on en 
fit des draps; enfin on col- 
la, & l'on foulla ces poils 
flot» on fit tfei/riWf'f 



quand ces feutres étoient 
drappezSE maniables , on 
en taifoic des couvertures; 
& quand ils ë:oient durs, 
on en faifnir des cha- 
peaux. Les Romains nom- 
reoient ces feutres coattilia 
dont parle Ulpien dans ta 
loy 15. de auro ey argent* 
leeato. Vide Fornertum 



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* fentendz ceulx à' pied de la guede; 
Car' je nay que foire des autres. tgtft. 
' De rechef , donne à Permet & G. du p. 

(Jentendz le baftard de la Barre) 
Pour ce qu'il eft beau filz & net , 
En fon efcu ( en lieu de barre ) 
Trois detz plombez de bonne carre , 
Et une beau joly jeu de cartes j 
Mais quoy ? s'on P oy t veffir ne ( a ) poirre 3 
En oultre aura les fievrçs quartes. 

Item ne vueil plus que Chollet 
Dolle, trenche, douve, ne boyfe, 
Relye brocq , ne tonnellet , 
Mais tous fes ouftilz changer voyle 
A une efpée lyonnoife , 
Et retienne le hutinet, 
Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyie , 
Si luy plaift il ( b ; ung tantinet. 
Item je donne à Jehan le Lou 

Homme de bien & bon marchant : , 

( Pour ce qu'il eft linget & ( ) nou ^ 

Et que Chollet eft ( d ) mal * cherchant , . sMtH n 

Ung beau petit chiennet couchant 

Qui ne lairra poullaiile en voye , 

Ung long 1 tabàrt , & bien cachant 

Pour les muffer , qu'on ne les voye. 

( a ) Poirrt , peter , & C c > flou , fbuec , de- 

ftuU Prononcer fourre à therchê nt ,* 

,a C \?%:i\>ntin« 9 un g A n^^ien de chc/- 

P cu , & ni fc dit guerre* cher & deftober. 
nors Paris. 

i T-W, quelque for- Iholer, 8r le cwmsa. *| 

te de ta&que , ou robe ; Concile de Trêve tom. 4- 

▼oyez au premier tefta- anttAotor. col. 250. 
mcoc l'article de Loup & 



Diiij 



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Item à l'orfèvre du Boys 
Donne cent clouz, queues & teftes, 
De gingembre farazinoys, 
Non pas pour emplir les boytcs, 

V.&n?™ ^* a * s P our con j° mc k c cu ^ z en * crettes 
'Et couldre jambons & andoilles , 

Tant que le laid en monte aux tettes » 
Et. le fang en devalle aux coilles. 

Au.cappitaine Jehan Riou 
Tant pour luy que pour fes Archicrs , 
Je donne fîx hures de lou 
Prins à gros maftins de bouchicrs • 
Ce n'cft pas viande à porchiers 

* ti** * Qui les cuit en vin de buffet i 

t o en ytn de n , , » . . 

b»fet. v. & Four manger de ces morceaulx chiers 
S'it'S* * On fçroit bien ung mauvais faiô. 

bufftt. G. 

• ommff ( a ) Ceft viande ung peu plus pelante 

vf Qs e n ' c ft <i«vet a plume, ne liège, 
Elfc eft bonne à porter en tente * 
Ou pour ufer en quelque (îege ; 
MmriS'Z *2 ais ^.P^noit les loups au pièges 
à un pùge Et les maftins ne lceuuent courre , 
ji'S/f ï «. J'ordonne moy qui fuis * bon ( b ) miege , 
V.n.'&g. * Quç des peaulxfurrbyver s'en fourre. 



* Son i»re. 

v. n. scTî. Itcm à Robin TroiuTecailIc , 

♦J^ ^Qui * s'cft en fervice bien faift, 
y- ' ' A pied ne va comme une caille » 

tjffijk!' Mais fur * roen gros & reffiuâ , 
V. lu N." Je luy donne de mon buffet 



( a ) Notée que frtan- f b ) Bon miege , boa 
4iic iucicç 4 mal ftire. mite , boa mcacciu. 



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Une jatte qu'emprunter n'oie; 

Si aura mefnage parfait 

Plus ne luy failloit autre chbfe. 

Item , Se à Perrot Girard , 
Barbier juré du bourg la Royne , 
Deux baflîns , & ung coquemard , 
Puis qu'a gaigner meâ telle peine; 
Des ans y a demy douzaine , 
Qu'en fon hoftel de cochons gras 
( a ) Me apaftela une fepmaine, 
Tefmoing l'abêtie de Pourras. 

Item aux Frères mendians, 
Aux dévotes, & aux 1 Béguines," 
Tant de Paris, que d'Orléans, 
Tant Turpelins que 1 Turpelincs 
( b ) De graffes fouppes jacobines 
Et rlans , leurs fais oblation , 
Et puis après foubz les courtines 
Parler de contemplation. 

Si ne fuis je pas qui leur donne , 
Mais de tous enfans font les mères, 
Et puis Dieu ainfî les guerdonne 



( a i M'apafiela y me 
repeuc. 

t Béguines, auxquelles 
les ReTligieufes du tiers 
otite de S. François ont 
fuccedé en F ance. Voyez 
le chap. i« des Clementtnet 
au tic. d» Hgligiofis demi- 
es y fitleckap. unique au 
Wcfme tu. dans les Extra- 
yagantet de Jean XXII. 
avec les gloics tout huit 
l'origine des Beguints, 
Voyvz M, Dntange dans 



( b ) Icy Villon n'efper- 
gne les monafteres; 

Ton gloflaire,&Àf. Ménage 
dan* fes étymologies fur 
ce mot. Ce que raurheur 
des notes fur Rabelais a $. 
cric fur ce fujet livre 4. 
paffe 194* ne vaut rien, 

% TièrlHpins, c'écoiene 
des heret ques dont parle 
d» Tillet fous Charles V, 
Vojre* M. Ménage dam 
fon di£ion; étymol* 



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Pour qui fbuflfrent peines ameres; 
Il fault qu'ilz vivent les beaulx pères ; 
Et mefmement ceulx de Paris $ 
5'ilz font plaifîr à noz commères , 
Hz ayment ainfî leurs maris. 

Quoy que maiftre Jehan de Pontliea 
En voulfift dire ( reloua ) 
Contraint & en publique heu 
Honteufement s'en revocquaj 
Maiftre 1 Jehan de Mehun s'en mocqua 
De leur façon , fi feit Mathieu , 
Mais on doit honorer ce qu'a 
Honnoré l'eglife de Dieu. 

Si me fubmeéfe leur ferviteur 
En tout ce que puis faire & dire » 
A les honorer de bon cueur 
Et fervir , fans y contredire ; 
L'homme bien fol eft d'en mefdire, 
Car foit à part ou en prefeher, 
Ou ailleurs, il ne fault pas dire 
(* ) Si gens font pour eux revencher. 

Item je donne à frère Baulde 
Demourant à Fhoftel des Carmes, 
Portant 1 chère hardie & * baulde 
Une 4 fallade & deux 5 guyfarmes 
fil £ * n! Q ue * Dccofta & fes gens d'armes 



(a) Meidiant fone 

ijean de Mebtm , c'eft 
l'Auth ur du Romane de 

U R:>tC. 

a Chère hardie , face 
fcirdie, vifage effronté. 
$ Brf*k , gjyç joyeufc. 



gens pour eitlx revenger. 

4 vntfaUdfy heaume, 

5 Gmfarmes ou biftrmes , 
c'ecoient des armes dou- 
bles comme des glaives* 
deux tranchant. 



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Ne 1 luy riblcnt fa caige vert* 

Vieil cft : * s'il ne quitte les armes, r Jd S £f* 

C'eft bien 1 le diable de vauvert. m«. v?**" 

Item pour ce que le Seelleur 
Maint a ) eftront de moufche a mafch,é , 
Donne ( car homme ett d& valleur ) 
Sort feau davantage craché , 
Et qu'il ait le poulce * efeaché ch * ty*' 

Pour tout * empraindre à une voye â ' ♦ cim- 
J'entendz cellûy de l'évefché, *™ àrt - v * 

Car des autres, Dieu les pourvoye. 

Quant de raeffieurs les Auditeurs. 
( ) Leur grange ilz auront lambriflee % 
Et ceulx qui ont les culz rongneux 
Chafcun une chaize perfée » 
Mais que à la petite Macée 
D'Orléans , qui eut ma ceinôurc , 
L'amende foit bien hault taxée , 
Car elle eft très mauvaife ordure. 

Item donne à maiftre Françoys 
* Promoteur de la vacquerie , • Pnm» 

Ung hault ] gorgery d'efcojfoys, aï» r 

( Toutesfois ) fans orfaverie, 
Car quant receut chevalerie , 

Ca) Eftront de mottfcbe, falle de la chambre des 

de la cire. comptes de fon temps. 
( ) Leur gra.ngt , la 

I Ne Uyriblent * nç luy ra»>er$ , & comme l'opU 

voilent. "De ribaUns , on nion commune étoit qw'iL 

a fait ribatd & ribleur, y venoit des démon» , Il 

Voyez U gl ofi air ed» Droit chemin qui y condmfoic 

Tranfoîs fur J(tba»d Sç de Paris fut nommé par 

fLoy des Hjbmuds. cette rai fon rué d'Enter. 

X Le ditblt de rauvert , i Gorgtri , & Zorgtxê**% 

le lieu où font les Char- JuuiTç cou. ÇoiÇlt 

ireux de l'a. ris le nommoU 



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* Boi- 
>en$. V. & 
G. du P. 



60 

H maugréa Dieu & faint George ï 
Parler n'en oyt , qu'il ne s'en rie 
Comme enragé à pleine gorge. 

Item à maiftre Jehan Laurens 
Qui a les povres yeulx fî rouges» 
Par le péché de Tes parens 
Qui * beurent en barilz & courges % 
Je donne l'envers de mes bouges 
Pour chafcun matin les torcher 5 
S'il fuft Archevefque de Bourges 
Du 1 cendal euft 3 mais il eft cher. 

Item à maiftre Jehan Cotard 
Mon procureur en court d'églifi 
Auquel doy encore ung patard^ 

fZf£*iui ( * A c l ûc hcurc î e m 'en ^vife) 
m'tn advi- Quant chicanner me feit Denife 
v - Difant , que l'avoye mauldite , 

Pour fon ame ( que es cieulx foitmife) 

•feripte. 



*J*m ^Cefte oraifon * cy j'ay eferipte. 



* Oraifon 
forme d* 
B*IU<U- G. 
du P. 



BALLADE, 

Et Oraifon. 

ERE Noë , qui plantaftes 

la vigne, 
Vous aufli Loth qui buftes au 

rocher , 
Par tel party , qu'amour qui 
gens f a ) engingne 
De voz filles fi vous feit approcher , 



f a > Enppit , déçoit. 

t D* undai , du ve- anciennes ordonnance* 
des cendaux dans le* du Cangc lut temdslum. 




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Pas ne le dy pour le vous reprocher , 
i Architriclin qui bien fceuftes ceft arc, 
Tous trois vous pris > que 1 o vous veuil- 
lez percher, 
l/amc du bon feu maifire Jehan CotarcL 

Jadis extraie! il fut de voftre ligne 
Luy qui beuvoit du meilleur & plus cher , 
Et ne deuA il* avoir vaiUant qu'ung pigne, * jtvcir 
Certes ( fur tous ) ç'eftoit ung bon archer , ^ / *v?" x 
On ne luy feeut pot des mains arracher > 
De bien boire ne fut oneq^ues ) faitard 5 
Nobles feigneurs ne fouftrez empçfcher 
L'ame du bon feu maiftre Jehan Cotard. 

Comme homme ( * ) * embeu qui chan- » ruu. 

celle & trépigne, V.*G.dft 
L'ay veu fouvent , quant il * fe alloit * F*tioi$ 

coucher , v ' 
Et une foys il fe feit une * bigne , 
( Bien m'en fouvient ) à l'eftal d'ung 

bouche», 

Bricf on n'euft fçeu en ce monde cercher 

4 Meilleur pion , pour boire tort & tard , 
Faiâes l'entrer ( fi vous l'oyez * hucher ) • Bt- 
L'ame du bon feu maiftre Jehan Cotard. 

Prince il n'euft fçeu jufque à terre cra- 
cher, 

5 Tous jours crioyt, haro, la gorge 6 m'ard , 

<a>F«r*«i>ra efleux, ( b) Embt* , emboyte, 

qu. tard faid quelque yvte. 
chofe. 

1 Architridin ? n* >«», 5 tz Fontaine a etnplo» 
m*ziftrr potémdu Cisco- yt ce vers dans le cç>nr« 

dt Tticlimio t pag- 50» du paylan qui a offenff 

2 0 n/0Mi , avec vous. ibn Jeîgneur. 

2 3 *>« , hoffe , t»mtf. * Jf'ird, me brûla» 
4 J>m» , Pecacor, 



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6t 

Êt û ne fceut oflcq' fa foif eftancher* 
L'ame du bon feu maiftre Jehan Cotard- 

Le ton- t Item vueil que le * jeune Merle 
te Merle. N. Déformais gouverne mon change , 
acG.duP. Q av changer enuys me metie , 

Pourveu que tousjours baille en change * 
C Soit à privé , foit à eftrange ) 
Pour trois efcusj fix 1 Brettes targes, 
Pour deux z% Angelotz > ung grand ange s 
Amoureux doivent eftre larges. 

Item j'ay fceu à* ce voyage 
Que mes trois povres orphelins 9 
Sont creuz & deviennent en aage, 
Et n'ont pas i telles de bellins , 
Et que enfans d'icy à Salins * 
N'a mieulx joiians leur tour d'efcolle 9 
Or par Tordre des Mathelins, 
Telle jeuneflè n'eft pas folle* 

Si vueil qu'ilz voyfent à t'eltude , 
Ou ? chez maiftre Pierre Richer, 
Le Donnait eft pour eulx trop rude* 
Ja ne les y vueil empefeher , 
Hz fçauront ( je Tayme plus cher) 
Ave faim , tibi decus , 
Sans plus grandes lettres chercher , 
Tousjours n'ont pas clercs le delfus. 

Cecy cftudient & puis ho > 
Plus procéder je leur deffens , 

i Brettes , tsrges , bou- temps que les Angles y c- 

Clicrs bretons. toient les maiftres. Voyez 

± *. <*»g*lots. L i angelot le Blanc des monnoyes 

etoit une monnoye An- Menare fur Angelots. 

Kloife d»or , frappée à } Teftts de beSins , teftet 

Paris vers 154». dans le dcbclienou de moût*»: 



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Quant d'entendre le grant Credo 

Trop fort il eft pour telz enfans -, 

Mon long ( a ) tabard * en deux je fendz , /e * 

Si vueil que la moiétié s'en vende g. du k 

Pour leur en achepter des flans , 

Car jeunefle eft ung peu friande. 

Et vueil qu'ilz foyent informez 
En meurs , quoy que coufte bature , 
Chapperons auront enfoncez , 
Et les poulces foubz la ceindure , 
Humbles à toute créature 
Difans, hen ? quoy ? il n'en eft ricn > 
Si diront gens ( par adventure ) 
Voycy enfans de lieu de bien. 

Item à mes pouvres clergeons , 
Aufquelz mes * tiltres refignay v VoTai 

Beaulx enfans & droidz comme jonez, p. 
Les voyans m'en deflaifînay , 
Et ( fans recevoir ) affignay , 
Seur comme qui Tauroit en 1 paulme , 
A une certain jour conligné, 
Sur rhoftel de Guefdry Guillaume. 

Quoy que jeunes & esbatans 
Soyent, en rien ne me defplaift 
Dedans vingt , trente , ou quaranre ans , 
Bien autres feront ( fi Dieu plaift ) 
Il faict mal qui ne leur complaift> 
Car ce font beaux enfans & gents, 
Et qui les bat ou ( 1 ) fiert , fol eft, 
Car enfans fi deviennent gens. 

Ca> Têbarty uneman- g* *> 
teille de alors. Voy%W ( h > **** » 

x E» ti*lmt , en la «nain. 



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*4 

Les bourfes des dix & huîft clercs 
Auront , je m'y vueil employer , 
Pas jlz ne dorment comme ( * ) loirs 
Qui trois mois (ont fans refveilier. 
tfUe$»- Au fort trifte eft le fommeiller 

Qui faid aifer jeune en jeunette, 
Tant qu'en fin iuy faille veiller 
Quant repofer deuft en vieillefle. 

Si en efeript au collateur, 
Lettres femblables & pareilles; 
Or prient pour leur bienfaiteur * 
Ou qu'on leur tire les oreilles. 
Aucunes gens ont grand merveilles 
Que tant fuis enclin à ces deux » 
Mais foy que doy , feftes & veilles 
Oncques ne vey les mères d'eulx. 

Item, & à michault Culdoûe 
Et â (ire Chariot Tarannc 
Cent folz : s'ilz demandent prins ( b } oue > 
Ne leur chaille , il viendront de manne s 
*ch**lfe* Et * unes bottes de bafanne 
& • Autant empeigne , que femelle 

Pourveu qu'ils ne falùeront Jehanne 
Et autant ung autre comme elle. 

Item au fexgnenr de Grignv 
( Auquel jadis laûTay 1 Viccftre ) 
Je donne la tour de Billy 



Îa l L»irs , loutre. Paris ne dit o» , ce qui * 
b j La commune «e mais oue > & 'quit. 

i rkéftr* , on appelloit fon U grénie aux gueux. 
incienntmcnt cette au* 

Pourveu 



y Google 



Pourveu Ce huys * n'y a ne feneftre 
( Qui foit debout en tout ceft eftre ) 

* Qu'il mette très bien tout appoint 
Face argent à dextre & à feneftre 

* Il m'en fault v & il n'en a point. 

* Item à Thibault de la Garde : 
Thibault ? je mcntz , il a nom Jehan*, 
Que luy donray-je , que ne ( a ) perde ? 
( Aflez ay perdu tout ceft an. 
Dieu le vueille pourvoir , amen ) 
Le barillet ? par m'ame voyre 

* Genevoys eft plus ancien 

Et a plus grant nez pour y boyre. 

Item je donne à * Bafanyer 
Notaire & greffier criminel , 
De giroffle plain ung panyer , 
Prins chez maiftre Jehan de Ruel 
Tant à Mautainct , tant à * Rofnel , 
Et avec ce don de giroffle , 
Servir de cueur gent & 1 yfnel 
Le feigneur qui fert fainâ: Criftofle. 



* r *. V. 

& G. du P.' 

* Qu'il rt- 
mette très* 
tout bien 

• joingt. V. G. 
du P. & N. 

* // luy 
étendra 
toujours i 
point: V. N. 
& G. du P. 

* Item Si- 
re Jehan de 
la <3atde , 
qu'aura il 
de moy à la 
faint Jehan* 
V. N. & G. 
du P. 

* Auxge» 
noulx. V. 
N. 8c G. du 
P. 

* Baf*. 
mier. V. Ni 
& G. du P. 



motueU Q t 
du P. 



Auquel cefte ballade donne 
Pour fa dame , qui tous biens a , 

* Se amour ainn ne nous * guerdonne * s'amonr 

Je ne m'esbahys de cela , *fofi tous 

Car au pas , conquefté celle a "v.'ac 

- N. 



( a ) Le Parifien dit par- de & Bon perde. 



i Tfnel , prompt , lé- 
ger , leR. de la Rofe , 
*- puis -viendra Jean Clo- 
pmel s» mur gentil , an 



c*»4r ifnel. 

i Gutrdonner , rccom« 
f«nfcr. 



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66 

♦ unt * prefent René roy de Cecille ; 
VFctciL Ou autant feit ( & peu parla) 
v.n.& g. Qu'oncques Heftor feit, ne Troile. 



< BALLADE, 

Que Villon donna a ung Gen- 
tilhomme nouvellement marié y 
four Venvojer h fin ejpoujè par 
luy conquijè a Vejfée. 

U poinâ du jour que Tefpre- 

vier fe bat. 
Non pas de deuil, mais par 
noble cpuftume 
v. , , *BruytUdcmaine,&dçjoye 
& N. s esbat , 

Reçoit fon par & fe jonét à la plume : 
Ainft vous vueil, à ce dem* m'alume 
Joyeufement, ce qu'aux amans bon femble, 

* Q»>** Sachez * qu'amour l'efeript en fon volume, 
TmftÈmt ^ c c c ^ ' a ^ n P our 4 u °y formes enfemble. 

* N ' Dame ferez de mon cueur fans débat 

Entièrement ( a ) jufques mort me con- 
fume 

Laurier foiief , pour mon droit fe combat: 

* oiivhr. O * rofîer franc , contre toute amertume , 
* N * Raifon ne veult que je defacouftume , 

( Et en ce vueil avec elle m'afiemble ) 



( a ) mtrt , tans que more. 



* Uruitde 




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r é 7 

De vous fervir, mais que m'y acouftume J 
Et ccft la fin pourquoy fommes cnfemble. 

Et qui plus eft , quant dueil fur moy 
s'embat 

Par fortune qui fouvcnt fi fe fume , 
Voftre doulx oeil fa malice rabat 
Ne plus ne moins que le vent faic*t la 
plume , 

Si ne perds pas la graine que je ( a ) fume 
En voftre champ, car le fruiét me ref- 
femble , 

Dieu m'ordonne que je le face & ( b) fume, 
Et c'eft la fin pourquoy fommes enfemble. 

Princeffe oyez ce que cy vous refume , 
Que4e mien cueur du voftre defaflemble ? 
Ja ne fera * tant de vous en prefume , 
Et c'cftla fin pourquoy fommes enfemble. 

t Item à lire Jehan Perdryer 
Riens , 1 n'a Françoys fon fécond frère i 
Si m'ont ilz voulu aydier 
Et de leurs biens faire confrère, 
Combien que François mon compère 
Langues cuyfans , flambans & rouges , 
( Sans commandement , fans prière , 
Me recommanda fort à Bourges. 

Si aille veoir en Taillevent , 
Ou chapitre de fricaffure* 



a ) Sntne j ferne. trop , tire du latin, 
b ) Sttmt , preigne 

X K'ê) Frâ»i*H. , e>c »> à Fra»jois % &>u 

Éij 



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68 

Tout au long derrière & devant, 
Lequel n'en parle ( a ) jus ne fure j 
Mais Macquaire je vous afleure 
( A tout le poil cuyfant ung dyable 
Affin que fentift bon l'arfure) 
* Faille Ce reape m'efcript fans * fable. 

V: fable. N. 
& & du P. ,. 

BALLADE. 



re. V. * N. 




N reagal,cn arcenic rocher , 
En orpigment , en falpeftre , 

& chaulx vive , 
En plomb boillant ( pour 
mieulx les efmorcher ) 
En fuif , & poix deftrampcz. de laiflîve 
Faide d'eftronts , & de piflât de Juifve > 
En * 1 lavaille de jambes à Mefeaulx > 
En raclure de picdz & vieulx houfeaulx -> 

(i)Jus ne fure , foubz ne lus. 



i La-vaille de % jambes â 
mtfeanx ; c*cft à-dire , k 
ladres. La mefellerie c- 
toit un mal fi contagieux, 
que quand une pccTonne 
en avoit été jugée ac- 
taintc » on luy ta. foie fon 
fervice,&comme morte au 
inonde > elle ne fuccedoit 
plus. Il y en a encore une 
difpofitiondans la Coutu- 
me de Normandie article 
274. Voyez l'article S5« 
de la Coutume de Hay- 
naut intitulé dt feryiee dt* 
ladre. Après le (errice fait 
on menoit le ladre à fa 
borde ,c»eft-à-dire à lape- 
cite mai Ton qui luy avoir 
été deftinée en plaine 
campagne , & on luy det- 



fendoit d'entrer dans au- 
cune mai fon , dans un 
moulin , de regarder dans 
les puits, ni les fontaines, 
d'entrer dans les tribu- 
naux , & dans les Eghles 
pendant le Service , de 
parler à perfonne qu'au 
deflbus du vent , ds ne 
boire que dans la taffe, 
& de ne point paner fur 
un pont fans avoir les 
gands aux mains. Voyez 
les Statuts fvnodaux du 
Drocefc de Troyes , & Bj-, 
thel dans fon Décret livre 
}. chap. 16. r age 48e*. la 
menue chofe Te trouve 
dans les Statuts fy nodatu 
Mff. de Solûom. - 



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En fangd'afpic, telz drogues perilleufes, 
En fiel de loups , de regnards & blereaux 
Soient frittes ces langues venimeufes. 

En cervelle de chat qui hayt pefcher 
Noir , & fi vieil , qu'il n'ayt dent en gen- 
cive , 

D'ung vieil maftin qui vault bien auffi cher 
Tout enragé en fa bave & falive , 
En l'efcume d'une mulle pouffive 
Detrenchée menu à bons cifeaulx, 
En eau ou ratz plongent groings mu- 
feaulx, 

Raines , crapaulx , telz beftes dangereufes, 
Serpens , lézards , & telz nobles oyfeaulx , 
Soient frittes ces langues venimeufes. 

En fublimé dangereux à toucher, 
Et au nombril d'une couleuvre vive, 
En f*mg qu'on meâ en * poylettes fechdr * Palefas 
Chez ces barbiers , quant plaine lune ar- v? 
rive , 

Dont Pung eft noir , l'autre plus vert que 
cive, 

En chancre & fix ? & en ces ords cuveaulx 

Ou nourrices eflangent leurs drappeaulx , 

En petits baings de filles amoureufes 

* ( Qui ne m'entend , n'a fuivy les bor- Q»i »« 

deaulx ) ^ d ™T d fr£r< 

Soient frittes ces langues venimeufes. £!bor?* yr$ 

Prince pafTez tous ces frians morceaulx , 
Se eftamine n'avez , facs , ou bluteaux , 
Parmy le fons d'unes brayes breneufes , 
Mais paravant en eftronts de pourceau!* 
Soient frittes ces langues venimeufes. 



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.7* 



CLEMENT MAROT, 
^4ux LeEieurs 

Vu temps de Villon ( Le&eurs ) fut faitfe une 
petite œuvre intitulée , i les ditz de Franc 
Gontier , là ou la vie paftouralle eft efti* 
mée : O* pour y contredire fut faicle une 
autre œuvre intitulée , les contredidz Franc 
Gontier , dont le fubgecl eft prins fur ung 
Tyrant , & auquel œuvre la vie de quel- 
que grant fehneur d^icelluy temps eft taxée : 
mais Villon plus faigement, O* fans parler des 
grans feigneurs , feit d'autres contredi&Z 
ce Franc Gontier , parlant feulement à 1 ung 
Chanoyne ) comme verre^cy après. 

T E M à maiflre Ajidry Cou- 
rault , 

Les contrediftz Franc ( a 

Gontier mande, 
Quant du Tyrant feant en 
hault 

A ceftuy-Ià rien ne demande; 
Le faige ne veult que contende 
Contre puiffant , pouvre homme las^ 
Affin que lès filez ne tende, 
Et qu'il ne tçesbufche en fes las. 




( a ) Franc Gontier m un- mande. 
4* > U nom du berger 

I Les ditz de Franc Gon- ainfi Maror s'eft trompé 

fier, ne font pas du temps d'un fïecle entier, puif- 

de Villon ? ils font de Phi- que Villon eft mort VC« 

lippe de Vitri mort Evef- la fia du 15. fieck. 
que de M eaux en 1351* 



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71 

Gonticr ne crains , qui n'a nulz hommes 
Et mieulx que moy n'eft hérité, 
Mais en ce * débat cy nous fommes y*^**» 
Car il loue fa pouvreté ; f 
Eftre pouvre y ver , & efté , 
A bonheur cela il repute , 
Je le tiens à malheureté , 
Lequel à tort ? or en difcutc. ,% 

BALLADE, 

Intitulée , les contrediftz^de Franc 
Gontier. 

U R moi duvet affis ung 

gras Chanoine , 
Lez ung brafîer , en cham- 
bre bien nattée > 
A fon cofté gifant dame Sy- 
doine, 4< . , 

Blanche, tendre, pollie, 8c attamtee, 
Boire ypocras, à jour & a nuyttee, 
Rire , jouer, mignonner, & bauer 
Et nud à nud ( pour mieulx leurs corps 

*yftr) , 
Les vy tous deux par ung trou de mortaiie; 
Lors je cocigneu , que pour dueil appailer 
Il n'eft trefor , que de vivre a ion aile. 

(a ) Si Franc Gontier & fa compaigne 
Heleine . 
Euffent celle doulce vie hantée, 

( a) Franc Gontier * ftoilr & la Pleure 
Heleine ,tfigmfie le pa- _ .... 

H luj 




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71 

♦ d'm»- * D'aulx & cîvotz qui caufent forte alaînc 
yonsà-uo*. * N , en man geaflent bife crouftre frottée, 

* Tout leur ( a ) mathon . ne toute leur * 

Mnebifeto»- pOtee 

Jiéi g! dû * S'ilz fe vantent coucher foubz le rofîer , 

P ; M athée * ^ C yaU ^ t P 3S m ï eu l X ^ COitOyé de 

v.n.&g! chaitè? 

"* Qu'en dictes vous ? faut il à ce mufér*? 

G* du ^ n tre *° r < 1 UC ^ e V * Vre * *° n a ^ e ' 

P.* 

w^Sr ^ e S ros P am bis vivent d'orge & d'a- 
Utcojtojêdt voyne, 

V# Et boivent eau tout au long de Tannée, 
Tous les oyfeaulx d'icy en Babyloine 
A tel efcot , une feule journée 
Ne me tiendroicnt , non une matinée. 
Or s'esbate ( de par Dieu ) Franc Gon- 
tier , 

Hélène 1 o luy foubz le bel Efglantier, 
Si bien leur eft , n'ay caufe qu'il me poife , 
Mais quoy qu'il foit du laboureux meftier, 
Il n'eu trefor que de vivre à fon aife. 

Prince jugez , pour tous nous accorder, 
Quant eft à moy ( mais qu'a nul n'en def- 
plaife) 

Petit enfant j'ay oiiy recorder, 
Qu'il n'eft trefor que de vivre à fon aife. 

t Item pour ce que fçait la Bible 
Mademoyfelle de Bruyères , 
Donne prefcher ( hors l'Evangile ) 

< a ) Méthm , lti& caillfc 
I Q avec luy, 



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À elle & à fes * bachelières .'*a*»k» 

Pour retraire ces 1 villotieres J}' w * v< * 

Qui ont le bec fi affilé -, 

Mais que ce foit hors Cymetieres 

Trop bien au marché au filé. 




'BALLADE 

Des femmes de Paris. 

UOY * qu'on tient belles 

langagières 
Genevoifes , Venicicnnes , 
Affez pour eftrc meflaigeres , 
Et mcfmement les anciennes > 
Mais foient Lombardes, Rommaines 
Florentines ( à mes perilz ) 
Pymontoifes , Savoyuennes , 
Il n'cft bon bec que de Paris. 

De très beau parler * tient Ton chères 
( Ce dit-on ) Neapolitaines , 
* Auffi font bonnes caquetieres 
Allemandes , * & Pruciennes ; 
Mais foient * Grecques , Egyptiennes , 
De Hongrie, ou d'autre pays* 
Efpaisnolles , ou Cauellannes, 
Il n'eu bon bec que de Paris. 

Brettes > Suyfies , n'y fçavent guercs > 
Ne Gafconnes , & Tholouzannes 5 



* Dan s les 
Editions de 
V. N. & G. 
du P. U y m 
Ballade 
de la ref- 
çr! peton des 
femmes de 
Paris- 

qtfon tien' 
nent Unr*i- 
gieres. N. 8c 
G, du P. 



** Tiennent 
chères. V.N. 
&G.duP. 

* $*o> 
que bonnes » 
€>c V. N. 
& G. du P. 

* Prou-ven- 
ciennes, V. 
N. & G. du 
P. 

* Nom**»* 

des. V. N.& 
G. du P, 



1 Villotiere le R. de la )englerefe , yiUotiere ne 
Hoft , Mr j* ut fnis p*j tcnçerejfe , eyçi 



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De petit pont deux harangeres 
Les conchiroient , & les Lorraines , 
'* * Anglefches , ou Callaifiennes ; 
ilntennVs. Ay je beaucoup de lieux compris» . 
v.n. &g. p icar d es > de Valenciennes , 
• si Beau- H n'eft bon bec que de Paris. 

%>oifitnnes. 

,v. fie N. Prince aux dames Parifiennes 
De bien parler donnez le pris , 
Quoy qu'on die d'Italiennes , 
11 n'eft bon bec que de Paris. 

Regardé m'en deux trois aflïfes 
Sur le bas du ply de leurs robes, 
En ces monftiers , en ces eglifes , 
Tire t'en près , 1 & ne t'en hobes , 
Tu trouveras que oneques Macrobes 
Ne feit de auffi beaulx jugemens , 
Entens - y quelque chofe en defrobes , 
Ce font tous bons enfeignemens. 

Item vaietz & chamberieres 
De bons hoftelz ( rien ne me nuyft ) 
Faifans tartres , flans , & * goyeres , 
Et grant rallias à minuiâj 
Riens n'y feront fept pintes, ne huiA 
Tandis que dorment maiftre & dame » 
Puis après ( fans mener grant bruyt ) 
Je leur ramentoy le jeu d'afne. 

Item & à filles de bien 
Qui ont pères , mères , Se i antes » 
Par m'ame je ne donne rien , " 
Car j'ay tout donné aux fervantes, , 
Si fuflènt-ilz de pou contentes, 1 % 
- — 

i Et nt t'en hobts , & ne tes: Boni* 
t»en vas pas. j .Amtt , cames, 

a Gojtrtt , forces de tac- 



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75 . 

Grant bien leur feiflent maintz lopins , 
Aux povres filles advenantes, 
Qui fe perdent aux Jacopins. 

Aux Celeftins & aux Chartreux 
Quoy que vie meinent eftroide, 
Si ont ilz. largement entre eulx , 
Dont povres filles ont difette, 
Tefmoing Jaqueline , & Perrette 
Et Yfabeau qui dit, ( a ) enné, 
Puis qu'ilz ont telle fouttrete, 
A peine en feroit on damné. 

Item à la grofle Margot 
Très doulce face & pourtraiclurc 
Foy que doy , ( b ) Brelare Bigod > 
Allez devote créature. 
Je Tayme de propre nature , 
Et elle moy , la doulce 1 fade , 
Qui la trouvera d'adventure, 
Que on luy life cefte ballade. 

BALLADE, 

I je ayme & fers la belle de 

a bon haift. 
M'en devez vous tenir à vil 
ne fot ? 

Elle a en foy des biens a * fin * Son. Vw 
fouhaift ** N jW. 
* Pour fon amour^ceings, bouclier, &paflot 3 *• 
— — — - tafiofïlfcto 




(a) F.nné , eft un juron 
de filles. 

( b ) Brelan Bigod , en 
Angloys, Dieu & Noftrç- 
Damc Et appert icj qut 

1 Sade, 



du temps de Villon refloit 
encore À Paris quelque mot 
des Anglais qui avotent 
pafîé par IL 

* Bonkatâ, bon grc*. 



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7* 

Quant viennent gens , je vous happe le pot 
Au vin m'envoys , fans démener grand 
bruyt , 

( a ) Je leurs tendz eau , frommage 3 pain , 
& fruift, 

S'ilz payent bien* je leur dy que ( b ) bien ftat 
Retournez cy , quant vous ferez en 1 ruyt , 
En ce bourdel , ou tenons noiire eftat. 

Mais toft après il y a * grant deshait , 
Quant fans argent s'en vient coucher 
Margot , 

Veoir ne la puis^mon cueur à mort la hait 5 
Sa robe prens , * demy ceinft , & furcot , 

rc* Ch v pf & Si luy prometz qu'ilz tiendront pour Tef- 

N.-' * cot y 

Par les coftez fi fe prend , l'Antechrift 
Crie , & jure par la mort Jefuchrift 
Que non fera. Lors j'enporigne ung efclat, 
Deflus le nez luy en fais ung eteript 
En ce bourdel ou tenons noftrc eltat. 



Puis paix fe fai<ft , & me Iafche ung 
gros çet , 

fiamle\v.' * P* us enflée qu'ung venimeux *fcarbot , 
** jg/ R* aat nVafliet le poing fur le ( c ) fommet, 
v* & %° t: Gogo me dit , & me * flert le jambot; 
v*&î£ ^ous deux * yvres dormons comme ung 
* Enfêm- fabotj 



bit. V.&N. 



( *)Je leurs tend*, je ta lien, 

leur prefeme. ( c ) Le fommtt , le 

( b) Bienjltt, que tout hault delà teite. 
eft bien ,&cft tiré de 1*1- 

1 l(Hyt , ce mot fe dit 1 Grant dehait » gran- 
des bè tes fauves quand cl- de peine 3 grand "çhi- 
lc$ font ça chaleur, s un* 



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77 

Et au refveil , quant le ventre luy bruye 
Monte fur moy , quel' ne gafte fon frui<ft 
Soubz elle geins , plus qu'ung aizme faift 
plat , 

De paillarder tout elle me deftruiâ:, 
En ce bourdel ou tenons noftre eftat, 

Vente, grefle, gelle, j'ay mon pain cuiéfc 
* Je fuis paillard , la paillarde me duit , 
L'ung vault l'autre , ceit à mau-chat mau- 
ratj 

Ordure avons , & ordure nous fuyt , 
Nous deffuyons honneur, & il nous fuyt, 
En ce bourdel ou tenons noftre eftat. 

Item à Marion TYdolle, 
t Et la grant Jehanne de Bretaigne, 
Donne tenir publique efcolle 
Ou Tefcolier le maiftre enfeigne j 
Lieu n'eft ou * fe marché ne tienne 
Si non en ( a ) la grille de Mehun j 
Dequoy je dy , fy de l'enfeigne , 
Puis que l'ouvrage eft fi commun. 

Item à Noë le Joly$ 
Autre chofe je ne luy donne, 
Fors plein poing d'ouers frez cueilliz { 
En mon jardin je l'abandonne , 
( b ) * Chaftoy eft une belle aulmofne 3 
Ame n'en doit eftre marry, 



* Je fui s 
paillard , (a 
paillarde me 
fuit , ordure 
ayons *ordu>' 
re nous ar- 
ruit , l'un 
vault l'au- 
tre , c'efi à 
mau tkat 
mau- rat» 
V. fit N. 



• Martbiêl 

y. 



* Charité 
eft 9 c belle 
aumujne. V. 



( a ) La grille de Mehun , 
la prifon ou Villon fut 

i Chaftoy , c»eft-à-«lire 
châtiment , la Coutume de 
Lorraine tir. 4. article 8. 
Tous ceux généralement am 
d'autorité privée s'ingè- 
rent à l'adminijhation du 
bien* des Pupilles , font mw 



mis. 

( b ) C&dto?,chafiiemem; 

ieBables d'amende arbitrai- 
re , & obligez d'en rendre 
compte j leurs biens demeu» 
rans affeBe^ À la fatisf ac- 
tion^ &> à faute de moyens , 
fu'fets a chaftois corporel*, 
4 l'arbitrage du Juge* „ 



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7« 

Unze vingtz coups luy en ordonne 
Par les mains de maiftrc Henry. 

Item ne fçay qu'a l'Hoftel Dieu 
Donner , n'aux povres Hofpitaulx , 
Bourdes n'ont icy temps , ne lieu , 
Car povres gens ont allez maulx, 
Çhafcun leur envoyé leurs aulxj 
Les mandians ont eu mon oye, 
Au fort ilz en auront les os » 
A povres gens menue monnoye; 

Item je donne à mon barBier 
Qui fe nomme Colin Galerne 
( a ) Prés voyfîn d'Angelot l'herbier 
Une gros glaflbn, prins ou ? en Marne ï 
Affin qu'a fbn ayle fe yverne, 
De Teitomach le tienne près , 
Se l'y ver ainfi fe gouverne, 
Trop n'aura chault l'efté d'après. 

Item rien aux enfans trouvez ; 
Mais les perduz fault que confole, 
« si doi * Q u i doivent élire retrouvez 
J^îïï&Rar droicl, chez Marion l'Idolle , 

Une leçon de mon efcole 
&*' ' Leur liray qui ne dure guiere, 
Tefte n'ayent dure, ne folle. 
Mais efcoutent , ceft la dernière. 



(a) prts vojfi» , pro- chaia roifin. 

•MF* 



n/tnt 



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79 



BELLE LEÇON 

De Villon aux enfans perdus^ 

EAUX enfans vous perdez la 
plus 

Belle rofe de vo chappeau, 
Mes cleres près prenans com- 
me gluj 

Se vous allez à * Montpippeau, 

Ou à Rueil , gardez la peau y 5éuVmott. 

Car pour s'esbatre en ces deux lieux V. & N» 

( a ) ( Cuidant que vaulfift le rappeau) 

La perdit Colin de Cayeulx. 

Ce n'eft point ung jeu de trois mailles , 
Ou va corps, & ( peut eftre ) l'ame, 
Se on perd , rien n'y font repentailles , 
Qu'on ne meure à honte & diffame 3 
Et qui gaigne , n'a pas à femme 
Dido la royne de Cartage, 
L'homme eft donc bien fol & infâme 
Qui pour fi pou couche tel gage. 

Qu'une chafeun encore mefooute* 
On dit ( & il eft vérité ) 
Que ( b ) charretière fe boyt toute 
Au feu l'y ver , au boys i'efté 




( a ) Cuidant qtH v<tuL 
fijh U rappeau y cuydant 
t< u* jours Te laulver pour 
en appeller. 

^_(b) Cbêtttttru fi [b»j* 



tout* , quelque vin que 
l'on eharroye ( foit bon 
foie mauvais ) boys 
tous. 



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8o 

Se argent avez , i il n'eft enté 
Mais le defpendez toft & vifte> 
Qui en voyez vous hérité ? 
Jamais mal acqueft ne proffite. 



BALLADE, 




r * Dont 
font tous , 

e>c. V. & 
N. 



De iomt doElrine a cettlx de 
mauvaife vie. 

A R ( * ) or foyes porteur de 
Bulles, 

Pipeur , ou* hezardeur de 
dez , 

Tailleur de faulx coings , ta 
te brufles 
Comme ceulx qui font * efchaudez-, 
Trahiftres pervers , de foy vuydez , 
Soyes larron , 3 ravis ou 4 pilles , 
Ou en va Facqueft que cuydez ? 
Tout aux tavernes & aux filles- 

ïtyme , raille , cymballe , luttes , 
* Hante tous autres eshontez , 

(a) Or foyes , ores que tu foyes. 



I II n'eft enté , c'eft-à- 
dire ,il n'eftpas employé 
en fond , il n'eft pas en- 
foui & vous l'avez en- 
core. 

z Efckaude* , c'étoit la 
peine des faux mono- 
yenrs , dont on void des 
ccftes dans l'art, prenne* 



de la Coutume du Loti- 
dunois au titre des crimes, 
qui porte , que tjtti fait 
ou forge fawJStmonoie doit 
ejire trstné , bouilli 3 & 
pendu, 

3 Havis , rayiffeurs ou 
voleurs. 

4 PMtt % pillars. 

Farce 



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Farce , broille , joiie des fluftes i 

Vainàcs > jeux , & 1 moralitez 

Fai&z en villes & en citez 5 

Gaigne au berlan ^au glic , aux quilles ^ 

Ou s'en Va tout ? Or efcoutez , 

Tout aux tavernes & aux filles. 

De telz ordures te reculles 3 
Laboure , fauche champs & prez , 
Sers , & penfc clievaulx , & mulles « 
Saucunement tu n'es lettrcz 5 
Aflez auras , fi prens en grez -> 
Mais fi chanvre broyés , ou 2 tilles , 
Ne * medz ton labour qu'as ouvrez v*f JSTg' 
Tout aux tavernes & aux filles. du 

Chauffes 9 pourpoin&z , & bourreletz » 
Robes , & toutes voz drapilles , 
( Ains que ceffez ) vous porterez 
Tout aux tavernes & aux filles. 

t A vous parle compaings de galles 
Mal des ames , & bien des corps , 
Gardez-Yous bien de ( a ) ce mau hafles 
Qui noircift gens quant ilz font mortz ^ 
( b ) Efchevez le , c'eft mauvais mord , 
Paiiez vous en mieulx que pourrez , 
Et pour Dieu foyez tous recors 
Qu'une fois viendra que mourrez* 

^( a ) De ce ma» kéfles , ( b ) Bftbe%eï le , évite» 
de ce mauvais hdA*. k. 

1 Mot élites II parle 1: chap. 22. pige 159. m 

de* Commedits de U Paf- 17. 

fio» qui étoier.t fort en g Tilles , tiller du cham- 

vogue de fon temps. vre , t*clt tirer en bro- 

1 Glic. Coquiilart par- vaut , yelltrt s fité je» 

Je de ce j«-u. Voyez les ]i»cd. 
noces fur JUbelais livre 



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8£ 

Item je donne aux quinze vingts 
( Que autant vauldrôit nommer trois cens) 
De Paris ( non pas de Provins , 
Car à eulx tenu ne me fens ) 
Hz auront ( & je m'y confens ) 

êtlismu Us * ' ^ ans ^' e ^ u y ) mes 1 grandes lunettes 
irMdûun*- Pour mettre à part ( a ) aux Innocens 
v. jL es g ens j c bien , des deshonneftes. 

Icy n'y a ne rys ne jeu - y 
Que leur vault avoir eu chevances, 
N en crans liâz de paremens 1 geu , 
N'engloutir vin en graflfes panfes, 
Mener joye, feftes, & danfes, 
( b ) Et de ce preft eftre à toute heure ? 
ïantoft faillent telles plaifances, 
Et la coulpe fi en demeure. 

Quant je confîdere ces telles 
Entaflees en ces 3 charniers , 

'* Ou tous "^ 0US ^ ure . nt ma ^ft res des requefles, 
V. N. ' * Au moins de la chambre aux deniers , 
*im/v?N. ^ u tôus ^ urent * P orte paniers, 



( a ) Aux Innocent , au 
cymeucre de fainft In- 
nocent. 



( b ) Et de ce prejl , 
tyc. preft à mourir» 



cet endroit , 8c Ménage 
dans Ton dicVionatre é.y- 
mol^gique. 

1 Geu » couché t c'eft- à - 
dire que leur vault d'a- 
vo r couché dans des beaux 
lits ? Geu vient de gefir. 
Voyez le chapitre 87. dis 
premier iiv. des Etablit'- 
icmens de S. Louis. 

2 Charnier, c'eft le lien 
oii l'on enterre , carné» 
rium. 



X Mes grandes lunettes, 
Ainfi l'.nvcncion des lu- 
nettes eft ancienne ; il en 
eft parlé dans un A&e du 
Parlement du vendredy 
2 p. Novembre , où Nico- 
las de Baye fieur du Gié 
fut élu Greffier. Cet Ac- 
te cft rapporté par Ména- 
ge dans les Amenirczdu 
Proie chap. 28. Rabelais 
en parle dans ion Panta- 
gruel livre ^. chap. 7; pa- 
ge 60. Voyez la note en 



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83 

Àutânt puis Tung que l'autre dirè^ 
Gar d'Evelques , ou lantcrniers a 
Je n'y congnois rien à redire. 

( a ) Et icelles qui s'enclinoient 
Unes contre autres en leurs vies > 
Des quelles les unes regnoient 
Des autres craintes & fervies, 
Là les voy toutes affouvies 
Enfemble j en ung tas pcfle meflé y 
Seigneuries leur font ravies , 
Clerc ne maiftre ne s'y appelle. 

Or font ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes* 

* Quant eft des corps , ilz font pourriz 5 * Qdntejt 
Ayent efté feigneurs , ou dames , %Vm\l 
Soucf & tendrement nourriz u*u U i* n font 
De crefme * fromentée , ou riz , bien foïrnL 

* Leurs os font déclinez en pouldre 3 $!; & G# dtt 
Aufquelz ne chault d'esbatz ne riz , * Et Usa 
Plaifc au douk J E S u s les abfouldre. tlZV. v? 

& N. 

* Aux trefpâlTez je fais ce lays, * Cehui- 

Et icelluy je communique 
A regentz , courtz , fîeges > & plaids »»f i f» ,nc * 
Hayneurs d'avarice l'inique , ltlons ' 
( b ) Lefquelz pour la chofe publique 
Cerchent bien les os & les corps , 
De Dieu & de fainct Dominique 
Soient abfolz quant iîz feront mortz. 

Item rien à Jaques Cârdon , 
Car je n'ay rien pour luy honnefte * 

( a ) E» içtUes , faut en- on Us corps pour en fâirt 
tendre icellcs tcftes. wfiiet. 
{b)Des Uxs dejltrmt* 

fij 



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$4 

Non pas qu'il gette à l'abandon 
Pour la belle bergeronnette 5 

S'elle euft le chant marionnette 
Faicl par Marion Peautarde , 
Ou de , ouvrez voftre huys Guillemette , 
Elle allaft bien à la mouitardç. 

Item donne aux 1 amans ( a ) enfermes , 
n>a*ft°r? rt * A Sans le l *y ma ^ Alain Chartier, 
Mmin char. A leurs chevetz de pleurs & lermes 
&a ïdv'. TreRout fi" plain ung benoiftier , 
* Et ung petit brin * d'èfglantier 
En tout temps verd, pour gouppillon, 
Pourveu qu'ilz diront ung ffaultttr 
Pour Tarne du pouvre Villon. 

Item à maiftre Jaques James 
Qui fe tue d'amafler biens, 
Donne fiancer tant de femmes 
Qg'il voudra , mais d'efpoufer , riens. 
Pour qui amafle-il ? pour les fîens , 
Il ne plainft fors que fes morceaulxj 
Ce qui fut aux truyes, je tiens 
Qu'il doit de droit eftre aux pourceaulx» 

Item fera le Senefcha! 
( Qui une fois paya mes debtes ) 
En recompenfe , marefchal 
Pour ferrer oes & canettes, 
Je luy envoyé ( b ) ces fornettes 
Pour foy defcnnuyer j ( c ) combien 

( a > Enfermes, malades. prêtent livre. 

( b ; Ces [omettes , ce ( c ) Combien, toutesfoiî. 

I Anians tn fermes % ma* i Eglantier* cffCCC 
lades d'efprit , foli a a» cofitr. 
mentes» 



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Lesquels 
'ervt ont des 



*1 

S'il veult face en des alumettes; 
De bien chanter s' ennuyé on bien.* 

Item au Chevalier du Guet 
Je donne deux beaulx .petiz pages , 
Philippot , & le gros Marquet , 

* Qui ont fervy ( dont font plus fages ) * 
( La plus partie de leurs aages ) " %sjag<,, 
i Triftan Prévoit des Mareichaulx. n. 
Helas s'ilz font caffez de gaiges 

Aller leur fauldra tous defchaulx. 

Item au Chappelain je laiflè 
Ma chappelle à fïmple tonfure, 
Chargée d'une 1 feiche mefTe, 
Ou il ne fault pas grand' ledure j 

Refigné luy euflb ma cure , 
Mais point ne veult de charge de ames 5 

* De confefler ( ce dit ) n'a cure , * De to— 
Sinon chambrières, & dames. oîT vî'at 

N. 

Pour ce que * fçait bien mon entente , • C y/*. 
Jehan de Calays honnorable homme > v. fit N. 
Qui ne me veit des ans a trente, 
Et ne fçait comment je me nomme, 
De tout ce teftament en fomme a 
( S'aucune y a difficulté ) 
Ofter jufqu'au rez d'une pomme , 
Je luy en donne faculté. 

De le glofer & commenter 

* De le diffinir , ou preferipre * # gt u 
Diminuer , ou augmenter , ithnir & 
De le canceller, ou tranferipre, ^ 
De fa main ( ne feeuft il eferipre ) 

î Triftan , f a7Qr y <fc i Seiche meffe , fans rc 
Louis 0.izc. tribiuion : Vandc. 

F ii j 



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Interpréter , & donner fens , 

A fon plaifîr, meilleur, ou pire, 

De poind en poinâ je m'y confens, . 

pt s'auçun dont n'ay congnohTancç - 
Eftoit allé de mort à vie, 
* Au dift Calais donne puiflance 
wf.d-c. V. ( Affin que Tordre foit * fuyvie 

* Pinie, Êt mon ordonnance afTouvie ) 

V. & N. Que cefte aujmofne ailleurs tranfporte ; 
Sans fe l'appliquer par envie, 
A Ton ame je m'en rapporte. 

Item j'ordonne à ( * ) fain&e Avoyç 
( Et non ailleurs ) ma fepulture , 
Èt affin que chafeun me voye 
Non pas en chair , mais en painfture , 
v Que l'on tire ma pourtrai&ure 
D ancre, s'il ne couftoit trop cher, 
De tumbel , rien , je n'en ay cure 
Car il greveroit le plancher. 

Item vueil que autour de ma foflê 
Ce que s'enfuyt ( fans autre hiftoire ) 
Soit efeript en lettre aifez groflè, 
Et qui nauroit point d'eferiptoire 

♦ o» de De charbon * foit, ou pierre noirç 

Sans en rien entamer le plaftre, 
Au moins fera de moy mémoire, 

: nT c ' Cy gift & dort en ce 1 follier 
Qu'amour ocçift de fon * raiilon , 

(a) La Chapelle fainfle ftre temps cflcvcç d'ung 
^.voye étoit lors & de no- efta'ge. 

I SoUie r, lieu, Nîcot fait ^ MUon , H$che , cîgr^ 



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Ung pouvre petit efcoUieri 
Jadis nommé Françoys Villon; 
Oncques de terre n'eut fillon , 
Il donna tout , chafcun le fçet 
Table , tretteaulx , pain , corbillon , 
* Gallans , diètes en ce verfet. 




RONDEAU. 

IEPOS éternel donne à cil # 
* Sire, clarté perpétuelle , ^ rf4rr/i * 
Qui vaillant plat n'y efcueUe gc. v. ac 
N'eut oncques , n'ung brin de 

percil: 

Il fut rez, chef , barbe , & foutcil 
Comme ung navet qu'on * racle & pelle JJL'- * 

Repos, &c. 

Rigueur le tranfmift en exil , 
Et luy frappa au cul la pelle , 
Non obftant qu'il dift j'en appelle i 
Qui n'eft pas terme trop fubtil , 
Repos , &c. 

Item je vueil qu'on fonne à branle 
i Le gros Beftray qui eft de * verre , y * 
Combien que cueur n'eft qui ne tremble 
Quant de fonner eft * en fon erre 5 
Saulvé à mainte bonne terre 

l Le gros tejfray , la fur Vefiroy. 

profle cloche. Uni ejt de % En fon err«, en bran- 

-verte. Il fiUt qui n'ejt le. Aller grand erre .c'eft 

de i/oire. Voyez le glol- aller grand tram , 8c CO 

(aire du Proii François grand hafte. ^ 

F mj 



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88 

*r^r.£yr p5 pa{ T é > chafam Ie 

«. v.&n. Fuflcnt gens darmes, ou* tonnerre, 
Au Ion de luy tout mal ceflôit. 

* Et ce * î* 68 , r °" ne « r s auront quatre miches 
gft p*». y Si c eft trop peu , demy douzaine, 

* *v». {• u ? a " t q u,e n donnent les plus riches . 
V. se n. Mais ( a ) ilz feront de faind Eftienne s 

^ Voilant eft homme de grant peine , 
L ung en fera ( quant je y regarde ) 
Il en vivra une frpmaine , 
Et l'autre ( au fort ) Jehan de la Garde, 

Pour tout ce fournir & parfaire 
t J ordonne mes exécuteurs, 

Aufquelz faiâ bon avoir affaire 
Et contentent bien leurs debteurs , 
Ilz ne font pas trop grans venteurs, 
tx ont bien de quoy , dieu mercys, 
J->e ce fai& feront directeurs , 
Elcry , je t'en nommeray fîx. 

Ceft maiftre Martin Bellefaye 
lieutenant du cas criminel \ 
Qui fera l'autre ? J e y penfoye, 
Ce fera lire Colombel , 
S'il luy plaift, ( b )& il luy eft bel, 
Il entreprendra cefte charge ; 
Et 1 autre ? Michel Jouvenel, 

? y* & n! Ces trols feulz ( & pour tous ) * j'en char- 
ge 



■JU ) //*. pour elles , ( b) S* lu V eft bel , SJ 
des pierres, * 



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z 9 

Mais au cas qu'a moy s'excufafïcnt 
En rcdoubtant les premiers frais, 
Ou totalement recufaflènt, 
Ceulx qui s'enfuivent cy après 
Je inftitue , gens de bien très 
Philippe Bruneau noble elcuyerj 
Le fécond , fon voylîn d'empres 
Nommé maiftre Jacques Raguyer j 

Et le tiers , maiftre Jaques James , 
Trois hommes de bien & d'honneur 
Defirans de faulyer leurs ames , 
( a ) Et doubtans Dieu noftre Seigneur , 
Car pluftoft ilz mettroyent du leur 
Que cefte ordonnance * ne baillent , * U s ^ a ' h 
Point n'auront de contreroollcur d/'p.'îiâ 
A leur bon feul plaifîr en taillent, "ft* 

* nance ne 

baillent. V.. 

Des teftamens qu'on dit le maiftre , 
De mon faid n'aura quid ne quod , 
Mais ce fera une jeune prebftre 
Qui fe nomme Thomas * Tricot, * Tacot, 

Voulentiers beuflè à fon efeot v# & N * 

Et qu'il me couftaft ma 1 cornette 



( a ) Et doubtans , crai- 

I Comète, Veicj ce qu*en 
dit Boni. CVft te devant 
d'un chaperon > eu bon- 
telcï qu'on entortillée 
fur la fontaine de la tefte 
feion N'tod. fc: ce nom 
vient de ce qu'aptes avoir 
fait tot'i ces tours , les 
bouts t'ornioiç'U fur U te- 
lle comme deux petites 
cornes- Maintenant la 
correreeft une marque ce 
MaçiftratuTe , & en la 
porte pendante des deux 
ipÛcz des. gaules , $c le 



gnans. 

chaperon par derrière» 
C'cftainfi que fesConful$ 
de diveifts Vill< s la por- 
tcnr,& encr'autres, ceux 
deCaftrcs en Larguedoc. 
I.e même Villon en un 
autre endroit , 4 chacun 
nne grand cornete pour pen- 
dre à leurs çbapeaux , &c. 
Oc Martial d'Auveigne 
dans Jes vigiles de Ch*r- 
Jcs VU. trestom ceux ick 
firent le dueil & eftfiicn$ 
en çourtc comète, 



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S'il fçeut joiier en ung trippot 

Il euft du mien, ( â )Te trou perrette. 

Quant au regard du luminaire 
Guillaume du Ru je y commeâz , 
Pour porter les coings du fuaire 
Aux exécuteurs le reme&z - y 
Trop plus mal me font qu'oneques mais 
Paml , cheveulx, barbe, fourcilz,' 

ImrJv m i Mal me * va y * em P s eft désormais 
W 9 Que crie à toutes gens mereiz. 



BALLADE, 

Par laquelle Villon crye mercy 
à chafcun. 

I Chartreux , & à Celeftins , 
A mendians 3 & à dévotes, 
A mufars , & cliquepatins , 
I A fervans , & filles mignottes, 
Portant furcotz & juftes cottes, 
A cuidereaulx d'amours tran/îs, 
Chaulfans ( b ) ( fans meshaing ) (c) fau- 
ves bottes, 
Je crye à toutes gens mereiz. 

A fillettes monftrans retins 
Pour avoir plus largement hoftes, 
A ribleurs meneurs de hutins , 




. ( a ) Le trou perrette, une l»aifc. 
V » > s **t . mvbêuti , * belle chauffeurc d'alors. 



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91 

A bafteleurs traynans marmottes , 
A folz & folles , fotz & fottes , 
Qui s'en vont fifHant cinq & fix , 

* A marmoufetz & mariottes , 
Je crye à toutes gens merciz. 

Sinon aux trahiftres chiens maftins 
Qui m'ont faift * manger dures croftes , y * cw** 
£t boire eau maintz foirs & matins , 
Que ores je ne crains pas trois crottes j 
Pour euix je feifle petz & rottes 

* Voulentiers, fi ne fufle affis, 

Au fort , pour éviter riottes fuîsïffis. V» 

Je crye à toutes gens merciz. * w * 

S'on leur froifloit les quinze coftcs 
Pe bons mailletz , fortz & maflis , 
De plombées , & de telz peiottes 
Je cryç à toutes gens merciz, 

Icy fe cloft le teftament 
Et fanift du pouvre Villon -, 
Venez à fon enterrement 
Quant vous orrez le carillon, 
Veltuz rouges com vermillon , 
Car en amours mourut martir 5 
Ce jura il, ( a ) fur fon chai § no ^ 
Quant de ce monde voult pamr. 



( a ) Sur fon cbêiffton , par mon chef, * 
(erment antique , connu* 

Vin fa %w*t TefimnfM de P%»t 



•ves & à 
martottes» 
V. 



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Si 



AUTRES 

ŒUVRES 

DE VILLON 

Et i°. le quatrain que feit Villon 
quant il fut jugé à mourir. 

E fuis François (dont ce me 
j>oife ) 

Ne de Paris, emprés Pon- 
thoife , 

Or d'une corde d'une toife 
açaura mon col que mon cul poife. 

Fauclxt rapporte ainfi ces vers de Villon. 

Nomme Corbueil en mon furnom , 
Ne de Pans emprés Ponthoife, 
tx du commun nommé Villon. 
Or d'une torde d'une toife, 
Sçaura mon col que mon cul poife , 
bi ne fut un joly appel 
Ce jeu ne me fembloit pas bel. 




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9% 




L'EPITAPHE, 

Ën forme de ballade que feit Villon pour luj 
pour fes compagnons , s 1 attendant efire 
pendu avec eulx. 

R E R E S humains qui après 

nous vivez , 
N'ayez les cueurs contre nous 

endurciz , 
Car fi pitié de nous pouvres 
avez , 

Dieu en aura pluitoft de vous rnerciz; 
Vous nous voyez cy attachez , cinq > fix * 
Quant de la chair, que trop avons nourrie 
Elle eft pieça dévorée & pourrie » 
Et nous les os, devenons cendre & pouldrej 
De noftre mal perfonne ne s'en rie , 
Mais priez Dieu que tous nous vueille 
abfouldre.. 

Si frères vous clamons , pas ne devez 
Avoir defdaing, quoyque fufmes occis 
Par juftice , car vous mefmes fçavez 
Que tous hommes n'ont pas bon lêns raffisj 
Excufez nous , puifque fommes tranfis j 
Envers le Filz de la Vierge Marie , 
Que fa grâce ne foit pour nous tarie * 
Nous prefervant de Pinfernalle fouidre -, 
Nous fommes mors , 1 ame ne nous harie, 
Mais priez Dieu , que tous nous vueille 
abfouldre. 

1 Jtme ne nom batte , po.iunc F^. Voy k z dtt 
il faut lire ne vom harie* Cange au gtoffivrc fttS 
c'eft àdirç , ne vous ira- Vilnhardoum. 



* Ne/à- 
ye* donc de 
noftre ton 
fratrie- Ce 

vers eft 
ainfi dans. 
Je livre inti- 
tulé le Jar- 
din de plat- 
fance , im- 
primé à Pa 
r s in quar- 
to >,gor>que, 
chez Jehan 
Trepp.rcl, 
ou cette 
ballade Te 
trouve* 

* De no- 
Jlre mat per~ 
Jotme ne fe 
rie. Le jar- 
din de plat- 
iince in 



94 

Là pluye nous a , buez & lave* ; 
Êt le foleil deflechez & noirciz, 
Pies , corbeaulx > nous ont les yeux cavez < 
Et arraché la barbe & les fourcilz , 
Jamais nul temps nous ne fommes raffis , 
Puis ça , puis la , comme le vent varie 
( A fon plaiflr ) fans ceffer nous charie , 
Plus becquetez d'oyfeaulx que dez à coul- 
dre : 

* Hommes icy n'ufez de mocquerie , 
Mais priez Dieu que tous nous vueillc 

abfouldre. 

Prince JESUS, qui fur tous feigneurie, 
Garde qu'Enfer n ayt de nous la maiftrie , 
A luy n'ayons que faire ne que 2 fouldrej 

* Ne foyez donc de noftre confrairie 
Mais priez Dieu que tous nous vueillc 

abfouldre. 



BALLADE, 

De rappel de Villon. 

U E vous femble de mon ap* 

p el 

Garnier, feis-je fens, ou follie î 
Toute belte garde fa < pel , 
l Qui la contraint , efforce ou 
lye, 

Se elle peult, elle fe deflie-, 




fonez & lavez, 
a Souldre , payer , foU 



verei 

1 S* pel , fa peau* 



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* Quant donc par plaifîf voluntairc 
Chanté me fut ccfte homélie 
Eftoit il lors temps de me taire ? 

Se fulïe des hoirs Hue Capei 
Qui fut extrait de boucherie, 
On ne me euft parmy ce drapel 
Faid boyre à celle efcorcherie? 
Vous entendez bien ( * ) joncherie ? 
Mais quant cefte peine arbitraire 
On m'adjugea par tricherie 
Eftoit il lors temps de me taire > 

Cuidez vous que foubz mon cappei 
Ny euft tant de philofophie 
Comme de dire , j'en appel ? 
Si avoit, je vous certifie. 
Combien que point trop ne m'y fie , 
Quant on me dit prefent notaire , 
Pendu ferez , je vous aflfie , 
Eftoit il lors temps de me taire ? 

Prince , fi j'eufTe eu la pépie 
Pieça je fufle ou eft Clotaire > 
Aux champs debout comme ung efpie , 
Eftoit il lors temps de me taire ? 



( a ) Joncherie , eft ung mot jltgon. Joncherie y 
tromperie. 




* Quant 

en ce il ep tint 
arbitraire , en 
f»e ÎH«e* par 
tricherie V. 
&. N. & l* 
jardin de 
pLaifance, 



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9 6 



LA REQJJ ESTE 

De Villon frefentée à la Court de 
Parlement 5 en forme de ballade. 

OUS mes cinq fens , yculx , 

oreilles , & bouche 
Le nez, & vous le fenfîtif auffi, 
Tous mes membres , où il y a 
reproche , 

En fon endroit ung chafcun die ainfî, 
Court fouveraine, par qui fommes icy 

„ Vous nous avez gardé de defeonfire , 

Or la langue feule ne peut fuffire 
A vous rendre fuffifantes louenges. 
♦ si prie ( a ) * Si parlons tous, fille au fouverain Sire, 

mtte du%u. Mere des bons , & feur des benoiitz anges. 

•verain Sire» 

Cueur fendez vous , ou percez d'une 
broche , 

Et ne fbyez ( au moins ) plus endurcy 
Que au defert fut la forte bile roche, 
Dont le peuple des juifz fut adouley j 
Fondez larmes , & venez à mercy , 
Comme humble cueur qui tendrement 
foufpire , 

Louez la Court , conjointe au (àincl Em- 
pire , 

L'heur des Françoys, le confort des eftran- 
ges, 



(a) Sitarlimtowii'ta- rend coût Ici cinq fens. 

Procrée 




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f a)* Procréée la fus au ciel empire r è £ tîe *M 
Mere des bons , & feur des benoiftz anges. j>; & ° 4 

Et vous îhes dentz , chafcune fi 1 s'ek 
loche 

Saillez avant > rendez toutes mercy, 
Plus haultement 3 que orgue , trompe , nè 
cloche , 

Et de mafcher n'ayez orez foulcy ; 
Confïderez que je fufle tranfî 
Foye , pomnion , & rate qui t efpiré , 
Et vous mon corps ( ou vil cites & pire 
Que ours ne pourceau , qui faict Ton nid 

és fanges ) 
Louez la court , avant qu'il vous empire 
Mere des bons , & feur des benoiftz anges. 

( b ) Prince trois jours ne vueillez nïet 
condire 

Pour moy pourvoir 3 & aux miens à Dieu 
dire , 

Sans eulx argent je n'ay icy * n'aux changes 

Court triumphant , * hat > fans me defdire fa t B f£f À * 

Mere des bons, & feur des benoiftz anges, mefdire. 



( a ) Il a très bien faift ( b ) Il appert que Vil- 
f recréée, quadriifillabe. Ion ne fut que banny. 

i Eflocher , demeure , tiens de Trcyes au Roman 
d'où vient difloqntr.Chrc- de Pcrceval, Mfl. 

Et perceval pas nè fe faint 
Par defor la bode l'ataint 9 
Si l'abati for une roche 
dite la cbanole ly ejloche, 

% changes , ny aux changes* 




G 



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9* 



LE DEBAT 

Dn cueur & du corps de Villon 
en forme de Ballade. 

U' E S T ce que j oy ? ce fuis 

je . qui ? ton cueur 
Qui ne tient mais qu'a ung 

petit filet , 
Force n'ay plus , fubftance, ne 
liqueur, 

Quant je te voy retrait ainfi feulet 
Com pouvre chien (a ) tappy en recullet} 
Pourquoy eft ce ? pour ta folle plaifance. 
Que t'en chault il ? j'en ay la defplaifance 
Laille m'en paix . pourquoy ? je y pen- 
feray. 

Quant fera ce ? quant feray hors d'enfance, 
Plus ne t'en dy , & je m'en pafleray. 

Que penfes tu ? eftre homme de valeur , 

ht. Eft ce enfance ? nenny . c^eft donc * chai- 
leur 

Qui te faifift. par ou ? par le collet, 
Rien ne congnois .fi fais , mouches en laicH. 
L'ung eft blanc , l'autre eft noir , c'eft 

la diftance. 
Eft ce doncq' tout ? que veulx tu que je 

tance ? 



( a ) T*ppj t <9 retnlUt .cache" honteux en derrière» 




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Si n'eft affez , je recommencerây» 
Tu es perdu . je y mettray refîttance J 
Plus ne t'en dy , & je m'en paiferay. 

Dont vient ce mal ? il vient de malheur 
Quant Saturne me feit mon fardelet 
* C'eft maulx y mift , je le croy . c'eft • c«. V. 

(a)fbleur * *N. 

Son feigncur es> & te tiens fon valet. 
Voy que ( b ) Salmon efcript en fon roulet. 
Homme iage ( ce dit il j a puiflance 
Sur les planètes, & fur leur influence, 
Je n'en croy rien , telz qu'iiz m'ont fai&, 
feray. 

Que dis tu dea ? certe c'eft ma créance* 
Plus ne t'en dy , & je m'en pafferay, 



Veux tu vivre ? Dieu m*en doint la 
puiflance , 

Il te îault , quoy ? remors de confeience, 
Lire fans fin . & en quoy ? en fcience> 
Laifle les folz . bien , je y adviferay 
Or le retiens . j'en ay bien fouvenance . 
N'attends pars tant, que tourne à dck 
plaifance. 

Plus ne t'en dy , & je m'en paiferay. . 



Envoy, 



< a ) Toleur , follie. 
(b) Salme», pour Sa- 



lomon par fynçope. 




Gij 



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Google 



IÛO 



jL A R E QJJ ESTE. 

Que Villon bailla a Monfeigneur 
de Bourbon. 

E mien feigneur , & prince re- 

doubté 

Fleuron de lys , royalle geni- 

ture , 

Françoys Villon , que travail 
a dompté 

* A coups orbes , par force de batture , 
Vous fupplie par cefte humble efcriturc 
Qne luy faciez quelque gracieux preft. 
De s'obliger en toutes cours eft preft -, 
Si ne doubtez que bien ne vous contente 
Sans y avoir dommage neintereft, 
Vous n'y perdrez feulement que l'attente. 

A prince n'a ung denier emprunté 
Fors a vous feul 3 voftre humble créature l 
De fïx efcuz , que luy avez prefté , 
Cela pieça il mift en nourriture -, 
Tout le payera enfemble , c'eft droiâure , 
Mais ce fera legierement^c preft , 
Car fî du gland renconftre la foreft 
( a ) D'entour Patay , & chaftoignes ont 
vente , 



( a ) Entour fttaj > n'y vend on châtaignes, 
a aucune forcit , 0c n'y 

1 Miroc a imité cette cachez , coups qui ne ra- 
pièce de Villon. roiffcnt pat. 

2 Coups orbts % coups 




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ior 

Payé vous tiens , fans delay rfy arreft 
Vous n'y perdrez feulement que l'attente. 

Si je peufTe vendre de ma fanté 
A ung Lombard ufurier par nature , 
Faulte d'argent m'a fi fort enchanté 
Que j'en prendrois ( ce croy je ) l'ad- 
venture j 

Argent ne jîend à 1 gippon , ne ceinâure ; 
Beau fire Dieux , je me esbahyz que c'eft, 
Car devant moy croix ne fe comparoift 
Sinon de boys , ou pierre ( que ne mente ) 
Mais fe une fois la vraye me apparoift 
Vous n'y perdrez feulement que l'attente. 

Prince du lys , qui a tout bien complaift 
Quje cuydez vous., comment il me def- 

plaift a 
Quant je ne puis venir a mon entente ? 
*Bien entendez. Aydez moy , s'il vous * bu* • 

Vous n y perdrez feulement que l'attente. N. 

SuBfcription de ladifle requejle. 

Allez lettres , faiâes ung fault , 
Combien que n'ayez pied ne langue 
Remonftrez en voftre harengue, 
Que faulte d'argent fi m'aûault. 



I Gippon , juppon du meroit l»argent. Voyez !fc • 

mot Alleman gi»pp , qui gloflfaîrc du proie Fran- 

tfgmfie la mcfme chofe. çois > fur ce mor. 
Ctimrt» Autrefois on y 



Giij 



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101 



BALLADE. 

À N T jgrate cheyre que mal 
gift , : 

Tant va le pot à l'eau qu'il 
brife , 

Tant chauffe-on le fer qu'il 
rougift y 

Tant ( a ) le maille-on , qu'il fe debrife , 
Tant vault l'homme comme on le prife j 
Tant s'eflongne-il , qu'il n'en fouvient , 
Tant mauvais eft , que on le defprife , 
Tant crie l'on Noël , qu'il vient 

Tant raille Ton , que plus on né rit s 
Tant defpend-dfc que on n'a chemife »- 
Tant eft on franc , que tout fe frit , 
Tant vault tien , que chofe promife , 
Tant ayme-on Dieu , qu'on fuyt l'Eglife , 
Tant donne-on , que emprunter convient , 
Tant tourne vent, qu'H chet en bife. 
Tant crie l'on Noël , qu'il vient. 

Tant ayme-on chien , qu'on le nourrift , 
Tant court chanfon , qu'elle eft apprife » 
Tant gârde-on fruiâ , qu'il fe pourrift , 
Tant bat-on place , qu'elle eft prife , 
Tant tarde-on , 1 qu'on fault à Temprife » 
Tant ib hafte-on , que mal advient * 



(a) Mailler , martel- 1er. 

1 Qu'on faut à ïemprife , prife. 
qu'on man^jijfc i'enurc- 




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Tant embraffe-on , que chet la prife i 
Tant crie l'on Noël , qu'il vient. 

Prince tant vit fol qu'il s'advife , 
Tant va-il, que après il revient , 
Tant le matte-on , qu'il fe radvife , 
Tant cfle l'on Noël, qu'il vient. 

t ■ 

AULTRE BALLADE. 

E congnois bien mouches en | 
laid, \ 
Je congnois à la robe l hom- \ 

me, . 
Je congnois le beau temps da 

isici i î 

Je congnois au pommier la pomme , l 
Je congnois l'arbre à veoir la gomme , 

Je congnois quant tout eft de mefmes , \ 

Je congnois qui befongne , ou chomme , / 
Je congnois tout, fors que moy meime. 

Je congnois pourpoind au collet , 
Je congnois le moyne à la 1 gonne , 
Je congnois le maiftre au valet , 
Je congnois au voylc la nonne , 
Je conenois* quant pipeur jargonne, •vW«* 
Je conenois * folz nourriz de crefmes, &%% à ' e 
Je congnois le vin à la tonne , fiance in 

Je congnois tout, fort que moy-meimes ** 




laid; 



i Gonnt. Voyez Borel au mot gunna- 
inoi$»*cfle,&Siànnerau G iiij 



Jardin de 
piaXincc i- 



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i©4 

* dh.v. j e congnois cheval * & inullet, 

Je congnois leur charge & leur fomme à 
Je congnois Bietrix & Bellet , 
Je congnois gect qui nombre & fomme , 
Je congnois ( a ) vifîon de fomme , 

♦ Boèmes. j e conenois la faulte * des brefmes , 
p!aiùnce& Je congnois le povoir de Romjpe, 

'du p. Je congnois tout, fors que moy-mefn™k 

Princç , je congnois tout en fomme x 
Je congnois coulorez & blefmes, 
Je congnois mort qui tout conforme a 
Je congnois tout , fors que moy-mefmç. 



( a ) yijton de fomme , met liant. 
Viàon qui adricnt ca io- 




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* LE JARGON, 

de Maroc, 

Et Jobelin de Villon. 

PAROUART le grant mai- 

ftrc * Gaubie , 4 . * Gaudit* 

Qua collez font * dupes & * d^k* 

noircis , 
Et par les anges fuivant la 
* fâcherie , * Fkberiéi 

Sont empouez & greffix cinq ou fïx. 
La font * beflures ou plus haulx affis 3 * Befimru 
Pour * louagie & bien hault mis au vent, « Irv^i* 
Efchecquez moy toft ces coffres maffifz^ 
Car vendengeurs des ances circoncis , 
S'en brouent du tout à néant » 
Efchec efchec pour le fardis. 

Broûez moy fur ces gros paffans J 
Rebignez moy bien toft le blanc , 
Et pietonnez au large fur les tirans » 
'Qu'a mariage ne (oyez fur le blanc, 
Puis q'ung fac n'ett de * pafture blanc l * PUjtr* 
Si grupez eftes des carieux, 
Rebignez moy toft ces * entreveux, * E»^r- 
Et leur monltrez le prois le bis , ***** 
Qu'en clouez ne foient deux à deux , 
Efchec efchec pour le fardis. 

Plantez aux hurmes voz picons, 
De paour des pifans fi très durs ^ 
Eç aufli d'çftre fur les jonez, 




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Emmanchez en coffre & gros murs, 
Efcariiflèz ne foyez point durs , 
Que le grant can ne vous face effarer J 
* SdjtK* Songears ne * foient pour dorer , 
' * ba- * ht rebignez tousjours.aux ys, 
jliw* **** Des fîres pour les * desboufer , 
j£ D *6*»' Efchec efchec pour le fardis. 

Prince roart dis arques petis, 
L'ung des fîres Ci ne foit endormis » 
Levez au bec que ne foyez greffis , 
Et que voz emps n'en ayent du pis, 
Et'chcc efchec pour le fardis, 



BALLADE, 



Fiji» 




OQUILLARS enarvans à 
ruel , 

Que n'y laiflèz corps ne pcl , 
Comme * eft Colin l'Efcail* 
1er, 

Devant la roe de babiller > 
II, babigna pour fon falut , 
Pas ne fçavoit ongnons peller, 
Donc lamboureux îuy romp le fuc. 

Changés andoflés fouvent, 
Et tirez tout droit au temple 
Et efchequez toft en brouant, 
Qu'en la Jarte ne foyez emple , 
Montigny y fut par exemple, 
Bien ataché au halle grup, 
Et y jargonnaft-il le temple , 
Donc lemboureux luy romp le fuc. 



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Gaillears faitz en piperic , 
Pour ruer les * nivars au loingj * N»»4«4 

* Alla hault toft fans fuerie , * Aïêfc 

Que les mignons ne foient au gaing. Jauitm 
Farcis d'ung plombis à coings 
Qui griefvc * & garde le duc > * A* : 

Et de la dure fi trefloing , 
Donc lemboureux luy rompt le fuc. 

Prince arrière de ruel, 
Et n'euflez vous denier ne plue, 
Qu'au griefvc ne laiffe la pel , 
Pour lemboureux qui romp le fuc. 



AULTRE BALLADE. 

PELICANS 
Qui en tous temps 
Avancez dedans les pougois^ 
Gourde piarde, 
Et fur la tarde , 
Deboufez les povres niais. 
Et pour fouftenir voz pois , 
Les dupes font privez de faire 
Sans faire haire, 
Ne hault braire > 

Mais plantez y font comme jonez , 
Par les lires qui font fi longs. 

Souvent aux arques 
A leurs marques , 
Se laiifent tous deboufer » 
Pour ruer , 
Et enterver, 




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lo8 

Pour leur conte que lors font; 

* La face , les arques vous refpond 3 

Et rue deux coups ou troys , 

Aux gallois, 

Deux ou trois 

Mineront treftout au fons , 

Pour les fïres qui font fi longs» 

Et pource bernardz 
Çoquillars 

Rebequez vous de la montjoye a 
Qui defvoye 
Voftre proye, 

Et vous fçra du tout brouer , 
Pour joncher 
Et enterver, 

Qui eft aux pignons bien cher , 
Pour riffler, 
Et placquer, 

Les angles de mal tous rondz, 
Pour les lires qui font fi longs. 

De peur des hurmes 
Et des grumes» 
Rafurez vous en droguerie, 
Et faerie. 

Et ne foyez plus fur les joncz , 
Pour les lires qui font fi longz. 




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AULTRE BALLADE- 




AUPICQUETZ fronana 

de gourtz acquetz , 
pour débouter beau fire dieux 5 
AHés ailleurs planter voz mar- 
quetz , 

* Benard vous eftes rouges gueux , 

* Menard s'en va fur les joncheurs , 
Et à * babine qu'il a plongis* 
Mes frères foycs embrayeurs , 
Et gardés les coffres maffis. 

Si gruppez cftes * ncfgrappez ; 
'De ces angeletz li graveliftez , 
Incontinant manteaulx & cappes , 
Pour lemboue ferez eclipfes , 
De voz frages ferez ^beliffres, 
Tout deboutz nompas a/fis , 
Pource gardez d'eftre greflis , 
En ces gros coffres maffis. 

Nyais qui feront attrappez, 
Bien toil * feront brouez au halle ; 
Plus * ne veulx que toft ne happez 
La * braudofe de quatre taille 
De tiers faire hairenaille , 
Quant le * gcollier eft afliegis. 
Et fï hurgue la piranalc , 
Au faillir des coffres maflis. 

Prince des gayeux les farpes, 
Que voz contrez ne foyent greffisj 



* Brvards, 
♦ Btrart. 



* BefiJUeu 



bro»t»t a» 
halle. 

* K> 
'Vault qut 
toft , ct-c. 

* hrau- 
droft. 



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îîo » 

Pour doubtcs de fouer aux arques , 
Gardez vous des coffres maffis. 



AULTRE BALLADE. 




ONCHEURS jonchans en 



joncherie , 



Rebinez bien ou joncherés , 
Quollac membroue roftre 



arrière 



& Ami*. 



Ou acollez font voz aifnez* 
Pouffez de la quille & brouez , 
Car toft feriez roupieux, 
Efchec qu'acollez ne foyez 
» pot» Par la * poue du marieux. 

Bandez vous contre la faeriei 

Quant vous auront desboufés, 

Mettant à juc la rifflerie 

Des anges & leurs affofez. 
» Berard. * Barard fi vous povez renverfez 
vCànieux. Se greffir laiffez voz * corieux 

La dure bien renverfez , 

* Poe. Pour la * poue du marieux. 

k *E»terw«t. * Entravez à la * flaterie, 

* F*»*"* Chantez leur troys fans point fongier 

* jtfin. Qu'en * efte ne foyez * afluerie, 
> e»jw Blanchir voz cuirs & effurger 

* Big»*K* * Bignés la mathe fans targer , 

* N'en Que voz ans * ne foyent rubieux , 
#Kr*. m '" Hantez ailleurs contre fîegcs aflieger . 

* pot. Poar la * poue du marieux. 



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IIÎ 

Prince Benard en * eftrie, 
Querez coupeaulx pour * remboreaulx 
Et autour de voz ys luefie , 
Pour la * poue des marieux. 



AULTRE BALLADE. 

ONTRESdek gaudifferie, 
Entervez tousjours blanc pour 
bis, 

Et frappez en la huterie 
Sur les beaulx (irez bas aflis , 
Ruez de feuilles cinq ou fix , 
Et vous gardez bien de la roe 
Qui aux lires plante du gris , 
En leur faifant faire la moue. 

Et la griffe gardez de rire, 
Que voz corps n'en ayent du pis ^ 
Et point à la * tuerie , »r»rtp*«.. 
En la hurme ne foyez aflîs , 
Prens du blanc & laide le bis y , 
Rue par les frondes la poe, 
Car le bizart avoir advis 
Faiâ aux brouars faire la moue. 

Plantes de la mouargie , 
Puis ça puis la pour * lartis, * Vurtis. 

Et n'efpargnez point la * fogie , * j/^ J<b 

Des doulx dieulx fur les patis , 
Voz ens foyent affez hardis , 
Pour avancer la droe. 
Mais foyent memoradis , 
Qu/on ne vos face faire la moue* 



reux. 
* Poe. 




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il* 

Prince qui n'a bauderie i 
Pour efchever de la (be , 
Dangier du grup en arderief 
Faiâ aux fires taire la moue. 



Fin des Oeuvres de Villon. 



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LÈS 

REPUES 

FRANCHES. 

L E 

FRANC ARCHIER 

DE BAJGNOLLET. 

LE DIALOGUE DE MESSIEURS. 

DE MALLEPAYE, 

E T 

DE BAILLEVANT. 



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y Google 



LES 



REPUES 

FRANCHES- 

OUS qui cerchez les rcpiies 

franches , 
Tant jours ouvriers que dimen* 
ches , / 
, N'avez P as P^nté de monnoyc 
Aftin que chafcun de vous oye 
Comment on les peut recouvrer, 
Vueillez vous au lêrmon trouver, 
Qui eft efcript dedans ce livre. 
Mettez tous peines de lire 
Entre vous jeunes perrucatz, 
Procureurs , nouveaulx advocatz 
Aprenans aux defpens d'aultruy, 
Venez -y toft fans nul eftrif 
Clercz de praticque diligens , 
Qui congnoiûez C\ bien voz gens; 
Sergens à pied & à cheval 
Venez y d'amont & d'aval , 
Les hoirs du deffiwâ Pathclin, 

Ai] 




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4 



Qui fçavez Jargon , jobeiin J 
Capitaine du pont à Biilon , 
Tous les fubjetz Françoys Villon* 
Soyez à ce coup reveillez, ^ 
Pas ne debvés ettre oubliez 
Tous gallans à pourpointz fans manches 3 
Qui ont befoing de repues franches > 
Venez tous apprendre comment 
Les maiftres anciennement 
Sçavoyent bien tous les tours. 
Meflire chafcun paucque denare > 
Qui de livres fçait les ufaiges, 
En veult lire tous les panaiges , 
De ce luy cil prins appetis , 
Venez y donc grans & petis , 
Car de la fcience fçavoir 
Vous ne povez que mieulx valoir. 
Venez chevaucheurs d'efcuyrie 5 
Serviteurs de grans feigneuries, 
Venez y fans dilation. 
Tous gens fotz de toutes fortes , 
Venez y bigotz & bigottes , 



Et Cordehers & Jacopins , . 
Venez aufli toutes preftrefïes 
Qui fçavez pieca les adreflcs 
Des preftrcs hault & bas , 
Gardez que vous n'y feillez pas. 
Venez gorriers & gorrieres , 
Qiji faiôes fi bien les manières 
Que c'eft une chofc terrible , 
Pour bien faire tout le poflible , 
Toutes manières de farfeurs , 
Anciens & jeunes mocqueurs , 
Venez tous vrays maquercaulx 
De tous cftau vieulx & jjouveaulx i 




r 



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Venez y toutes maquercllesj 
Qui par voz fubtilles querelles 
Avez tousjours en voz maifons 
Pour avoir en toutes faifons , 
Tant jours ouvriers que dimenches; 
Souvent les bonnes repues franches. 
Venez y tous bons pardonneurs, 
Qui fçavez faire les honneurs 
Aux villages de bons paftez , 
Avecques ces gens curatez , 
Qui ayment bien voftre vernie, 
Pour avoir la franche repue, 
Affin que chafeun d'eulx enhorte 
Les parroiffiens qu'on apporte 



Et qu'an face du bien pour Dieu. 
Tant que le pardonneur s'en aille, 
Le Curé ne defpendra maille, 
Et aura maiftie Jehan Laurens, 
Fermement payans les defpens, 
Et quarte de vin Amplement 
Au Curé à fon département. 

De tout eftat foit bas ou hault , 
Venez-y qu'il n'y ait deffiault. 
Venez-y varjetz , chamberieres , 



En difant mainte bonne bave , 
D'avoir du meilleur de la cave , 
Et puis joyeufement prefçhez, 
Apres que voz gens font couchez ^ 
Ceulx qui cerchent banquetz ou fc 
Pour dire quelque chanionnette , 
Affin d'atrapper la repue : 
Que chafeun de vous fe remue, 
Dy venit bien legierement, 
Et vous pourrez ottyr comment 





Aiij 



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6 

Ung grant tas de vieilles commères^ 
Sçavent bien trouver les manières 
De faire leurs marys coqus. 
Venez y > & n'attendez plus > 
Entre vous prebftres fans fejour, 
Qui diâes deux meffes pour joue 
A faindt Innocent ou ailleurs ,* 
Venez-y pour fçavoir plufieurs 
Des paflaiges & des adreifes 
v ^ D^' maintes petites finefles 

Que l'en faià bien facillement * 
Qui advient par faulte d'argent, 
En maint lieu la franche replie % 
Qui ne doit à nul eftre tenue , 
far tel fy, qui veiie ny aura* 
Payera à celuy qui fera 
De cefte replie le prefent, 
De Tefcot s'en yra exent, 
Moyennant qui monltre ce livre ê 
Par ce moyen fera délivre, 
En lieu ou n aura efté veu 
Il fera franchement repeu , 
Ainfi qu'on orra plus a plain, 
Qui dç l'entendre prendra fbing, 

L'ACTEUR. 

OU A N T f euz ouy ce mandemant 
Qu'on fermonnoit venir à l'aâeur, 
Le deflufdiô j'ay penfé fermement 
De moy trouver & en prins Tadventure, 
Comme celuy qui de droiôe nature 
Vouloit de ce faire narration 
A celle fin qu'il en fuft mention , 
A ung chafeun pour le temps advenir 
Qjji «'entendent & ont u&çntion. 



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Que les repues les viendroyent fecounr. 

Mais ce fecours eft d anciennement ^ 
De tous repas le chieft & par droicture, 
Parquoy aulcuns qui on entendement 
En treuvent bien aultres s'il en ont cure, 
Et ne ferchent tant que l'argent leur dure, 
Mais font du leur fi grant dettrudion, 
Qu'ilz en entrent en la fubjeftion 
De faire aux dens l'arquemie fans faillir. 
En atendant pour toute production , # 
Que les repues les viendroyent recourir. 

l'en ay congneu que largement fouvent 
Donnoyent à tous repues outre meiure, 
Que defpuis ont côntinuellement 
Servy le pont à Bâillon par droicture, 
Dont la façon a eftc à maint dure 
En leur grant dueil & tnbulation -, 
Mais lors n avoyent nulle remiilion, m 
Combien que ce leur fift le cueur frémir, 
Hz n'attendoyent aultre fuccefliotL, m 
Que les repiies les viendroyent fecounr. 

Prince puis que ne me puis fccourir 
Que de telz faitz ne face mention , m ^ 
De ce qu'en mon temps ay veu advenir. 
J'en vueil faire quelque narration, 
Et efcripre foubz la correction 
Des efcoutans affin d'en fouvenir 
Cefte prefente nouvelle invention 
Que les repues les viendroyent fecounr. 

La Balade des EjCoutans. 

OUI en a, il eft bien venu , 
Qui n'en a point , on n'en tient compte p 
Celuy qui en a , il eft bien congneu, 
Et cd qui n'en a point, vit a grant honte. 
^ • * A m) 



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3 

Et qui paye on l'exauce & monte 
Jufques au tiers ciel pour impetrer i 
Son honneur tout aultre furmonte 
Par force de bien acquefter. 

Quant entendifmes les eftatz, 
De telz diffimulations , 
CongnoûTant les haulx & les bas , 
Par toutes abréviations , 
Mous vifmes fans fommations , 
Aux champs par boys & par taillis, 
Pour çohgnoiitre les fictions 
Qui fe font fouvent à Paris» 

Pource que chafeun mainjenoit 
Que c'eftoit la ville du monde 
Qui plus de peuple fouftenoit, 
Et ou maintz eftranges abonde, 
Pour la grant feience parfonde 
Renommée en icelle ville 9 
Je partis Se veulx qu'pn me tonde, 
S'a l'entrée avois croix ne pille. 
Il eftoit temps de ce coucher . 
Et ne fçavoye ou héberger; 
P'ung logis me vins approcher , 
Sçavoir s'on m'y vouldroit loge? 
En difant , avez à menger > 
L'hofte me refpondit , 8 ay. 
Lors luy priay pour abréger , 
Apportez le donc devant moy, 

Je fus fervy paffablement , 
Selon mon eftat & ma forte , 
Et penfant à par mov comment 
Te cheviroye avec l'hofte , 
Je m'avife que foubz ma cofte 
Avoit une efpée qui bien trenche, 
je la lairray qu'on ne me l'ode.» 
£n gaiçe de ma repiie franche, 



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L'efpée efloit toute d'acier , 
Il ne s'en feilloit que le fer, 
Mais l'hotte la me fift menger , 
Fourreau & tout fans frifcaffcr 5 
Puis après me convint penfer , 
De repaiftre fe fain avoye , 
Rien n'y euft valu le tencer , 
De leans partis (ans monnoye. 

L'ACTEUR. 

LENDEMAIN m'aloye enquerant 
Pour encontrer Martin Gallant, 
Droit en la folle du palays , 
Rencontray pour mon premier mais , 
Tout droit foubz la première porte, 
Plufïeurs mignons d'eftrange forte, 
Qui fembloit bien à leur habit, 
Qu'ilz fuffent gens de grant acquit. 
Lors vins pour entré en la (aile , 
L'ung y monte , l'aultrc devalle ; 
Là me pourrnenoye de par dieu , 
Regardant l'eftat de ce lieu , * 
Et quant je l'euz bien regardée , 
Tant plus la veoye & plus m'agrée 5 
Te vis la tant de mireliècqués , 
Tant d'ameçons & tant d'afficqués , 
Pour attraper les plus huppez, 
Les plus rouges y font gruppez, 
A l'ung convient vendre fa terre, 
Mais làns fentir là s'en defferre , 
Partie ou peu en demourra. 
Et tout ce que vaillant aura, 
Cuydanr, deuruyre fon voyfîn , 
De Poytou ou de Lymoufin , 
Ott de quelque aultfe nation. 



IO 

Maint en eft en deftrudion i 
Et fault ains partir de leans , 
Quilz'facent l'arquemye aux dens, 
Ou emprunte qui a crédit , 
Tout amfî que devant eft dict. 
Quant leur argent fort s'appetiflê , 
Lors leur eft repue propice , 
Et cerchent plus n'en doubtez 
Hanlt & bas de tous coftez, 
Comme Ton verra par demonftrance 
En ce traiâé des repues franches. 
Et quant au regard de plufîeurs 
Aultres repues aflêz eferiptes, 
Afin qu'on preigne les meilleurs, 
En lifant grandes ou petites , 
Vous aures maints moyens licites 
Comme ilz ont efté happez , 
Hault le bas par bonne conduiâe, 
De ceulx qui les ont attrappez. 

La première repue de Villon (g* , 



/NUI n'a or , ne argent , ne gaige , 
V^f Comment pcult il faire grant chere ? 
Ilfault qu'il vive davantaige 
La façon en eft couftumiere , 



De tromper quelq'ung pour repaiftre ? 



Ainfi parloyent les compaignons 
„ De maiftre Françoys Villon 
Qui n'a vaillant deux ongnons , 
Tentes , tapis , ne pavillons \ 
U leur dift , ne nous foucions , 




Scaurions nous trouver manière 




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Car atrjourdhuy fans nul deffault, 
Pain & viande à grant foyfon, 
Aurez avec du roft tout chault. 

La manière comment il^ 
eurent du pqyjfon. 

ADONCQUES il leur demanda 
Quelz viandes voulovent menger, 
L'ung de bon poyûon fouhaita, 
L'autre demanda de la chair 5 
Maiftre Françoys ce bon archier 
Leur dift ne vous en foulciez, 
Seullement voz pourpointz lafchez, 
Car nous aurons viandes allez. 

Lors partit de ces compaignons > 
Et vint à la poyflbnnerie , 
Et les laifla delà les pontz, 
Quafy plains de melencolie \ 
Il marchanda à chère lye # 
Ung pannier tout plain de poyflbn, 
Et fembloit je vous certifie 
Qu'il fuft homme de grant façon, 
Maiftre Françoys fut diligent 
D'achapter , non pas de payer , 
Et qu'il bailleroit de l'argent 
Tout comptant au porte pannier. 
Hz partent fans plus plaidoyer , 
Et paflerent par Noure Dame/ 
Là ou il vit le Penancier, 
Qui confeflbit homme ou femmç. 
Quant il le vit a peu de plait 
Il luy dift, Moniteur je vous prie 
Que defpechez s'il vous plaift 
Mou ncpveu , car je vous affiç , 



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Ifc 

Qu'il eft en telle refverie, 
Vers Dieu il eft fort négligent , 
Il eft en telle melencolie » 
Qu'il ne parle rien que d'argent. 

Vrayement ce dit le Penancicr i 
Très voulentiers on le fera. 
Maiftre Françoys print le pannier, 
Et dit , mon amy venez ça , 
Vela qui vous depefehera 
Incontinent qu'il aura faicl. 
Adonc maiftre Françoys s'en va, 
A tout le pannier en cfièâ , 
Quant le Penancier eut parfait 
De confeffer la créature, 
Gaigne denier par dit parfaift, 
Acourut vers luy bonne alleure 
Difant, Monfeigneur je vous affeure. 
S'il vous plaifoit prendre loyfîr , 
De me defpecher à cette heure, 
Vous me feriez ung grant jplaifir. 

Je le vueil bien en vérité , 
Dift le Penancier par ma foy , 
Or diâes Bénédicité y 

ïtt puis je vous confeflèray, * 
En après je vous abfbuldray 
Ainfî que je doy faire , 
Puis pénitence vous bauldra, 
Qui vous fera bien neceflâire. 

Quel confeffer , tlift le povre homme* 
Fus-jc pas à Pafque abfoulz ? 
Que bon gré faind Pierre de Romme , 
Je demande cinquante fouiz, 
Qu'effe cy , à qui fommes nous ? 
Ma maiftraiffe eft bien arrivée , 
A coup à coup defpechez vous , 
Payez mon panier de maréç. 



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Ha ! mon amy fe n'eft pas jeu > 
Dift le Penancier feurement, 
II vous fault bien penfer à Dieu , 
Et le fupplier humblement. 
Que bon gré en ayt mon ferment » 
Ditè ceft homme fans contredit. 
Defpechez moy legierement 
Ain fi que le Seigneur a dit. 

Alors le Penancier vit bien 
Qu'il y eut quelque tromperie i 
Quant il entendit le moyen 
Il congneut bien la joncherie. 



Ne prifa pas bien la façon , 
Car il n'eut je vous certifie 
Or ne argent de fon poylïbn. 

Maifère Françoys par fon blafon 
Trouva la façon & manière , 
D'avoir marée à grant fbyfon, 
Pour gaudir & faire grant chère. 
S'eftoit la merc nourricière 
De ceulz qui nVoycnt point d'argent 
A tromper devant & derrière , 
Eftoit ung homme diligent. 



La manière comment il^ 



QUE fift il à peu de plet, 
S'advifa de grant joncherie, 
Il hit laver le cul bien net 
A ung gallant je vous affie , 
Difant qu'il convient qu'il efpie 
Quant fera devant la trippiere > 
Monftré ton cul par raillerie > m 




eurent des trippes. 



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Puis après nous ferons grant chiere* 

Le compaignon ne faillit pas , 

Foy que doy fàind Remy de Reins , 

A Petit Pont vint par compas, 

Son cul defcouvrit jufques aux rains-. 

Quant maiftre Françoys vit ce train, 

Dieu fçet s'il fît piteufes lippes , 

Car il tenoit entre fes mains 

Du foye, du polmon & des trippes. 

Comment s'il fuft plain de defpit, 
Et courroucé amèrement, 
Il haulfa la main uns petit, 
Et le frappa bien rudement 
Des trippes par le fondement » 
Puis fans faire plus long quaquet, 
Les voulut tout incontinent 
Remettre dedans le baquet ; 
La trippiere ne les voulut reprendre^ 
Maiftre Françoys fans demourer , 
S'en alla fans compte luy rendre. 
Par ainfî vous povez entendre , 
Qu'ilz eurent trippes & marée, 
Mais après fault du pain tendre , 
Pour ce difner à grant rifée. 

La manière comment ib^ 
turent du pain. 

IL s'en vint chez ung boulanger , 
Affin de mieulx fornir fon train , 
Contrefaifant de l'efcuyer 
Ou maiftre d'hoftel pour certain , 
Et commanda que tout fbuldain 
Cy pris , cy mis , on chappellaft 
pinq ou fix douzaines de pain , 



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Et que bien toft on fe haftaft v 
Quant la moytié fut chappellé , 
En une hotte le fift mettre -, 
Comment s'il fuft de près hafté, 
Il pria & rcquift au maiftre , 
Qu'aucun fe voulfift entremettre 
D'apporter après luy courant 
Le pain chappellé en fon eftre, 
Tandis qu'on fift le demourant j 
Le varlet le mift fur fon col , 
Après maiftre Françoys le porte j 
Et arriva foit dur ou mol, 



Le varlet dekharga fa hotte, 
Et fut envoyé tout courant , 
Haftivement tenant fa hotte, 
Pour requérir le demourant. 

Maiftre Françoys fans contredit 
N'attendit pas la revenue , 
Il eut du pain par fon edit, 
Pour fornir (â franche repue. 
Le boulengier fans attendue 
Revint , mais ne le trouva point- 
Son maiftre de dueil trefliie , 
Qu'on J'avoit trompé en ce point* 

La manière comment il^ 
eurent du vin. 

APRES qu'il fut fourny de vivres i 
Il fault avoir la mémoire 

Sue s'ih. vouloyent ce jour eftre yvres, 
lailloit qu'ilz euffent à boire. 
Maiftre Françoys debvez croire , 
Emprunu deu? grans brotx de boys, 



Empi 




vielle porte , 



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Yé 

Difant qu*il cftolt rteceflâire 
D'avoir du vin par ambageoys. 

L'ung fift emplir de belle eaue clerc* 
Et vint à la pomme de pin , 
Tortant Tes deux brocs fans renchere , 
Demandant s'ilz avoient bon vin , 
Et qu'on luy emplift du plus fin, 
Mais qu'il fuft bon & amoureux. 
On luy emplift pour faire fin 
D'ung très bon vin blanc de Baigneux* 
Maiftre Françoys print les deux brocs , 
L'ung après l'autre les bouta j 
Incontinent par bon propos, 
Sans fe hafter il demanda 
Au varlet quel vin eft cela ; 
Il luy dift vin blanc de baigneux ; 
Oftez , oftez cela , 
Car par ma foy point je n'en veul*. 

Qu'efle cy elles vous bejaulne ? 
Vuidez moy mon broc viftement, 
Je demande du vin de Beaulne* 
Qui foit bon & non aultrement. \ 
Et en parlant fubtillement 
Le broc qui eftoit d'eaue plain , 
Luy changea à pur & à plain» 
Par ce point ilz eurent du vin 
Par fine force de tromper , 
Sans aller parler au devin 
Hz repurent per ou non pet. 
Mais le beau jeu fut à fouper , 
Car maiftre Françoys à brief mot 
Leur dift je me vueil occuper % 
Que nous mangerons du roft. 



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17 



La manière comment il^ 
eurent dn rofl. 

IL fut appointé qu'il yroit 
Devant l'eftal d'ung rotiilèur, 
£t de la chair marchanderoit , 
Contrefaifant du gaudifleur. 
Et pour trouver moyen meilleur ; 
Faignant que point on ne fe joue* 
Il viendrait ung entrepreneur , 
Qui luy baillerait fur la joue. 

Il vint à la roftiflerie • 
En marchandant de la viande, 
L'autre vint de chère marrie , 
Qu'eft-ce que ce paillart demande? 
Luy baillant une buffe grande > 
En luy difant mainte reproche. 
Quant il vit qu'il eut celte offrande * 
Empoigna du rofl plaine broche. 

Celuy qui bailla le foufflet 
Fuift bien toft à motz exprès. 
Maiftre Françoys fans plus de plet J 
A tout fon roft courut après ♦ 
Ainfî fans faire long procès , 
Hz repurent de cueur dévot , 
Et eurent par leur grant excès, 
Pain, vin , chair, poifTon, & roft. 

Et pour la première repiie , 
Dont après fera mention , 
Bien digne d'eftre ramentiïe, ] 
Et mife en révélation. 
Et pourtant fans correction , 
Affin que l'en en parle encore » 
Comme nouvelle invention , 



I* 

Rédigée fera par mémoire. 

Or advint de coup d'aventure , 
Qtge les fuppoftz devant nommez 
Ne cherchoyent rien par droiôurc 
Que gens en richefles renommez. 
Ung jour qu'ilz eftoyent affamez, 
En la porte d'ung bon longis 
Virent entrer fans eftre armez , 
Embauadeurs de loing pays. 

Si penferent à eulx , comment 
Hz pourroyent pour l'heure repaiftre » 
Et ielon leur entendement* 
L'ung d'eulx s'aprocha du maiftre 
D'hoftel » & fe fift acongnoiftre , 
Difant quil luy enfèigneroit 
Le hault > le bas marché , pour eftre 
Par luy conduyt , s'il luy plaifoit. 
Je croy bien que monfeigneur le maiftre 



Fift ce galhnt très bien repaiftre , 
Et luy commenda charge prendre 
De la cuyfine , d*y entendre , 
Tant que leurs train départira. 
Et bien payera fans attendre, 
A fon gré quant il s'en yra. 

Lors 1 s'en vint à fes compaignons 
Dire noftre efeot eft payé , 
Je fuis ja l'ung des grans mignon* 
De leans & mieulx avoyé , 
Car le maiftre m'a envoyé 
Par la ville pour foy forcir , 
Mais fe mon fens n'eft defvoyé, 
Bien brief je l'en feray repentir. 
Va , luy dirent fes compaignons > 
Et efguife tout ton engin • 
A nous réchauffer les rongnons, 




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Et nous fais boire de bon vin 
Paile tous les fens Pathelin , 
De Villon & pauque denaire 
Car fe venir peulx en la fin» 
Pafle feras maiftre ordinaire. 

Ce gallant vint en la maifon, 
Où eftoyt logé l'embaflade 
Où les feigneurs par beau blafbn j 
Devifoyent rondeau ou ballade, 
Il eftoit mille > gent & fade 
Bien abitiié & bien empoint, 
Robbe fourrée pourpoint d'oftade* 
Il entendoit Ton contrepoint. 

Le principal ambaûadeur 
Aymoit ung peu le bas meftier, 
Dont le gallant fut à honneur, 
C'eftoyt quafi tout fon meftier 
Et luy compta que à fon quartier 
Avoit de femme largement 
Qui eftoyent , s'il eftoit meftier * 
A fon joly commendement. 

Le gallant fut entretenu 
Par ce feigneur venu nouveau ; 
Et leans il fut retenu , 
Pour eftre fin franc macquereau. 
Le jeu leur fembla fi beau , 
Auflî il fift fi bonne mine, 
Qu'il fut efleu fans nul appeau 
Pour eftre varlet de cuyfine. 

Les embaifadeurs convoyèrent 
Seigneurs & bourgeois à difner, 
Leiquelz voulentiers, y allèrent 
Palier temps * point n'en fault doubter 
Toutesfoys vous debvez fçavoir , 
Quelaue chofe que je vous dye , 
Que fambafladeur pour tout vcoir 



20 

Craignoît moule fort l'Epidimie J 

Ce gallant en fut advert^ , 

Qui non obftant fift bonne mine , 

Et quant il fut près de midi, 

A l'heure qu'il eft temps qu'on difne * 

Il entra dedans la cuynne, 

Manyant toute la viande, 

Comme dodeur en médecine 

Qui tient malades en commande. 

Tous les feiçneurs le regardèrent 

Son train , les façons & manières , 

Mais après luy pas ne tafterent, 

Auflï ne luy challoit-il gueres 5 

Apres il print les efguieres, 

Le vin, le clairé, l'ypocras , 

Dariolcs , tartes entières , 

Il tafta de tout par compas. 

Et povez bien entendre fon cas i 
Quant il vit qu'il eftoit faifon 
A bien jouer ne faillit pas , 
Pour faire aux feigneur la raifon i. 
Si bien que dedans la maifon 
Demoura tout feul pour repaiftre 
Souftenant par fine achoifon 
Qui fc douloit du coufté deftre. 

Lors y avoit une couchette 
Ou il failloit faire la fefte , 
Et n'a dent qui ne luy cliquette , 
Là ce mift commençant à braire 
Que l'en fuift au presbytaire , 
Pour faire le prebftre acourir 
A tout dieu & l'autre ordinaire 
Qui fault pour ung qui veult morir. 

Quant les feigneurs virent le prebflre i 
Avec fes facremens venir, 
Chafcun d euk eutt bien voulu eilte 



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21 

Dehors , je n'en veulx point mentir , 
Si grant hafte eurent d'en fortir , 
Que la demourerent les vivres , 
Dont les compaignons du martir 
Furent troys jours & troys nuytz yvrcs. 

Par ce point eurent la repue 
Franche cnafcun des compaignons , 
La finelle le prebftre l'a leùe , 
Affin de complaire aux mignons, 
Mais les feigneurs dont nous parlons; 
Eurent tous pour ce coup l'aubade , 
Chafcun d'eulx fut , que nous ne faillons 
De la grant peur, troys jours malade. 

La féconde repue franche. 

UN G lymoufin vint à Paris , 
Pour aulcun procès qu'il avoit,' 
Quant il partit de fon pays 
Pas grammanc d'argent , il n'avoit ^ 
Et toutesfoys il entendoit 
Son fai&, & avoit fouvenance, 
Que fon cas mal fe porteroit 
S'il n'avoit une repue franche. 

Ce lymoufin c'eit chofe vraye, 
Qui n'avoit vaillant ung patart, 
Se nommoit feigneur de Cambraye, 
Sans qu'on le (uyvift à fon trac j 
Plus rufé eftoit q'ung vieillart , 
Et affamé comme ung vieil loupJ 
Avec monfigneur de Pcneflac , 
Et le feigneur de la Mefou. 

Les troys feigneurs s'en retournèrent 
Car ilz. eftoyent tous d'ung quartier , 
Et dieu fçait s'ilz fe faluerent , 

B iij 



^infl qu'il en cftoit meftier; 
Toutesîbys ce boa efcuycr 
Pe Cambraye , x propos final , 
Fut efleu leur grant confeillier, 
Et le governant principal. 
Hz conclurent pour le meilleur ^ 

?ut ce bon notable feigneur 
roit veoir s'il pourroit trouver f 
Quelque bon lieu pour foy loger, 
Et félon qu'il txouveroit, 
Aux aultres le racompteroit. 

Or advint environ midy , 
Qu'ilz eftoyent de fain eftourdis , 
S'en vinç à une boftellerie , 
En la riie de la mortellerié , 
Ou pend l'enfeigne duPeftelj 
A bon logis & bon hoftei, 
Demandant s'on a que repaifye » 
Ouy vrayment , ce dift le maiftre , 
Ne foyez de rien en Çoucy , 
Car vous ferez tresbien fervy , 
Pe pain , de vin 3 & de viande. 

Pas grant chofe je ne demande 
Dift le bon feigneur de Cambraye, 
JI n'y a guère que favoye 
Desjuné , mais toutesfbys, 
Si ay-je difné maintesfoys 
Que n'avoye pas tel appétit. 



Commentant qu'il fuft diligent, 
D'avoir quelque chofe de bon, 
Pour fon foupper ung gras chapon 
Car il penfoit bien que le foir 
Ji devoit avec luy foupper 



Se fei] 





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L'hoftefle fut bien i fon court , 
Car quant vint à compter Fefcot , 
Le feigneur ne dift oncques mot, 
Mais tout ce qu'elle demanda 
Ce gentil homme iuy bailla , 
Difant vous compterez par raifon^ 
Boutant fon fac foubz fon elfelle , 
Et vint racompter la nouvelle 
A ces compagnons & comment 
Il failloit taire faigement. 

Il fut dit à peu de parolles , 
Pour éviter grans monopolles , 
Que le feigneur de Peneflac 
Yroit devant louer Peftat, 
Et blafonncr la fuffifance 
De ce feigneur , car fans doubtance 
La chofe le valoit tresbien. 
Et pour trouver meilleur moyen. 
Il menroit en fa compaignie* 
En la maifon la feigneurie. 
Si vint demander a Fhoftefle 9 
Se ung feigneur plain de nobleffe 
Eftoit logé en la maifon. 

L'hoftefle refpondit que non , 
Et que vrayement il n'y avoit 
Q^ing lymoufîn lequel debvoit 
Venir au foir fouper leans. 

Ha ! dift-il , dame de céans , 
C'eft celuy que nous demandons i 
Par ma foy c'eft le grant baron 
Qui eft arrivé au matin. 
Je n'entens point voftre latin, 
Dift rhoftefle , vous parlez mal % 
Il n'a jument ne cheval , 
Il va à pied par faulte d'afne. 

Lors Peneflac dit la dame 



Il vient îcy pour ung procès J 
Il eft appellanc des excès 
Qu'on luy a faiâz en Lymoufin 
Et va ainfî de pied , affin 
Que Ton procès foit pluftoft fai& 
LÏoftefle le creut çn eftaid. 

Alors le feigneur de Cambraye 
Arrive & dieu fçait queP joye, 
Ces deux feigneurs icy luy firent, 
Et le genoil embas tendirent 
Auffi toft comme il fut venu , 
Et par ce point il fut congneu 
Qu'il eftoit feigneur honnorable. 

Le bon feigneur fi vint à table * 
En tenant bone gravité , 
Vis-à-vis de l'autre cofté 
S'affift le feigneur de l'hoflel , 
Et eurent du vin Dieu fçait quel 
Il ne failloit point demander. 
Quant ce vint à Pefcot compter i 



Mais au feigneur n'en challoit , 
Faignant qu'il fuft tout plain d'argent* 

Lors il dift qu'on mil diligent 
De p£nfer faire les litz, 
Car il vouloit en ce logis 
Coucher puis après par exprès 
Il print fon fac à fes procès. 
Et le bailla leans en garde 
Difant qu'on le contregarde , 
Si de l'argent voulez avoir 
Il ne fault que le demander, 
L'hoftefle ne fut pas ingrate 
En diiânt je n'en ay pas hafte 
N'efpargnez rien qui foie céans. 

Ces leigneurs couchèrent leans 




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L'efpace de cinq ou iix moys 
Sans payer argent toutesfoys , 
Non obftant ce qu'il demandoit 
A (on hofteflè s'elle vouloir, 
Avoir de l'argent bien Couvent* 
Mais il n'eftoit point bien content J 
De mettre (buvant main en bource , 
L'hoftefle n'eftoit point rebource, 
Et dift ne vous en foucyez, 
Dieu merci j'ay argent affez 
A voftre commandement. 

Ces mignons penferent comment 
Hz pourroyent retirer leur fac , 
Et lors monfeigneur de Peneflac 
Dift à ce baron de Gambraye , 
Qu'il fe boutait bien toft en voye> 
Faignant qu'il eft embefongné. 

Ce fcigneur vint tout retrongné . 
Vers l'hoftefle par bon moyen 
Et luy dit mon cas va très bien, 
Mon procès eft ce jourd'huy jugé , 
A coup qu'il n'y ait plus longe , 
Baillez moy mon fac fomme toute 
Car j'ay peur & fays grant doubte * 
Que les feigneurs foyent départis 

Il print ton fac à dieu vous dis 
Je reviendray tout maintenant , 
Il s'en alla diligemment , 
A tout ces procès & fon fac 5 
Et le fcigneur de Peneflac , 
Et de la maifon Pattendoyent 5 
Lefquelz feigneurs fi s'esbatoyent > 
A recueillir les torches culz 
Des feigneurs qui eftoyent venus 
Aux chambres , & bien fe pénfoyent 
Que à quelque chofe fervoyent. 



lé 

Hz ôfterent tous ces procès , 
De ce fac & par motz exprès 
L'emplirent de ces torcheculz ; 
Puis au foir quant furent venuz 
A leur logis , fut mis en garde , 
Et pour nûeulx mettre en fauvegardr 
Il fut bouté par grant humblefie 
Avec les robbes de l'hoftefle, 
Qui fentoyent le muglias , 
Au foir firent grant raiias» 
Le landemain , & fut raifon 
De partir il fut faifon, 
Pour s'en aller fans revenir ; 
On cuydoit quilz deuflent venir 
Lendemain foupper & difner , 
Pour leurs offices refîner , , 
Mais iiz ne vindrcnt onaue pu$> 

Hz faillirent cinq ou nx nuitz 
Pont l'hoftefTe fut efchet & mac * 
Car elle n'ofoit ouvrir le fac 
Sans avoir le congé du juge « 
Auquel avolt piteux déluge ; 
Tellement qu'il eftoit neceflaire , 
Qu'on envoyait ung commifTairo 
Pour ouvrir ce fac fomme toute. 

Quant il eft venu fans doubte , 
Jl lava fes mains à bonne heure > 
De peur de gafter Fefcripture, 
Car à cela eftoit expert. - 
Toutesfoys fe fac fut ouvert, 
Mais quant il le vit fi brcneux , 
Il s'en alla tout roupieux, 
Cuydant que ce ruft moçqueriç, 
Car il entendait raillerie. 
Ainfî partirent ces feigneurs 
Paris joyeulx en couraige| 



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De tromper furent inventeurs i ; 
Cinq moys vefquirent d'aventaige , ; 
De plafonner ilz firent raige, 
J-eur hofte fut par eujx vaincu > 
JJz ne laiflerent pour tout gaige 
Qu'ung fac put plain de torchecu. 

La repite franche du foHjfreUHoçi 

OU prins argent qui n'en a point * 
Remède vivre daventaigej 
Qui n'a robbe ne pourpoint , 
Que pourroit il laifler pour gaige ? 
Toutesfoys qui auroit l'ufaige 
Pe dire quelque chanfonnette , 
Qui peuft deffrayer le paffaice , 
J,e payement ne feroit que honneftç, 

L'ACTEUR, 

AINSI parloit çe fouffreteux 
Qui eftoit fin de fa nature , 
Moy.tié trifte , moytié joyeulx , 
Du palays partit bonne alleure 
En djfant qui ne s'adventure , 
Il ne fera jamais beau fait , 
î?our pourenafler fa nourriture , 
Car il eftoit de fain deffaifo 
Pour trouver quelque tromperie , 
Le gaïlant fe voulut hafter ; 
Çn U meilleure hofteilerie , 
Ou taverne , s'alla bouter , 
Et commença à demander , 
S'on avoit rien pour luy de bon » 
Car il vouloit Jeans difner ^ 
|t Élire cbere de fe^pn., 



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Lors on demanda quelle viande ; 



Il failloit à ce pèlerin. 
Il refpondit, je ne demande 
Q'une perdrix ou pouftin, 
Avec une pinte de vin 
De Beaulne , qui (bit frais tirée. 
Et puis après pour faire fin , 
Le cotteret & la bourrée. 

Tout ce qui luy fut necefTaire 
Le varlet luy alla quérir , 
Le gallant s'en va mettre à table; 
Affin de mieulx (e resjouyr , 
Et difna la tout à loifir > 
Mafcant le fens , trenchant du faige 5 
Mais il falut ains que partir , 
Avoir ung morceau de fromage , 
Adonc, dift le clerc, mon amy 
Il fault compter , car vous avez, 
Tout par tout fept foubz & demy , 
Et convient que les me payez. 

LE GALLANT. 

JE ne fçay , comment les aurez , 
Dift le gallant, par faind Gille, 
Je veulx bien que vous Je faichez , 
Je ne fouftiens ne croix ne pille. 

LE CLERC. 

OU I n'a argent fi laifle gaige , 
N'eft-ce pas le faid droidurier* 
Voulez vous vivre davantaige ? 
Et n'avez maille ne denier ? 
Eftes vous larron ne meurtrier, 



Ou vous y laifferez la robbe, 



Par Dieu ains que d*i« 




hobc % 



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*9 

LE GALLANT. 

OUANTeft d'argent je n'en ay point i 
Affin de le dire tout hault, 
Comment m'en iray-je en pourpoint , 
Defnué comme ung marault 5 • 
Dieu mercy je n'ay pas trop chault > 
Mais s'il vous plaifoit m'emoloyer, 
Je vous ferviray fans deffault 3 
Jufques à mon ëfcot payer. 

LE CLERC. 

ET comment que fçavez vous faire? 
Dides le moy tout plainement. 

LE GALLANT. 

OU O Y ! toute chofe neceflaires , 
Point ne fault demander comment 5 
Je gaige que tout maintenant, 
Que je chanteray ung couplet, 
Si hault & fi cler je me vant , 
Que vous direz cela me plaift. „ 

L'ACTEUR. 

LO R S le varlet voyant cecy 
Fut content de cette gaigeure , 
Et penfa à luy mefmes ainfi 
Qu'il attendroit cefte adventure ; 
Il luy difoit pour tous débats 
Qu'il payaft l'efcot bon alleure 
Car fon chant ne luy plaifoit pas. 

L'accord fut dit, l'accord futfaift,' 
Devant tous , non bas en derrière 3 



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Lors fe gallant tire de faicl , 
De dedens fâ gibecière , 
Une bource d'argent legiere , 
Qui eftoit pleine de Mereauk. 
Et chanta par bonne manière 
Haultement ces mots tous nouveaul** 
De fa bourfe deffus la table 
Frappa , affin que je le notte, 
Et comme choie convenable * 
Chanta ainfî à haulte notte. 

Il fauh payer fin hofte , 
îout au long chanta ce couplet j 
Le varlet eftant cofte à cofte , 
Refpondit cela bien me plailt, 
Toutesfoys il n'entendoit pas 
Qu'il ne fuft de Pefcot payé , 
Parquoy if failloit fur ce pas 
De fbn fens fut moult defvoyé 5 
Devant tous fut notifié* 
Qu'il eftoit gentil compaignon, 
Et qu'il ayoit par fon traiâé , 
Bien difné pour une chanfon, 

Ceft bien difné quant on réchappe * 
Sans desbourcer pas ung denier, 
Et dire à dieu au tavernier , 
En torchant fon nez à la nappe. 

La repue du Pelletier, 

UNG jour advint qW Pelletier, 
^ . £ ipoufa une belle femme , 
Qui appetoit le bas meftier, 
En faifant recorder la game, 
Le Pelletier fans penfer blafme, 
Ne s en fouifioit qung petit, 



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Mieulx aymoit du via une dragm* 
Que coucher dedans ung beau lift* 

Ung Curé voyant ceft affaire , 
De la femme fut amoureulx , 
Et penfa qu'a fon jpresbytaire 
Il maineroit ce maiftre gueulx , 
U s'en vint à luy tout joyeulx , 
A celle fin de le tromper, 
En difant mon voyfîn je veulx , 
Vous donner annuyt à fouppcr. 

Le Pelletier en fut contant , 
Car il ne vouloyt que repaiftre, 
Et alla tout incontinent 
Faire grant chère avec le prdbe, 
Qui luy joua d'ung tour de maiftre , 
Difant ma robbe eft deffourrée, 
U vous convient la main mettre 
Affin qu'elle foit reffourrée. 

Et bien ce dift le Pelletier , 
Monfeigneur j'en fuis content , 
Mais que m'en vueillez payer , 
Je fuis tout voftre feurement. 
Il firent leur appoin&ement , 
Qu'il auroit pour tout inventoirc , 
Dix folz tournois entièrement, 
Et du vin largement pour boire. 

Par ainfi qu'il la defpechcroit „ 
Car il eftoit neceffaire , 
Et que toute nuyt veilleroyt 
Avec fon clerc au presbitaire. 
U fut content de ceft' affaire, 
Mais le Curé les anferma , 



Puis hors de la mahon alla. 

Le Curé vint en la maifon 
Du Pelletier par fes fornettes, 




>yfe faire ; 



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Et trouva fi bonne achoyfon , 
Qu'il fift tresbien ces befongnettes. 

Hz firent cent mille cholettes , 
Car ainfî comme il me femble , 
Ce fourreur pour la repiie franche * 
Fut faiâ coqu bien fermement > 
Et luy chargea la dame blanche 
Qu'il y retournait hardiment, 
Et que par fon (àind facrement, 
Jamais nul jour ne Poublira, 
Mais luy fera hébergement, 
Toutes les foys qu'il luy plaira. 
Et pourtant le donne fov garde 
Chafcun qui aura belle femme, 
Qu'on ne luy joue telle aubade,' 
Pour la repiie c'eft grant diffame ; 
Quant il eft fçeu ce n'eft que blalme; 
Et reproche au temps advenir. 
Vela de la repiie grant gaigne, 
Pourtant ayez en louvenir. 

La repiie franche des gallons 
fans foulcy. 

UN E aflemblée de compaignons 
Nommez les gallans fans foucy, 
Se trouvèrent entre deux pontz 
Près le paiays il eft ainfî ; 
D'aultres y en avoit aufli 
Qui aymoyent bien befoigne faiâe » 
Et eftoient franc cueur aranfî, 
Et l'abbé de fainde foufFrette. 

Ces compaignons ainfî aûemblez 
Ne demandèrent que repas; 
D'argent ilz n'eftoyent pas combler î 
Mon pourtant i(z ne donnoyent p 



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Hz Te boutèrent tous à tas, 
A Tenfeigne du plat.d'eftaing, 
Ou ilz repurent par compas, 
Car ilz en avoyent grant befoing; 

Quant ce vint à l'efcot compter » 
Je croy que nully ne ce cource, 
Mais le beau jeu eft au païer 
Quant il n'y a denier en bource^ 
Nul d'eulx n'âvoit chère rebourfe 
Pour de l'efcot venir au bout* 
Dift ung gallant de plaine fource* 
Il n'en fault q'ung pour payer tout. 

Hz appointèrent tous enfemble , 
Que l'ung d'iceulx on banderoit, * 
Par ainfî félon qui me femble 
Le premier qui empoigneroit , 
Eftoit dit que l'efcôt payeroit , 
Mais en iceulx eut grant difeord^ 
Chafcun bendé eftre vouloit , 
Dont ne peurent eftre d'acord. 

Le varlet voyant ces debâtz 
Leur dit > nul de vous ne s'efmoye l 
Je fuis content que par compas 
Tout maintenant bandé je foye. 
Les gallans en eurent grant joye, 
Et le bandèrent en ce lieu , 
Puis chafcun d'eux fi print la voyej 
Pour s'en aller fans dire à dieu. 

Le varlet qui eftoit bandé 
Tournoit parmy la maifon. g 
H fut de l'efcot prebendé 
Par cefte fubtile chayfion. 
Affin d'avoir provifion 
De l'efcot > l'holle monte en hault; 
Quant il vit ceûe invention , , 
A peu que le cueur ne luy fault. 



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En montant Thofie fut happé 
Par fon varlet fan$ dire mot » 
Difant je vous ay attrapé , 
Il fault que vous payez Pefcot , 
Ou vous lahTerez le furcot. 
Dequoy il ne fut pas îoyeulx, 
Cuydant qu'il fuft mathelineux. 

Quant le varlet fe desbenda , 
£t la tromperie peult bien congnoifii 
tut eftonné quant regarda > 
£t vit bien que c'eftoit (on maiftrc , 
Penfés qu'il en eut belle lettre, 
Car il parla lorsàbafton, 
Et pour fa peine fans rien mettre » 
Il eut quatre coups de bafton. 

Ainfi furent fansr rien payer , 
Les povres gallans délivrez 
De la maifon du tavernier 
Ou ilz s'eftoyent prelque cnyvrcz 
De vin qu'on leur avoir livrez, 
Pour boire à plain gobelet , 



Et ce foit vray ou certain, 
Ainfî que m'ont dit cinq ou fix , 
Le cas advint au plat d'eftain 
y Près faind Pierre de Affis 5 
Bien efcheok un£ grant mercis 
A tout le moins pour ce repas* 
Et fi ne payèrent pat. 

Auffi fut fi bien aveuglé, 
Le povre varlet roalheureulx , 
Qui fut de tout cela fang!4, 
Et faiiluft qu'il payaft pour* eulx $ 
Et s'en allèrent tous joyeulx 
Les mignons torchant leur vifaige 
Qui avoyent diïkà daventaige» 




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3? 

ta rtpnt fai£le auprès di 
Montfaulcon. 

POUR pafler temps joyeufement i 
Racompter vueil une repue , 
Qui fut faide fubtillement 
Près Montfaulcon > c'eft chofe fçeiiei 
Et diray la defconveniïe 
Qu'il advint de fins ouvriers) 
Auffi y fera ramentiie 
La fineffe de ces efcolliers. 

Quant xompaignons font desbauchei 
Hz ne cerchent que compaignie, 
Pluiîeurs ont leurs vins vendange», 
Et beu quafy jufques à la lye. 

Or advint que grant mefgnie 
De compaignons fe rencontrèrent. 
Et fans trouver la faifon chere , 
Chafcun d'eulx fe resjouyûoit 
Difant bons motz, faifant grant chere?; 
Par ce point le temps fe paiîbit. 
Mais l'ung d'eulx promis avoic 
De coucher avec une garce . 
Et aux aultres le racomptoit 
Par jeu en manière de farce. 

Tant parlèrent du bas meftier 
Qui fut conclud par leur façon 
Qu'ilz yroyent ce foir la couchée 
Près le gibet de Montfaulcon ^ 
Et auroyent pour provifioa 
Ung pafté de façon fub&Ue, f 
Et meneroyent en conclufioa 
Avec euk chafc'un une fitte* 
Ce pafté , je vous refpons , 
Eut faift {an* demander qu'il <oik> 

Çii 



Car il y avoit fîx chapons 
Sans la chair que point je ne boute , 
On y euft bien tourné le coûte , 
Tant eftoit grant n'en doubtez. 
Le prince des fotz & fa routte , 
En euflent efté bien (buppez : 

Deux efcolliers voyant le cas ,* 
Qui ne fçayoyent rien de tromper, 
Sans prendre confeil d'advocatz, 
Hz fc voullurent occuper, 
Penfant a eulx comme atrapper 
Les pourroyent deftoc ou de henche ; 
Car ilz voulloyent ce (bir foupper 
Et avoir une repue franche. 

Sans aller parier au devin , 
L'ung prift ce pafté de façon , 
L'autre emporta ung broc de vini 
Du pain atièz félon raifon 
Et allèrent vers Montfaulcon 
Ou eftoit toute Taflemblée; 
Filles y avoit à foyfon, • 
Faifant chère defmefurée. 

Auflï jufte comme Forloge, 
Par devis & par bonne manière 
Hz entrèrent dedans leur loge , 
Elperant de faire grant chiere 
Et tafterent devant & derrière 
Les povres filles hault & bas. 

Les efcolliers fans nulle fable, 
Voyant cette defconveniie, 
Veftirent habitz de diable 
Et vindrent là fans attendue ; 
L'ung ung croc , i'aultre une mafftie ; 
Pour avoir la franche repue, 
Vindrent affaillir les gallans , 
Difant à mort, .à mort, i mort , 



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Prenez â ces chefnes de fer 

Ribaulx , putains par defeonfort , 

Et les amenez en enfer y 

Hz feront avec Lucifer 

Au plus parfond de la chauldiere j 

Et puis pour mieulx les efchaufrèr 

Gettez leront en la rivière. 

L'ung des gallans pour abbreger, 
Rcfpondit , ma vie eft flnéc 
En enfer me fault héberger, 
Vecy ma dernière journée, 
Or fuis bien ame dampnée, 
Noftre péché nous a attains , 
Car nous yrons (ans demourer 
En enfer avec ces putains. 

Se vous les eufliez veu foiiyr i 
Jamais ne villes fi beau jeu , 
L'une à mont , l'autre à val courir i 
Chafc'un d'eulx ne penfoit qu'a Dieu ; 
Hz s'en fouyrent de ce lieu , 
Et laifferent pain , vin , viande , 
Criant fainâ: Jehan & fainct Mathieu 
A qui ilz feroyent leur offrande. 

Noz efcolliers voyant cecy , 
Non obftant leur # habit du diable > 
Furent alors hors de fouley , 



Et Dieu fçait fi rirent la gaÛe 
Entour le vin & le pafté , 
Et repeurent pour fin finalle 



C'eft bien trop qui rien ne paye ; 
Et qui peut vivre d'adventaige , 
Sans desbourcer or ne monnoye. 
En ufant de joyeulx langaiee 
Les efcolliers de bon couraige » 





Ciij 



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Pafferent temps joyeufement, 
Sans payer argent ne gaige, 
Et fi repeurent franchement. 

Se vous vouliez fuyvre l'efcoïlc 
De cçulx qui vivent franchement 2 
Lifez en ceftuy proihecolle, 
Et voyez la façon comment, 
Mettez y voftre entendement 
A faire comme ilz faifoyent, 
Et s'il n'y a empefchement , 
Yous vivrez comme Uz vivoyen*. 

fin des repues franches de tnaiftr* 
trançoys Villon* 




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19 



S' E N SU I T 




LE MONOLOGUE 

Du franc archier de Baignollet j 
avec fin Epitaphe. 

'EST à meshuy , j'ay beau corner , 
Or ça il s'en fault retourner 
Maulgré fes dentz en fa maifon 
Si ne vis-je pieça faifon 
Ou j'eufle fi hardy couraige 
Que j'ay. Par la mor bieu j'enraige 
Que je n'ay à qui me combattre, 
Y-a-il homme qui à quatre , 
Dy-je, y-a il quatre qui veullent 
Combatre à moy , fe toft recueillent 
Mon gantelet , vela pour gaige. 
Par le fang b'ieu je ne crains paige 
S'il n'a point plus de quatorze ans. 
J'ay autresfoys tenu les rencz 
Dieu mercy & gaigné le pris 
Contre cinq Àngloys que je pris , 
Povres prifonniers defnuez, 
Si toft que je les eu ruez , 
Ce fut au fiege d'Alençon , 
Les troys fe mifrent à rançon 
Et le quatriefme s'en fuit. 
Incontinent que l'autre ouyt 
Ce bruit , il me print à la gorge; 
Se je n'euffe crie fainft George 
Combien que je fuis bon Françoys 5 . .. 

C îaj 



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Sang bieu il tn'euft tué ançoys 

Que pcrfonnc m'euft fecouru. 

Ht quant je me fenty feru 

D'une bouteille qu'il cafla 

Sur ma tefte , venez va ça , 

Dis-je lors que chafcun s'appaife 

Je ne quiers point faire de noife : 

Ventre bieu & beuvons enfemble. 

Pofé (bit ores que je tremble , 

Sang bku ! je ne vous crains pas maille. 

dit ung ynidem far derrière les gens , 



O'UESSE cy j'ay oiiy poullaille 
Chanter chez quelque bonne vielle, 
Il convient que je la refveille 5 
Poullaille font icy leurs nidz, 
Ceft du demourant d'Ancenys 
Par ma foy ou de Champ tourfc 5 
Helas que je me vis courfé 
De la mort d'ung de mes nepveux , 
J'euz d'ung canon par les cheveux, 
Qui me vint cheoir tout droit en barbes 
Mais je m'eferiay faincte Barbe , 



Et je t'ayderay l'autre coup. 
Adonc le canon m'esbraïuTa , 
Et vint celle fortune là 
Quant nous eufines le fort conqu 
Le Baronnat & le Marquis , 
Cran curfo l'Aigle & Brefïbyere , 
Acoururent pour veoir l'hiftoire , 
La Rochefouquault l'Amiral 
Aufli Benil foa atirail, 



Ço^uericoq, 




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Pontievre; tous les capitaines 

Y defehaufferent leurs mitaines 

De fer , de peur de m'affoler , 

Et fî me vindrent acoler 

A terre ou j'eftoye meshaigné. 

De peur de dire il n'a daigné, 

Combien que je fufle malade, 

Je mis la main à la falade. 

Car elle m'eftouflfoit le vifaige , 

Ha dift le Marquis, ton outraige 

Te fera une foys mourir , 

Car il m'avoit bien veu courir 

Oultre l'oft devant le chafteau. 

Helas g'y perdy mon manteau 

Car je cmdoye d'une poterne 

Que ce fuft l'huys d'une taverne > 

Et moy tantoft de pietonner , 

Car quant on ouyt clarons fonner 

Il n'eft couraige qui ne croiflè , 

Tout auffi toft ou eflè ? ou elfe ? 

Et à brief parler je m'y fourre 

Ne plus ne moins qu'en une bourre 

Si ce n'euft efié la brairie 

Du cofté devers la prairie, 

Qui difoit Pierre que faides vous ? 

De nos gens qui crioent treftous, 

N'aûaillez pas la baffe court , 

Tout feul je l'euiTe prins tout court 

Certes , mais s'euft efté outraige -, 

Et ce n'euft efté ung paige 

Qui nous vint trenener le chemin 

Mon frère d'armes Guillemin 

Et moy , Dieu luy pardoint pourtant > 

Car quoy il nous en pend autant 

A l'œil , nous auffions fans nulle faille. 

Frappé au travers la bataille 



Des Bretons \ mais nous apaifâmes 
Noz couraiges & recullames : 
Que dy-je ? nom pas reculer 
Chofe dont on doybve parler. 
Ung rien jufque au lyon d'Angiers^ 
Je ne craignoye que les dangiers^ 
Moy , je n'aboyé peur <Taultre chofe , 
Et quant la bataille fut clofe 
D'artillerie groffe & grefle , 
Vous euflez ouy pefle , meflc , 
Tip , tap , fip > fap à la barrière 
Aux efles devant & derrière, 
J'en eu d'ung parmy la cuirace, 
ics darnes qui eftoyent en la place 
Si ne craignoyent que le coullart, 
Certes j'eftoye bien paillart : 
J'en avoye ung fi portatif, 
Se je n'euflè efté fi haftif 
De mettre le feu en la pouldre, 
Peulfe deftruit & mis en fouldre 
Tout quanque avoit de damoifelles. 
Il porte deux pierres jumelles 
Mon coullart, jamais n'en a moins. 
Et dames de joindre les mains, 
Quant ilz virent donner l'aflàult, 
Les ungs fi fervoyent du courtault 
Si dru , fi net 3 fi fec que terre , 
Et puis quoy ? parmy ce tonnerre 
Vous euflez ouy (bnner trompilles 
Pour faire dancer jeunes filles 
Au fon du courtault haultement, 
Quant g'y penfe par mon ferment 
Ccfi vaine guerre qu'avec femmes, 
J'avoye tousjours pitié des dames. 
Veu q'ung courtault trcfperce ung mur 3 
Hz «urovent le ventre bien dur 



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S'il ne paflbit oultre , penfefc 
Qu'on leur euit faift du mal aflefc , 
Se l'en n'euft eu noble couraige, 
Mefmes ces pehons de villaige , 
J'entens pehons de plat pays , 
Ne fc fuiîênt point esbahis 
De leur mal faire , mais nous (bromes 
Tousjours entre nous gentilz hommes 
Au guet àcifas la villenaille, 
J'etoye pardeça la bataille 
Tousjours la lance , ou boutaille 
Sur la cuiffe, c'eftoit merveille, 
Merveille de me regarder. 
Il vint ung Breton eftrader 
Qui faifoit rage d'une lance : 
Mais il avoit de jeune enfance 
Les rains rompus, c'eftoit dommaige. 
Il vint tout feul par (on oultrage 
Eftrader par mont & par val, 
Pour bien pourbondir ung cheval 
Il faifoit feu, voire & flambe. 
Mais je luy tranchy une jambe 
D'ung revers jufques à la hanche, 
5c fis ce .coup là au Dimenche , 
Que <ty-je ? ung lundy matin, 
Il ne fer voit que de fatin 
Tant craignoit à grever fes reyns. 
Voulentiers frappoit aux chamfrains 
D'une cheval , quant venoit en jouftçi 
Ou droit à la queue fans doubte , 
Point il ne frappoit fem rouffin 
Pource qu'il avoit le farcin, 
Que d'ung bafton court & noailleux, 
Deffus la telle & cheveulx, 
De peur de le faire clocher; 
Auffi de peur de tresbueber , 



Il alloit (on beau pas trie , trac ; 
Et ung grant panon de biffac 
Voulentiers portoit fur fa tefte, 
D'ung tel homme fault faire fefte * 
Autant que d'ung million d'or. 
Gens darme, c'elt ung grant trefbr; 
S'il vault riens il ne fault jpas dire, 
Jay fait raige avec la Hire. 
Je l'ay fervy treiiout mon aage , 
Je fus gros vallet, & puis page, 
Archier, & puis je pris la lance, 
Et là vous portoye lur la penfe 
Tousjours troufle comme une coche, 
Et puis monfeigneur de la Roche 
Qui Dieu pardoint me print pour paige. 
J'eftoye gent & beau de vifaige , 
Je chantoye & brouilloye des fluftes , 
Et fi tiroye entre deux butes» 
A brief parier j'eftoye ainfî 
Mignon comme ceft enfant s'y 
Je n'avoys gramment plus d'aage , , 
O ça ça par ou affauldray-je 
Ge coc que j'ay ouy chanter, 
A petit parler, bien vanter, 
Il fault alfaillir ceft hoftel. 

Adonc af perçoit le franc archier ung effovtntail de 
cheneviere faitt en façon £ung gendarme , croix 
blanche devant , O* croix noire derrière » en fa 
main tenant une arbalefte. 

HA ! le facrement de l'autel, 
Je fuis afFoibli , qu'elfe c'y. 
Ha ! monfeigneur pour Dieu mercy, 
Hault le trait qu'aye la vie franche , 
Je voy bien à voftre croix blanche 
Qu,e nous fommes tout d'ung party , 



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Dont tous les diabJes cft il forty . 
Tout feulet ainfi effroyé 5 
Comment eftes vous defvoyé , 
Mettez jus je gage l'amende, 
Et pour Dieu mon amy desbende i 
Au hault ou au loing ton bafton. 

Adonc il advife fa croix noire. 

Par le fang bieu c'efl^nng Breton , 
Et je dy que je fuis Françoys > 
Il eft fait de toy celle foys, 
C'eft Pernet du party contraire 5 
Hen Dieu & ou voulez vous traire? 
Vous ne fçavez pas que vous faiétes , 
Dea je fuis Breton fi vous l'efles, 
Vive fainâ Denis , ou faind Yve , 
Ne m'en chault qui, mais que je vive. 
Par ma foy monfeigneur mon maiftre* 
Se vous voulez fçavoir mon eftre 
Ma mere fut née d'Anjou , 
Et mon pere je ne fcay d'où , 
Sinon que j'ouy reveller, 
Qu'il fut natif de Mompelier, 
Comment fçauray-je voflre nom ? 
Monfeigneur Rollant , ou Yvon , 
Mort feray quant il vous plaira. 
Et comment il ne ceflèra 
Meshuy de me perfecuter , 
Et fi ne me veult efeouter 
En l'honneur de la paffion 
De Dieu que j'aye confeifion , 
Car je me fens ja fort malade , 
Or tenez vela ma falade 
Qui n'eft froi/fée ne couppée, 
Je la vous rens & mon elpée , 
Et faiâes prier Dieu pour moy 7 



$t vous laiflfe fur voftrc fby 

Ung veu que je doibs à fain& Jacques; 

Pour le faire prendrez mon jacques, 

Ma ceinture & mon cornet. 

Tu meurs bien maulgré toy, Pernet f 

Voire maulgré toy & à force, 

Puis qu'endurer fault , ccflè force , 

Priez pour l'ame s'il vous plaift 

Du franc archier de Baignolet, 

Et m'efcripvez à ung paraphe 

Sur moy ce petit epitaphe. 

Cy gift Pernet franc archier ; 
Qui cy mourut fans definarcher , 
Car de fuir n'eut onc efface , 
Lequel Dieu par fa faincle grâce 
Mette es cieuhc avecques les ames 
Des francs archiers , des gens d'armes» 
Arrière de arbalefbriers , 
Je les hay tous , ce font meurdriers ^ 
Je les congnois bien de pie fa , 
Et mourut l'an qu'il trefpaffa. 

Vela tout, les motz font très beaux , 
Or vous me iairrez mes hofeaulx , 
Car fe j'alloye en paradis 
A cheval, comme fait jadis 
Sainô Martin , & auffi fainâ George ; 
J'en feroye bien plus çreft , or je 
Vous laide gantelet & dague, 
Car au furplus je n'ay plus bague 
Dequov je me pulffe deffendre ; 



En defaroy , ie me confeffe 
A Dieu , tendis qu'il n'y a prefle , 
A la vierge & à tous fàindz , 
Or meurs-je les membres tous fait» ; 




prendre 



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£t tout en bon point fe me femble i 
Je n'ay mal finon que je tramble 
De peur , & de malle froidure. 
Et de mes cinq cens de nature» 
Cinq cens , ou prins qui ne les embie , 
Je n'en veiz onques cinq cens enfemble 
Par ma foy n'en or ne en moanoye, 
Pour néant m'en confefleroye , 
Oncques enfemble n'en veiz deux. 
Et de mes fept péchez mortel* , 
U fault bien que m'en fupportez » 
Sur moy je les ay trop portez 
Je les metz jus avec mon jacques y 
J'euflè attendu jufques à pafques , 
Mais vecy ung avancement 
Et du premier commencement 
De la loy qui dit qu'on doibt croire i 
Non pas l'eftoc quant on va boire , 
Cela s'entend en ung feul Dieu. 
Jamais ne me trou va y en lieu 
Ou g'y creuûe mieulx qu'a cefte heure 
Mais qu'a ce befoing me recucure 
Ne desbendez je ne me fuys , 
Helas je fuis mort ou je fuis , 
Je fuis auffi £mple , auffi coy 
Comme une pucelle, car quoy 
Dit le fécond commendement 
Qu'on ne jure Dieu vainement. 
Non ay-je en vain, mais très fermer 
Ainfî que fait ung bon gendarme. 
Car il n'eft tien craint s'il ne jure. 
Le tiers nous enjoingt de procure 
Et advertift & admonnefte, 
Que on doit bien garder la fcfte 
Tant en hyver que en efté. 
J'ay tousjouHL feid voulenôm fcfle » 



4 8 



De ce ne mentiray-je point. < 
Et le quatriefme nous enjoingt ; 
Qu'on doit honnorer jperc & mcre, 
J'ay. tousj ours honnore mon pcre , 
En moy congnoiflant gentilhomme. 
De Ton cofte combien qu'en fomme 
Sois villain, & de villenaille 
Et pour Dieu mon amy que j'aille 
Juiques amen mifericorde. 
Relevez ung peu voftre corde, 
Ferez que le tratâ ne me blefle. 
Item morbieu je me confefle 
Du cinquiefme , fèquentement > 
Deffend-il pas expreflèment 
Que nul fi ne foit point meurtrier ^ 
Las mon feigneur l'arbaleftrier 
Gardez bien ce commandement, 
Quant à moy par mon facrement 
Meurdre ne fis onc qu'en poullaille. 
X'aultre commendement nous baille *„" 
Qu'on n'emble rien , ce ne fis oncque } 
Car en lieu n'en place quelquoncques 
Je n'euz lovfir de rien embler , 
J'ay aflêz a qu'il refembler, 
En ce point je nay point meffàit ; 
Car fe l'en m'euft pris fur le fait , 
Dieu fçet comme il me fuft mefcheuJ 

laijfe tomber à terre refpwantail celîuy 
qui le tient. 

LA S monfeigneur vous elles cheu , 
Jefus & qui vous a bouté ? 
Diâes fe n'ay-je pas efté 
Vrayement , ou diable ne m'emporte 



A tous ceulz qui font c'y beau fire# 




Affin 



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Affin que ne vueillez pas dire J 

Qu,e fé demain ou pour demain» ; 

Au fort baillez moy voftre main, 

Je vous ayderay à lever. 

Mais ne me vueillez pas grever » 

J'ay pitié de voftre fortune. 

Cy apperçayt le franc aubier , de Vefa** ' 
ventail que ce t^eft fus mg bmme. 

PA R le corps bieu j'en ay pour une * 
Il n'a pié ne main» il ne nobe, 
Par le corps bieu c'eft une robe 
Plaine , dequoy ? charbieu de paille. 
Qu'effe c'y.morbieu on fe raille 
Se cuiday-je , des gens de guerre 5 
Que la fièvre quartaine ferre 
Celluy qui vous a mis icy 
Je le feray le plus marry 
Par la vertu bieu qu'il fut oneques. 
Se mocque-on de moy quelconques. 
Et ce n'eft j'advou fainct Pierre , 
Qu'un cfpoventail de cheneviere , 
Que le vent a c'y abatu. 
La mort bieu vous ferez batu 
Tout au travers de cefte efpée. 
Quant la robbe feroit couppée 
Ce feroit ung très grant dommaige.' 
Je vous emporteray pour gaige 
Toutcsfoys après tout hutm» 
Au fort ce fera mon butin , 
Que je rapporte de la guerre. 
On s'eft bien raillé de toy » Pierre; 
La charbieu {àinde & benifte 
Vous euffiez eu l'aflault bien ville 
Se i'euffe fçcu voiUc prouçflè. 



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Vous euffiez toft eu la renverfe, 
Voire quelque paour que j'en euffe. 
Or pleuft a Jefus que je fuffe 
A tout cecy en maifon 
Qu'il poiffe mengié à foifon 
De paille, elle eniet par derrière, 
C'elt paine pour la chamberiere 
De la porter hors de ce lieu > 
Seigneurs je vous comment à Dieu , 
Et fe Ton vous vient demander 
Qu'eft devenu le franc archier , 
Dictes qu'il n'eft pas mort encor 
Et qu'il emporte dague & cor 
Et reviendra par c'y de brief, 
A dieu je m'en vois au relief. 

Fi» dtê Monologue du franc anhict 
do Baignollet. 




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D I A L O GUE 



De MeJJteurs de Mallepaje & 
de BaïUevant. 



B Moniteur de Baillevant. M. Quoy 
• B. De neuf. M. On nous tient en aboy 
Comme defpourveux malureux. 
B. Si j'avoye autant que je doy; 
Sang bieu je feroye chez le Roy , 



M. Nous fommes francs. B. Adventureux. 
M. Riches. B. Bien aifés^ M. Plantureux. 
B. Voire de fouhais. M. Ce ft allez. 
B. Gentilz hommes. M. Hardis. B. Et preux, 
M. Par Thuys. B. Du joiy fouffreteux. 
M. Héritiers. B. De gaiges caflez. 
M. Nous fommes puis troys ans paflez 
Si mainces. B. Si mal comparez. 
M. Si fimples. B. Ligiers comme vent. 
M. Si esbaudiz. 
B. Si mal tapiz. 

M. De donner pour Dieu difpenfez; 
Car nous jeufnons aflez fouvent. 
B. Hée Monfîeur de Mallepaye 
Qui peult trouver foubz quelque amant 
Deux ou troys mille efcus : quelle proye ! 
M. Nous ferions bruyt. B. Toutalefinent. 
* M. Le quartier en vault P^rpent. 
B. Pardieu monfîeur de Mallepaye. 
M. Jcefcriptz contre ces murs. B. Je Tayei 




Dij 



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Puis de charbon & puis de croye. 

Al. Je raille. B. Je fays chère a tous. 

M. Nous avons beau coucher en raye , 

L'oreille au vent la guelle baye , 

On ne faid poirit porchatz de nous. 

B. Helas , feront nous jamais foulx. 

M. Il ne fault que deux ou troys coupt 

Pour nous remonter. B. Doux. 

M. Droite. B. Drutz. 

M., Pour fringuer. B. Pour porter le houx. 

M. Gens. B. A dire dont venez vous ? 

De feriez tous recreux. 

M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Fors. M. Gratis: 

B. Gros. M. Efcreux. 
B. Et s'ilz n'avions nulz biens acreux. 
M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Four- 

raige. 

B. Entretenus. M. Comme poux creux 

B. Jurons fang bieu nous ferons creux, 

Arrriere piettons de village. 

M. Ne fuis-je pas beau perfonnaige. 

B. J'ay train de feigneur. M. Pas de faige. 

B. Reffourdant. M. Comme bel alain. 

B. Pathelin en main. M. Dire raige. 

B. Et par la mort bieu c'eft dommaige 

Sue ne mettons villains en run. 
\ Hée cinq cens efcus. B. Ceft egrun. 
M. Quant j'en ay j'en offre à chafcun, 
Et fuis bien aife quant j'en prefle. 
B. Mes rentes font fur le commun , 
Mais povres gens n'en ont pas ung , 
Je m'y romperoye pour néant la telle. 
M. S'il nous povoyt venir quelque enqucftej 
Quelque mandement ou requefte^ 
Ou quelque bonne commiflion. 
B. Mais en quelque banquet honnefte 



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Faire acroire à ceft ou à cefteï 
La Pramatique fan&ion. 
M. Et fi elle y croit ? B. Promiiîon; 
M. Si elle promed. B. Monicion. 
M. Si on l'admonefte. B. Que on marchande* 
M. Si on faict marché. B. Frui&ion. 
M. Se on fruift. B. La pétition, 
.En forme de belle demande 
D'ung beau cent efeus. M. quel' viande 
B. Qui Tauroit quant on la demande 
On feroit. M. Quoy. B. Feu. M. S. Jehan voire. 
B. On tauxeroit bien grofle admende 
Sur le faid de cefte demande 
Se j'enquidoye le petitoire 
M. Quel bien ! B. Quel heur ! M. Quel accet 
foire/ 

B. Je me raffroichiz la mémoire 
Quant il m'en fouvient. M. Quel plaifir , 
B. Se on nous bailloit par inventoire 
Deux mil efcuz en une armoire 
Hz n'auroient garde de y moyfir. 
• M. Qui peult prendre. B. Qui peult choifir. 
M. Gaigner. B. Efpargner. M. Se faifîr 
Nous ferions par tout bien venu. 
B. Ung fonge. M. Mais quel. B. de plaifir, 
M. Nous prendrons fi bien loifir 
De compter ne fçay quantz efcuz. 
B. Nous fommes bien entretènuz. 
M. Aymcz. B. Portez. M. Et fouftenuz. 
B. De noz parens. M. de bonne race. 
B. Rentes aîfez & revenuz , 
Et fi aprefent n'en avons nulz, 
Ce n'eft que malheur qui nous chafle. 
M. Je n'en faix compte. B. Se reimafle. 
M. Je voile par coups. B. Je tracaffe 
Puis au poil puis à la plume. 



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M. Je gaudis & fi je rimaflè 

Que roulez vous il tient que ad ce 

Que je ne Fay pas de couftume. 

B. D'honneur allez. M. Chafcun en hume* 

B. Je deftains le feu. M. Je la hume. 

B. Je mesbas. M. Je patte mon dueil. 

B. Le plus fouvent quant je me fume, 

Je batteroye comme fert d'enclume» 

Si je me trouvoye tout feul. 

M- Je ris. B. Je bave fur mon fèuil. 

M. Je donne à quelque une ung guin dueil. 

B. ]e rq'esbas à je ne fçay quoy. 

M. J'entretiens. B. Je faiz bel acueil. 

M. On me fait ce que je veueil , 

Quant nous fommes mon paige & moy. 

B. Je ne Demande qu'avoir de quoy 

Belle amyc , & vivre à requoy , 

Faire tousjours bonne entreprife, 

Belles armes , loyal au Roy. 

M. Mais, trois poulx rcmpans en à boy, 

Pour le gibier de la chemife. 

B. Je porteroye pour devife 

La marguerite en or affife , 

Et le houlx par tout eftandu. 

M. Voftre ci y quel. B. Nouvelle goifc. 

M. Riens en recepte tant en mifc 

Et toute fomme , Item perdu. 

B. Je vous feroye au refîdu 

Gorgias fur le hault verd 

Le bel eftomac d'alouette. 

M. Robbe. B. De gris blanc gris perdu 

Bien emprunté & mal rendu 

Paye d'une belle eftiquette. 

M. Puis la chaine d'or la baguette 

Le latz de foye , la cornette 

Pe velours ce bel affiquet 



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B. Quant nous aurions fait noftre empiète 
La porte feroit bien eftroi&e 
5e nous ne payions jufques au ticquet. 
M. Nedelet. B. Gorgias. M. Friquet. 
B. De vert. M. Tousjours quelque bouquet 
Selon la faifon de Tannée. 
B. Et de paige. M. Quelque naquet. 
B. S'il vient hafart en ung banquet. 
M. Le prendre entre bont & volée. 
B. Aux furvenans. M. Chère meflée. 
B. Aux povres duppes. M. La havée. 
B. Et aux ruftes. M. Le jobelin. k 
B. Aux mignons de court. M. L'accollee. 
B. Aux gens de mefmes. M. La riiée. 
B. Et aux ouvriers. M. Le pathelin. 
B. D'entretenir. M. Damoifelin. 
B. Et falucr. M. Bas comme luy. 
B. Et divifer. M. Mot* tous nouveaulz. 
B- Pour contenter le femenyn 
Nous ferions plus d'ung efclin 



M. Hée cucurs joyeuix. B. Hée cueurs loyaulx. 
M. Preflz. B. Prins. M. Promps. B. Preux. M. 

Efpeciaulx. 
B. Aymez. M. Supportez. B. Bien reçeuz. 
M. Nous devrions pafler aux fçeaulx 
Envers les officiers royaulx 
Comme meflîeurs les delpourveux. 
B. De congnoiffancc avons aflez. 
M. On nous a veux. B. Si francs fi dottlx. 
M. Helas cent efcuz nous font deubz. 
B. Au fort fi nous les euffions euz 
On ne tint plus compte de nous. 
M. Nous avons faid plaifîr à tous. 
B. Chère à dire dont venez vous. 
M. Emcrillonez. B. Advenaus. 




Diiij 



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M. Cent efcufc & juger des coups 
On auroit beau mettre aux deux bouz 



B. Nous fommes deux fi beaulx gallans. 
M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Par* 
lans. 

M. Efmeux de franche volunté. 

B. Aagez de fens. M. Et jeunes d'ans. 

B. Bien guetz. M. Aflez recreans. 

B. Povres d'argent. M. Prou de fantc. 

B. Chafcun de nous eft habité. 

M. Maifon à Paris. B. Bien monté 

Audi bien aux champs que en la ville. 

M. Il y a cefte malheurté 

Que de l'argent que avons prefté 

Nous n'en arions croix ne pille. 

B. Ou font les cens & deux cens mille 



Quant chafcun avoit bien du fien. 
M. Au fort ce nous n'en avons mille 
Nous fommes félon i'evangille 
Des bien heureulx du temps ancien. 
B. J'aymaffe mieulx qu'il n'en fuft rien. 
M. Trouvons-en par quelque moyen. 
B. Qu'en à aprefent. M. Je ne fçay. 



M. Art Lombart. B. Franc praticien 
Pour faire a prefent ung effay. 
M. Je vis le temps que j'avanfiay { 
L'argent de chofe , & adreuay 
Tel & tel & tel bénéfice. 
B. Et mais moy quant je commence 
Monfeigneur tel & luy pourchaffe 
Moy mefmes tout feul ion office. 
M. J'ay efté tousjours à tout propice, 
Mais je crains. B. Et quoy ? M. Qu'avarice 



Se ne nous tenions des 






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Nous furprint fi devenyons riches; 
B. Riches quoy , celle faulce liffe ? 
Pouvreté nous rient en fa liffe. 
M. Ceft ce qui nous faift eftre chiches; 
B. Nous fommes legiers. M. Comme biches,' 
B. Rebondis , comme belles miches. 
M. Et frayzés comme beaulx ongnons. 
B. Auffi coutelier. M. Comme chiches.: 
B. Adventureux. M. Comme Suyffes 
A Nancy fur les Bourguygnons. 
B. Entre les gallans. M. Compaignons* 
B. Entre les gorgias. M. Mignons. 
B. Entre gens d'armes. M. Courageux. 
B. S'on barguigne. M. Nous barguinons. 
B. Heureulx. M. Comme beaulx champignons 3 
Mis fus en ung jour ou en deux. 
B. Nous fommes les adventureux » 
Defpourveuz. M. D'argent. B. Planteureux* 
M. De nouvelles plaifantes, B. Tant. 
M. Pour fervir princes ? B. Curieux. 
M Et pour les mignons ? B. Gracieulx. 
M. Et pour le commun ? B. Tant à tant. 
M. Hée monficur de Baillevant 
Quant reviendra le bon temps ? 
B. Quant ? quant chafcun aura fes fouhais. 
M. Cent mille efcus argent content , 
Sur ma foy je ferove content 



B. Nous fommes fi francs. M. Si parfaiz. 
B. Si fcavans , M. Si eaux en nos faiz. 
B. Si bien nez. M. Si preux. B, Si hardis. 
M. Saiges. B. Subtiiz. M. Advifez. B. Maisa 
M. Faulte d'argent & les grans preftz 3 
Nous ont ung peu appaillardis. 
B. Habandonnez. M. Comme hardis. 
B. Requis. M. Comme les gras mardi** 




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B. Et fiers; M. Comme ung beau pet en baing. 

B. J*ay ducil que vieulx villains tarnys • 

Soient <f or & d'argent fi garnis , 

Et mignons en ont tant befoine. 

M. Nous avons froit. B. Chault. M. Fain. B. 

Soif. M. Soing. 
B.Nous traccaffon. M. C t a. B. La. M. Près. B. 

Loing. 

M. Sans prouffit. B. Sans quelque adventaige. 

M. Mais s'on nous fonfoit or au poing, 

Nous ferions pour faire à ung coing 

Noftre prouffit , d'aultruy dommaige , 

Avez tousjours l'eritaige 

De Baillevent. B. Ouy. M. J'enraige 

Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains; 

B. Cent franc de rente & ungfromaige, 

Vous oriez dire de couraige 

Vive le Roy. M. Ronfflez villains. 

B. Qui a le vent? M. ]oyeulx mondains. 

B. Gré de dames ? M. Amouaeux crains. 

B. Et l'argent qui? M. Qui plus embource. 

B. Queue d'entre nous courtiflains ? 

M. Nous prenons efeus pour douzains 

Franchement , & bource pour bource. 

B. Ha monfîeur. M. Sang bieu la moufle 

M'a trop cofté. B. Et pourquoy ? M. Pource* 

B. Hay hay. M. Tout eft mal compaffé. 

B. Comment ? M. On ne joue plus du pouflè 

Qui ne tire. B. Qui & la trouflè 

Autant vault ung arc cafie. 

M. Monfieur mon père euft amaffé 

Plu* d'efeu que on n'euft eptaffé 

En ung hofpital de vermine. 

B. Mais nous avons fi bien fiffé, 

Le fang bieu , que tout eit pafle 

Gros & menu par i'eftamyne. 



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M. Si vient guerre , mort , ou famine l 
Dont Dieu nous gard' 5 quel train , quel' myûé 
Ferons nous pour gaigner le brouft ? 



D'entrer chez voiUn & voifîne , 
Et d'aller veoir ce le pot bout. 
M. Mais regardons à peu de couftz 
Quel train nous viendroit mieulx à gouft» 
Pour amafler biens & honneurs. 
B. Le meilleur eft prendre par tout. 
M. De rendre quoy ? B. On s'en abfoult 
Pour cinq foïz à ces pardonneurs. 
M. Allons fervir quelques feigneurs. 
B. Aucuns font fi petitz d'honneurs , 
Que on n'y a que peine & mefchânce. 
M. Et prouffit quel ? B. Selon les eurs » 
Mais entre nous fins eftradeurs , 
Il nous fault efplucher la chance. 
M. Servons marchans. B. Pour la pitance i 
Pour fruftus Qentris, pour la pence , 
On y gaigneroit ces defpcns. 
M. Et de fonder ? B. Bonne affeurance , 
Petite foy , large confciencc , 
Tu n'y rçez riens & y aprens. 
M. De procès quoy ? B. Si je m'y rens 
Je veulx ettre mis fur les rencs 
S'ilz ont argent fi je n'en crocque. 
M. Quelz gens font ce ? B. Gros marchefe 
Quule font bien fervir des gens , 
Mais de payer querez qui bloque. 
M. Officiers quoy ? c'eft toute raocque , 
L'ung pourchaffe l'autre défroque 
Et femble que tout foit pour eulx. 
B. Laiflbns les la- M. Ho je n'y tocque ; 
Il n'eft point de pire, défroque , 
Que de malheur à malheureux, 




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6o 

B. Pour defpourveuz adventureux 
Comme nous, encor c'eft le mieub 
De faire l'oft & les gens d'armes. 
M. En fuite je fuis couraigeux. 
B. Et à frapper ? M. Je fuis piteux i 



B. Servons donc Cordeliers ou Carmes, 
Et prenons leurs biflatz à fermes, 
Car il n'y a pas grant débit. 
M. Il nous prefeheroient en beaulx termes ~ 9 
Et pleureroyent maintes lermes 
Devant que nous prin fiions Pabit. 
B. Se en ceft malheure & labit 
Nous mourions par quelque acabit » 
Ame n'ya qui bien nous face. 
M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit l 
Sur lequel je fonde ung aubit , 
Et du furplus Dieu le parface. 
B. Hée fault il que fortune efface 
Noftrc bon bruy t ? M. Malheur nous chafle » 
Mais il n'a nul bien qui n'endure. 
B. Prenons quelque train. M. Suyvons trafTc. 
B. Nous traitons & quelq'ung nous traûe > 



M. Allons. B. Mais ou ? M. A Tadventure. 
B. Qui nous admonefte ? M. Nature. 
B. Pour aller ? M. Ou on nous attend. 
B. Par quel chemin ? M. Par foing ou cure, 
B. Logez ou ? M. Prés de la cloufture • 
De monfieur d'Angoulevent. 
B. Commentions nous ? M. Jufqu'a Claquede 
Et pafferons par Mallepaye. \ 
B. Brief c'eft le plus expédient 
Que nous gettons la plume au vent, 
Qui ne peult mordre fi abaye. 
M. Ou ung franc couraige Remployé â 




les Carmes. 




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61 

Il treuvc à gaîgner. B. Querons proys, 

M. Deiquelz ferons nous?B. Des plus fors. 

M II ne m'en chault mais que j'en ayc, 

Que la plume au vent on envoyé. 

B. Puis après? M. Alors comme alors. 

B. La plume au vent. M. Sus. B. La. M. Dehors. 

B. Au haut & au loing. M. Corps pour corps 

Je me tiendray des mieulx venuz. 

B. On n'yra point quant ferons mors 

Demander au Roy les trefors 

De meffieurs les defpourveuz , 

La plume au vent. M. Je le concluz 

Pour les povres de cefte année. 

B. Ne demourons plus fi confuz, 

Au grat la terre eft dégelée. 

M. Allons. B. Suyvons quelque traînée 

Ou faifbns cy demourée. 

M. Devant. B. Voftre fièvre eft tremblée» 

Car nous fommes tous etourdiz. 

M. Dieu doint aux riches bonne année. 

B. Aux defpourveuz. M. Grafle journée j 

B. Et aux femmes pefant maritz* 

Prenez en gré grans & petitz. 

f,es pièces [vivantes font tirées d'un M S. du commen- 
cement du fei^iéme fiecle , qui eft dans une des plut 
magnifiques Bibliothèques de Paris, Plujîcurs per* 
fonnes diflinguées par leur érudition & par leur bàn 
goût Us ont trouvées fi ingenieufes , que nous avons 
crû devoir les donner au public. 

}* A Y ung arbre de la plante d'amours l 
Enraciné en mon cueur proprement > 
Qui ne porte fruits finon de dolours, 
Feilles d'ennuy & fleurs d'encombrement: 
Mais puis qu'a fût planté premièrement 9 



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II cft tant creû de racine & de branche 
Que fon umbre qui me porte nuyfance , 
Pair au deflbubs toute jo/e fechicr , 
Et lï ne puis pour toute ma puiflance 
Autre planter , ne celuy arrachier. 

De fi long-temps eft arrofé de plours^ 
Et de lermes tant douloureufement > 
Et lï n'en font les fruits de rien meillours > 
Ne je n'y truys guaires d'amendement , 
Je les recueil pourtant foigneufcment, 
C'eft de mon cueur l'amere fouftenance 
Qui trop mieux fût en friche ou en fouf&anc 
Que porter fruits qui le deuflcnt blecier, 
Mais pas ne veult Famoureufe ordonnance 
Autre planter , ne celui arrachier 

S'en ce printemps que les fciUes 8c flours 
Et abrynceaux percent nouvellement , 
Amours vouloit moy fere ce fecours, 
Que les branches qui font empêchement 
Il retranchaft du tout entièrement , 
Pour y hanter ung Rynfeau de plaifance i 
Il geâeroit bourgeons de fouffiunce, 
Joye en iftroit , dont il n'eft rien plus chicrj 
£t ne faudroit ja par defefperance 
Autre planter ne celui arrachier. 

Ma Princefle, ma première efperance > 
Mon cueur vous fert en dure pénitence, 
Faides le mal» qui l'acqueult, retranchier » 
Et ne fouffrés en voftre fouvenance 
Autre planter, ne celuy arrachier. 

AUTRE BALLADE. 

PLAISANT affez & des biens de fortune 
Vog peu garny , me trouva/ amoureux a 



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Voire fi bien , que tant aymay fort une ; 
Que nuit & jour j'en eftois langoureux j 
Mais tant y a que je fus fi heureux , 
Que moyenant vint écus à la rofe , 
Je fis cela que chacun bien fuppofe 5 
Alors je dis , connoiflant ce paÛàge » 
Au fait d'amours babil eft peu de chofe» 
Riche amoureux a toujours l'avantage. 

Or eft ainfy que durant ma pecune > 
Je fus traité comme amy précieux , 
Mais toft après fans dire chofe aucune» 
Cette vilaine' alla jetter les yeux 
Sur un vieillard riche, mais chaflieux, 
Laid & hideux , trop plus qu'on ne propofe 5 
Ce néant moins il en jouit fa pofe 5 
Dont moy confus voyant un tel ouvrage 3 
Deflus ce texte allay bouter en glofe , , 
Riche aAouijux a toujours l'avantage. 

Or elle a tort * car noyfe , ny rancune 
N'eut onc de moy 3 tant luy fus gracieux, 
Que s'elle euft dit , Donne-moy de la Lune ; 
J'eulTe entrepris de monter jufque aux cieux* 
£t non obftant , fon corps tant vicieux , 
Au fervice de ce vieillart expofe : 
Dont ce voyant un Rondeau je compofe , 
Que luy tranfmets j mais en pou de langage 
Me refpond franc , povreté te depofe / 
Riche amoureux a toujours l'avantage. 

Prince tout bel trop mieux parlant qu'Orofe^ 
Si vous n'avez toujours bourfe déclofe, 
Vous abufez , car Meung Doôeur tres-fage 
Nous a décrit , que pour cueillir la rofe 
Riche amoureux a toujours l'avantage. 



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#4 

NOUVELLE BALLADE. 

QUI en amours veut eftre heureux, 
Faut tenir train de Seigneurie > 
Eftre prpmpt & avantureux. 
Quand vient àr montrer l'âr marie , , 
Porter drap d'or orfaverie , 
Car cela les Dames émeut ; 
Tout fert ; mais par fainâe Marie » 
U ne fait pas ce tour qui veult. 

Je fus nagueres amoureux 
D'une Dame cointe & jolie » 
Qui me dit en mots gracieux. 
Mon amour eft en vous ravie , 
Mais il fault qu'elle foit deflervie 
Par cinquante écus d'or s'on peut. 
Cinquante écus , bon gré ma v^. 
U ne fait pas ce tour qui vqflfc^ 

Alors luy donnay fur les lieux 
Où elle feifoit l'endormie ; 
Quatre venues de cœur joyeux 
Xuy fis en moins d'heure & demie. 
Lors me dit à voix eipafmie: 
Encore un coup , le cœur me deult. 
Encore un coup , helas m'amie ! 
U ne fait pas ce tour qui veult. 

Princ/î d'amours , je te fupplie J 
Si plus ainfi elle m'accuelt* 
Que ma lance jamais ne plie ; 
Il ne fait pas ce to ur qu i veult 





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